L'art-thérapie, quand l’art se fait soin au Centre Hospitalier Princesse Grace de Monaco

Des patients de l’hôpital Princesse-Grace atteints de troubles psychiatriques et psychologiques participent à des ateliers d’art-thérapie. Une bulle de liberté et de bienveillance qui les aide à verbaliser leurs maux et à aller mieux au sein du groupe.

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Julie Baudin Publié le 08/12/2022 à 07:22, mis à jour le 08/12/2022 à 10:55
Dans le couloir de la Roseraie, les travaux que les élèves de l’atelier réalisent à la suite des expositions qu’ils visitent au NMNM. Ici l’œuvre collective des patients inspirée de la Sirène de 165 mètres de Shimabuku. Photo Jean-François Ottonello

Peindre pour prendre conscience de ses contradictions. Sculpter dans un bloc de terre cuite pour dépasser sa crainte de l’autre. Chanter et danser pour exorciser ses peurs. Dessiner pour mettre des mots et des images sur son mal-être. Créer son œuvre d’art pour l’estime de soi ou pour aider à se sevrer de son addiction…

Que ce soit dans le service psychiatrie du CHPG ou bien dans les locaux de l’Unité de psychiatrie et de psychologie médicale de la Roseraie, l’art-thérapie est un soin à part entière. Une prise en charge que le patient choisit de suivre face à ses difficultés psychiques et/ou psychologiques, ou encore s’il est en situation de fragilité (maladie, vieillissement, handicap, deuil difficile, exclusion sociale, dépendances ou traumatismes).

"Accéder à des problématiques inconscientes"

Son principe? "Il s’agit de se servir de toute création artistique - peinture, théâtre, danse, collage, modelage… - pour pénétrer les problématiques inconscientes de l’individu, pour accéder à des sentiments enfouis et conduire le patient à une transformation positive de lui-même", explique Sabrina Mazzola, l’art-thérapeute qui intervient depuis deux ans à la Roseraie auprès de patients adultes 

Dessiner pour mettre des mots et des images sur son mal-être. Photo Jean-François Ottonello.

Une thérapie possible grâce à la Fondation Benedetti

A Monaco, cette thérapie alternative qui est mise en place au CHPG afin de permettre aux patients atteints de troubles psychologiques ou psychiatriques de bénéficier de l’art-thérapie est soutenue financièrement par un donateur italien résident monégasque, Eugenio Benedetti.

"L’art-thérapie c’était la mission de sa vie"

"Ma famille a toujours été très active dans l’art-thérapie, confie Eugenio Benedetti. Mon frère aîné qui est décédé, Gaetano Benedetti, était l’élève de Carl Gustav Jung qui est le père suisse de la psychanalyse. Quand lui-même a commencé à exercer en tant que psychiatre en Suisse, il a développé l’art-thérapie dans les années 1950-1970 comme méthode thérapeutique. Je suis résident monégasque et cela me tenait à cœur de continuer son œuvre ici à Monaco.
Mon frère avait une mission dans sa vie, c’était l’art-thérapie."

L’association qu’Eugénio Benedetti préside promeut la qualification et la formation des art-thérapeutes, elle organise aussi des colloques, séminaires, réunions et conférences pour promouvoir l’art-thérapie et ses vertus.

Au CHPG les ateliers d’art-thérapie, qui ne sont pas financés sur le budget de l’hôpital, fonctionnent aussi grâce aux dons de la Fondation Benedetti.

L’art-thérapie apparaît souvent, en effet, comme une chance nouvelle d’accéder à ses sentiments et à ses émotions refoulés "parce qu’elle travaille dans le “mine de rien”, en utilisant une stratégie de détour, une ruse qui permet de contourner les résistances au changement", écrit le Dr Jean-Pierre Klein (L’Art-thérapie, Puf, collection Que sais-je, 1997), le psychiatre considéré en France comme le pionner de l’art-thérapie.

Constatant les limites de la psychothérapie classique, basée sur l’introspection et le langage verbal, il avait embauché des artistes dans son service dès 1973.

"Une bulle de liberté sans jugement et de lâcher prise"

Pour le Docteur Aubin, qui dirige le service de la psychiatrie au CHPG, "l’art-thérapie, en tant que bulle de liberté sans jugement, permet de dépasser des blocages et de lâcher prise. Elle peut s’avérer utile chez certains patients dans les troubles de l’humeur, les troubles bipolaires, les troubles de personnalité, chez les patients psychotiques et aussi dans les addictions."

Ses bienfaits sont de plus en plus reconnus par la sphère médicale, notamment dans les branches psychiatrique et psychologique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a d’ailleurs publié une étude, en 2019, attestant que les activités artistiques et culturelles ont bel et bien une influence positive sur le bien-être mental et physique.

Eugenio Benedetti Photo Benjamin Sibuet.

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