Le centre commercial Fontvieille à Monaco fête bientôt ses 30 ans: les raisons du succès

Inauguré le 20 novembre 1992 après des travaux complexes, le site commercial a très vite connu le succès car il répondait aux besoins de la population. Désormais vieillissant, il va être entièrement restructuré pour 300 M€.

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Thibaut Parat Publié le 16/11/2022 à 10:24, mis à jour le 16/11/2022 à 10:36
Le centre commercial de Fontvieille a été inauguré le 20 novembre 1992. Photo Jean-François Ottonello

Au lendemain de la Fête nationale, le centre commercial de Fontvieille soufflera ses 30 bougies. Érigé en lieu et place de l’ancien stade Louis-II après un chantier titanesque pour l’époque, puis inauguré le 20 novembre 1992, le complexe doté d’un hypermarché a révolutionné le quotidien des Monégasques et résidents, jusqu’alors orphelins d’un commerce de grande distribution.

"Il y avait des épiceries et magasins éparpillés en Principauté mais sans cohérence commerciale, se souvient Didier Verrando, président du Groupement d’intérêt économique (GIE) de cette zone pendant une décennie et administrateur fondateur de Brico Pro-Master Pro. C’était contraignant pour la population résidente qui devait faire ses courses à Nice ou à Auchan à La Trinité. L’attente était forte."

Le groupe Montlaur, bien connu pour son slogan "Trouvez moins cher!", signe alors un contrat d’implantation avec le gouvernement princier. Mais, accablé de dettes, il dépose le bilan avant d’être racheté par Carrefour auprès du tribunal de commerce.

Des locomotives et des commerces satellites

Les études de marché de Montlaur tablaient sur 280 millions de francs de chiffre d’affaires, ce sera finalement le double grâce à la captation de la clientèle de la Principauté, mais aussi celles des communes limitrophes et des pendulaires.

Trois décennies plus tard, et toujours présent, l’hypermarché Carrefour demeure… hyper rentable, avec "un chiffre d’affaires annuel de plus de 120 millions d’euros, soit l’un des plus gros du groupe au mètre carré", confiait, début 2022 à Monaco Business News, Rémi Feipeler, directeur d’avril 2019 à juin 2022.

 

"Tout le monde avait sous-estimé la fréquentation. On attirait jusqu’à 10.000 clients quotidiennement", poursuit Didier Verrando.

Ce succès fulgurant, dès les prémices de l’ouverture, s’est construit autour de la présence de plusieurs locomotives. "Un hypermarché en centre-ville, donc, mais aussi McDonald’s et Expert, liste Philippe Clérissi, actuel président du GIE. Et autour de ces locomotives, un ensemble de commerces satellites, dont des services de proximité réclamés par la population lors de sondages."

Forcément, le bonheur des uns a fait le malheur des autres. Et les petits commerces de la Condamine, et même des Moulins, en ont subi les conséquences financières. "Toutes les épiceries de quartier ont été impactées", souligne Didier Verrando.

"Malgré la vétusté des lieux, il continue de fonctionner"

Au fil des décennies, le centre commercial a finalement très peu évolué. Certes, la marque Lacoste a été la première à céder son activité; Expert, spécialisé en Hi-fi et électroménager, a depuis été racheté par Carrefour, et plusieurs commerces ont été repositionnés, ont revu leur offre ou ont transmis leur convention d’occupation avec l’aval des Domaines.

"À quelque chose près, le projet est resté le même. Il a très peu évolué. Malgré la vétusté des lieux, le centre commercial continue de fonctionner. C’est une réussite", note Philippe Clérissi.

 

Le parking de 534 places en atteste avec plus de 2,2 millions d’entrées et sorties de véhicules enregistrées en 2021.

Mais en effet, aujourd’hui, le centre commercial de Fontvieille est une structure vieillissante et guère accueillante avec une galerie oppressante car dotée d’une faible hauteur sous plafond.

"Un second souffle"

Aux projets de rénovation ont été préférées une démolition et une profonde restructuration des lieux pour un coût initial estimé à plus de 300 millions d’euros.

