Rubriques




Se connecter à

"Je suis partie comme dans un rêve". La chanteuse Séverine revient sur sa victoire à l'Eurovision il y a 50 ans

Le 3 avril 1971, la chanteuse française Séverine remportait le concours sous les couleurs de la Principauté. Un fait unique pour le pays qui a participé 24 fois à la compétition. Cinquante ans plus tard, l'héroïne de cette soirée a accepté, pour nous, d'ouvrir son livre de souvenirs.

Cédric Verany Publié le 29/03/2021 à 15:29, mis à jour le 29/03/2021 à 17:18
La chanteuse Séverine chez elle en Charente-Maritime où elle a choisi de s’installer depuis quelques années. (Photo DR)

"Il fait beau à Monaco?" questionne-t-elle au bout du fil depuis son refuge de Charente-Maritime où elle coule une retraite heureuse dans un village près de La Rochelle.

L’héroïne de cette soirée d’Eurovision, il y a un demi-siècle, a accepté de revenir sur ses souvenirs. Séverine avait 23 ans ce soir d’avril 1971 à Dublin en Irlande quand elle remportait le concours pour Monaco. Cinquante ans plus tard, le sourire dans la voix, elle a ouvert son livre de souvenirs.

Comment êtes-vous devenue en 1971, la candidate de Monaco pour l’Eurovision?
C’est un concours de circonstances. À l’époque je travaillais beaucoup dans le Sud, et j’étais déjà un peu connue avec mes premiers titres. Une alliance s’est formée entre TMC, RMC et des producteurs qui ensemble se sont dit: "on va prendre Séverine pour représenter Monaco à l’Eurovision". C’est aussi simple que ça.

 

Vous aviez quel lien avec la Principauté?
Je connaissais Monaco comme tout le monde, mais je n’avais jamais rien fait de spécial en Principauté. Seulement, à l’époque, dès que l’on sortait un nouveau titre, on venait faire des plateaux à Radio Monte-Carlo.

Beaucoup d’artistes qui ont fait l’Eurovision n’aimaient pas la chanson qu’ils défendaient. Quelle a été votre réaction la première fois que vous avez entendu Un banc, un arbre, une rue?
C’est la même chose pour moi, je n’aimais pas la chanson au départ. Ils m’avaient laissé le choix entre quatre titres différents, et je n’aurais pas choisi celui-là. Comme au départ je suis davantage une chanteuse de jazz que de variété, je n’aimais pas trop la chanson. Mais ils ont eu raison de m’obliger à la faire! S’ils avaient suivi mon choix, je n’aurais peut-être pas gagné l’Eurovision.

Vous avez appris à apprécier ce titre, devenu le phare de votre carrière?
Évidemment, c’est toujours la première écoute qui est difficile. Ensuite, on s’en imprègne.

Quels souvenirs conservez-vous de cette soirée de victoire le 3 avril 1971 à Dublin?
À vrai dire, à cette époque, je n’avais pas la sagesse d’apprécier toutes ces merveilleuses choses. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je n’ai pas eu la grosse tête mais je suis partie dans un rêve, je me suis sentie happée par la grosse machine. Mais c’était formidable, magique.

 

Vous n’étiez pas une débutante pourtant…
Non pas du tout, mais ce que j’avais pu vivre dans les tournées, notamment aux côtés de Joe Dassin, ce n’était pas du tout les mêmes ambiances. La victoire à l’Eurovision, c’était incroyable. Tous ces photographes, ces cris, ces gens qui vous sautent dessus, c’était fou! C’était un moment très fort. Pareil lors de mon arrivée à Paris où tout avait été organisé pour un retour triomphal, même si certains faisaient la gueule car je n’avais pas gagné pour la France (rires).

En 2006 enfin, 35 ans après sa victoire à l’Européisions, Séverine est venue en Principauté, rencontrer le prince Albert II. (Photo DR).

Il n’y a eu aucune célébration à Monaco à l’époque de votre victoire?
Non, pas du tout. Monaco aurait dû organiser le concours en 1972 mais ce n’était pas possible faute de lieu pour accueillir l’Eurovision. En poussant un peu, on aurait pu s’organiser peut-être… Mais tant pis ce n’est pas grave, j’ai très bien compris.

C’est dommage…
Déjà en préparant ma participation au concours, je me rappelle qu’on m’avait demandé de ne pas trop en faire pour gagner, car on ne pourrait pas organiser le concours en Principauté en cas de victoire. Bon, j’y suis allée, j’ai gagné et tant mieux! Je pense qu’à l’époque le protocole monégasque ne voyait pas d’un bon œil le showbiz. Mais j’ai pu finalement rencontrer le prince Albert II à Monaco en 2006, lors de la préparation de la candidature de Séverine Ferrer à l’Eurovision. Mieux vaut tard que jamais!

Cette victoire vous a ouvert, tout de même, une carrière internationale?
Tout à fait. J’avais fait plusieurs versions de la chanson de l’Eurovision en différentes langues. En Allemagne, le titre a fonctionné tout de suite. Une équipe s’est formée autour de moi pour que j’intègre le showbiz allemand. Et j’ai eu la chance de faire plusieurs tubes là-bas.

Aujourd’hui, vous suivez toujours l’Eurovision?
Je regarde oui, mais je ne suis pas forcément d’accord avec cette nouvelle formule. On a enlevé le côté charmant de l’Eurovision aujourd’hui, ce côté qui faisait que chaque pays chantait dans sa langue. Désormais tout le monde chante en anglais, porte les mêmes costumes, les mêmes chorégraphies. C’est très décevant. J’ai l’air d’être une vieille pionnière en disant ça, mais à notre époque, nous avons eu la chance que les gens se rappellent de nous. Maintenant, il ne faut pas demander qui a gagné dans les dernières années!

 

Pour fêter les cinquante ans de votre victoire, vous sortez fin avril, un nouveau disque?
Oui il s’agit d’une compilation de tous les titres que j’ai enregistré, car j’ai mis un terme à ma carrière depuis 2007.

Une chanteuse s’arrête-t-elle vraiment?
La musique fait toujours partie intégrante de ma vie. Mais ma dernière apparition sur scène aura été le 18 décembre 2000 à La Cigale à Paris. Depuis, à part quelques télévisions, je n’ai pas souhaité continuer. J’ai vieilli, je ne suis plus celle que j’ai été. Je préfère que l’on garde une bonne image de moi, comme j’étais avant. Le temps a passé sur mes épaules.

Comme pour tout un chacun…
Tout le monde vieillit bien sûr, mais il y a des choses que l’on accepte plus ou moins bien. Et puis j’ai remarqué sur les réseaux sociaux, les commentaires sont très durs, ils ne ratent aucun faux pas. Ça m’effraie, je ne veux pas me rendre triste et lire de mauvais commentaires. J’ai dit stop! Pour vivre heureux, vivons cachés dit l’adage, ce n’est pas faux!

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.