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VIDÉO. Il y a cinquante ans, Monaco remportait son premier et seul concours de l'Eurovision

Le 3 avril 1971, la chanteuse française Séverine remportait le concours sous les couleurs de la Principauté. Un fait unique pour le pays qui a participé 24 fois à la compétition.

Cédric Verany Publié le 29/03/2021 à 13:30, mis à jour le 29/03/2021 à 18:47
Le 3 avril 1971, sur la scène du Gaiety Theatre de Dublin où se tient cette année-là le concours, Séverine permet à la Principauté de remporter sa première et seule victoire à l’Eurovision. (Photo DR et collection privée Jean-Paul Bascoul)

On a tous un banc, un arbre ou une rue, où l’on a bercé nos rêves… Nombreux sont ceux à ne pas avoir oublié, cinquante ans plus tard, les paroles de la chanson de Séverine. Le titre fête ces jours-ci son cinquantième anniversaire. Marquant un demi-siècle déjà de la victoire de Monaco à l’Eurovision.

En 1971, la chanteuse française est choisie pour représenter la Principauté pour la seizième édition du concours de chanson de l’Eurovision, qui pas encore légendaire, était déjà un événement très médiatisé.

Ce soir-là, samedi 3 avril, Séverine dans sa longue robe noire vaporeuse, accompagnée par quatre choristes en smoking s’empare du micro sur la scène du Gaiety Theatre de Dublin en Irlande où se tenait la cérémonie, et séduit le public.

 

Serge Lama la même année, représente la France dans la compétition, mais finit septième. C’est la prestation de Séverine qui convaincra les pays votants, raflant 128 points pour sa ballade écrite par Yves Dessca et composée par Jean-Pierre Bourtayre.

Il aura suffit de 128 points au concours de l'Eurovision pour faire de Séverine une chanteuse internationale (Photo DR et collection privée Jean-Paul Bascoul).

Françoise Hardy, Gainsbourg et Michèle Torr

La performance de la chanteuse reste l’unique victoire de Monaco dans ce concours musical aussi mythique que kitsch. Pourtant la Principauté s’est frottée à l’épreuve à plusieurs reprises, vingt-quatre fois au total.

La première tentative, c’était en 1959. La quatrième édition de l’Européisions se tient cette année-là à Cannes et le chanteur Jacques Pills porte l’étendard monégasque avec la chanson Mon ami Pierrot. Il finit onzième sur onze.

Au cours de ces deux décennies suivantes les prestations s’enchaînent. L’iconique Françoise Hardy représentera la Principauté au concours en 1962 avec une chanson qu’elle a écrit et composée: L’amour s’en va, qui finit à la cinquième place. Autre performance en 1967, la régionale de l’étape Minouche Barelli arrive à la 5e place pour Monaco avec la chanson Boum badaboum écrite et composée par Serge Gainsbourg.

 
C'est avec sa chanson "Un banc, un arbre, une rue" que Séverine a décroché le précieux sésame (Photo DR et collection privée Jean-Paul Bascoul).

Parmi les autres vedettes de l’époque, Michèle Torr représente à son tour Monaco en 1977 au concours avec un titre peut-être pas le plus à propos, Une petite française.

Puis la Principauté cesse sa participation à partir de 1979, sans avoir pu réitérer la performance de gagner une nouvelle fois. L’envie était-elle vraiment là? En 2004, le pays a fait son retour dans la compétition pour trois éditions successives qui n’ont pas été non plus florissantes.

Pour l’heure, l’ultime apparition de Monaco à l’Eurovision demeure la Coco Dance incarnée par Séverine Ferrer et une armée de danseurs tahitiens qui n’aura pas passé le stade de la demi-finale 2006.

Mais peut-être la célébration des cinquante ans de la victoire ravivera-t-elle les passions en Principauté, qui sait…

(Photo DR et collection privée Jean-Paul Bascoul).
En 2006, pour annoncer la candidature de Séverine Ferrer, les anciennes candidates Lise Darly et Séverine, la lauréate de 1971 étaient réunies autour du souverain. (Photo archives Monaco-Matin).

Pourquoi la Principauté s'est relancée en 2004 dans la compétition?

Des anecdotes sur l’Eurovision, il en a à revendre. Philippe Boscagli a été l’artisan du come-back de la Principauté dans la compétition en 2004.

Un an avant, en se disant que ça fait trop longtemps que Monaco s’est retiré du concours, il a formulé une proposition au prince Albert, héréditaire à l’époque, qui lui donne son aval. "Cette année-là Monaco venait d’intégrer le Conseil de l’Europe et la soirée de l’Eurovision représente 100 millions de téléspectateurs, j’ai pensé que c’était une vitrine incroyable".

Musicien dans une première vie, Philippe Boscagli se charge d’écrire un titre parlant d’environnement pour coller aux préoccupations du prince. Et c’est à une jeune chanteuse varoise, Maryon, que revient l’honneur de l’interpréter, sélectionnée par un concours organisé par TMC.

La chaîne accompagnant la reprise du pays dans le concours.

"On ne peut pas empêcher les votes géopolitiques"

Le hic? Cette année-là à Istanbul les règles changent et comme les candidats sont trop nombreux, deux demi-finales sont organisées. La jeune Maryon, un peu stressée par la performance live et le public s’en sort mais n’arrive pas à passer ce cap.

"Nous étions dans une demi-finale avec tous les pays des Balkans qui ont voté les uns pour les autres. C’est le problème de ce concours, ces votes géopolitiques qu’on ne peut pas empêcher. Il y a deux blocs: les pays Nordiques qui votent pour leurs voisins quoiqu’il arrive. Pareil pour les pays de l’Est. À mon avis, il faudrait pouvoir voter pour les artistes, en ne découvrant qu’à la fin le pays qu’ils représentent".

En 2004, les téléspectateurs de Monaco ne virent donc pas leur candidate sur la scène de la finale le samedi soir. Mais la machine était relancée. Lise Darley porte le flambeau monégasque pour l’édition 2005. Et Severine Ferrer, avec un titre rythmé, pour l’édition 2006. Aucune des deux ne passera non plus le cap de la demi-finale.

"Ce n’est plus un concours pour les grandes voix"

S’il retient les souvenirs et les belles aventures, Philippe Boscagli garde une amertume de ce système de classement. "Le concours a beaucoup changé. Il a été axé sur la voix pendant longtemps, une époque notamment où Céline Dion l’a remporté en 1988. Maintenant il faut un impact visuel. Certains ont gagné avec des chansons ridicules, ce n’est plus un concours pour les grandes voix. Et je crois que les pays francophones appréhendent mal le concours. Il faut penser européen dès le début et pas vouloir plaire au seul public français".

Après ces trois années compliquées, la Principauté a choisi de ne pas pousser plus loin. Dommage estime celui qui a été le chef de la délégation de 2004 à 2006. "Je serais prêt à recommencer s’il y a une volonté et qu’on m’en donne les moyens. C’est intéressant à mon avis de prendre part à cette grande fête de la musique en Europe, qui offre une belle visibilité internationale. Lors des trois participations, j’ai pu mesurer la popularité de Monaco".

Et pourquoi pas gagner à nouveau et recevoir une édition du concours à Monaco? "Ça c’est une autre histoire. Les organisateurs de l’Eurovision exigent au moins une salle de 10.000 places pour organiser le concours. Il faut aussi louer un satellite pour la diffusion le jour J, ce sont des moyens conséquents".

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