"Un second souffle", "une nécessité", pour bon nombre de commerçants, toutefois inquiets sur le phasage du chantier, lequel ne devrait pas débuter avant le deuxième semestre 2024 et la livraison de l’îlot Pasteur.

"C’est une nouvelle histoire qui s’écrit, sourit Henri Leizé, gérant du McDonald’s de Fontvieille depuis les débuts du centre commercial. Le changement fait toujours peur. Mais là, ce n’est pas pour quelque chose d’équivalent, mais pour grandir et s’ouvrir. L’arrivée d’autres locomotives dans leur domaine va profiter à tout le monde."

Le futur centre commercial n’aura plus du tout la même vocation. "Ce sera un lieu de vie tourné vers la mer où l’on s’y promènera, où l’on ira voir un film, faire du shopping, déjeuner. L’expérience client sera au cœur du projet", affirme Philippe Clérissi.

 

Un centre commercial à l’image de ce qu’il se fait dans le département voisin, à Cap 3000 ou à Polygone Riviera. C’est d’ailleurs à la Socri Reim, choisie par l’État monégasque pour ce projet de restructuration, que l’on doit ce dernier.

"L'un des chantiers les plus complexes de Fontvieille"

Le 25 janvier 1985, avec la livraison du nouveau stade Louis-II construit sur le terre-plein de 22 hectares gagné sur la mer, l’ancien complexe sportif devient alors obsolète.

Décision est prise par le gouvernement princier de le démolir, libérant de fait une vaste superficie pour y ériger l’intégralité des équipements de la "zone J": une salle polyvalente, trois musées (la Collection de Voitures de S.A.S. le Prince de Monaco, le Musée des timbres et des monnaies, le musée naval., ndlr), une centrale téléphonique, un transformateur haute tension, la Compagnie des autobus de Monaco, une plateforme de fret, et... un centre commercial.

"À la demande du prince Rainier-III, on avait réservé une surface suffisamment grande pour que celui-ci concurrence Auchan à La Trinité. Cela faisait embraser le souverain que les Monégasques quittent la Principauté pour aller faire leurs courses", se souvient José Badia, alors directeur général du Département des Travaux publics et des Affaires sociales.

Cinq années d’études pour un chantier complexe

Un chantier d’envergure, ayant nécessité cinq années d’étude, rendu complexe par le fait que la zone de travaux faisait partie de la première extension réalisée au XXe siècle.

Dans le livre Fontvieille, une aventure nationale, l’architecte monégasque Patrick Ravarino témoigne: "Le nouveau projet imposait de descendre à huit mètres sous le niveau de la mer. Or, comme l’on s’y attendait, nous nous sommes confrontés à des terrains d’une très grande hétérogénéité."

Lors des travaux, les ouvriers doivent même composer avec la présence d’anciennes galeries servant à l’extraction du tuf, un matériau utilisé, des siècles auparavant, lors de la construction du Palais princier. Des ouvrages souterrains connus mais aucunement répertoriés.

"Ce fut sans doute, et de loin, l’un des chantiers les plus complexes de tout Fontvieille. Il était d’ailleurs considéré, à l’époque, comme la plus grosse opération de bâtiment du sud-est de la France", avance l’architecte.

Un calendrier très serré

À la technicité des travaux s’est ajouté un timing très serré, à cause de l’avancement de six mois de la date de livraison par les propriétaires de Carrefour.

"Cela a déstabilisé toute l’opération. Il a fallu réorganiser l’ensemble du travail. Quinze jours avant l’ouverture du centre commercial, la vision du site était en quelque sorte apocalyptique, témoigne, dans le même livre, Guy Caruana, alors directeur d’opérations au service des Travaux Publics. Les aménagements du Musée automobile n’étaient pas entamés, nous lancions seulement la construction de la passerelle piétonne aux alentours du 10 novembre. Les derniers temps, nous avons travaillé toutes les nuits."

Les délais seront néanmoins tenus. Et le 20 novembre 1992, au matin, le centre commercial ouvre ses portes, comme si de rien n’était, tandis que d’autres travaux se poursuivent aux alentours.

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