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Procès Pastor: "Vous crachez sur la vérité", lance Me Baudoux à l'accusé Wojciech Janowski

Les avocats de Gildo Pallanca Pastor, le fils de la milliardaire monégasque assassinée à Nice, ont plaidé ce lundi au procès en appel à Aix. Ils ont attaqué le commanditaire présumé Wojciech Janowski.

Grégory Leclerc Publié le 09/11/2021 à 09:21, mis à jour le 09/11/2021 à 15:09
Me Thierry Herzog, à gauche, Gildo Pallanca Pastor, et Me Gérard Baudoux au premier jour du procès en appel. Photo Franz Chavaroche et C.C.

"La dernière image que je garde de ma mère, une femme dont chacun disait qu’elle était élégante, c’est ce visage arraché." Depuis vendredi, la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône entend les parties civiles.

Après la plaidoirie de Me de Vita, c’était ce lundi le tour de Me Thierry Herzog et de Me Gérard Baudoux, avocats du fils de la milliardaire, Gildo Pallanca Pastor. Cette citation est la sienne. "Cette image hante Gildo Pastor, elle le hante à perpétuité", a conclu Me Baudoux ce lundi soir à 19h45, juste avant la suspension d’audience. Les plaidoiries reprendront ce mardi matin.

"Vous êtes un lâche"

Me Herzog et Me Baudoux se sont attachés à démonter le projet criminel des quatre hommes dans le box. Avec un traitement particulier pour le coach sportif, Pascal Dauriac. "La partie civile que nous sommes a mis Pascal Dauriac à part, a plaidé Me Herzog. Celui qui permet de parvenir à la manifestation de la vérité doit se voir réserver un traitement différent. Nous demandons une prime à la franchise."

 

Les deux avocats de Gildo Pastor et de sa femme ont eu en revanche des mots très durs envers Samine Saïd Ahmed, le tireur, et Al Haïr Hamadi, le guetteur.

Dans le box, le premier est impassible. Le second ferme les yeux en permanence, à l’instar de Pascal Dauriac. Seul Janowski semble manifester un intérêt constant. "Vous êtes un lâche", a jeté Me Herzog à Hamadi, qui a recruté Saïd Ahmed au pied levé, rendant possible l’exécution du contrat. "En tant qu’avocat, je n’ai pas peur de vous. En tant que citoyen, vous me terrifiez", a lancé Me Baudoux à Saïd Ahmed, le tireur.

"Résoudre le problème qu’était ma belle-mère"

Les deux avocats ont également attaqué frontalement Wojciech Janowski, commanditaire présumé.

Et Me Baudoux de rappeler ses aveux: "J’ai commandité ce meurtre mais ce n’était pas en ces termes que j’ai demandé à Dauriac de résoudre le problème qu’était ma belle-mère."

Ce verbe, "résoudre", est glaçant. L’ex-consul honoraire de Pologne y voit un mot "positif". L’accusation y voit le contrat passé pour commanditer le crime.

Avec justesse, Me Baudoux a ensuite relié le double assassinat aux déboires de Wojciech Janowski en Pologne. La clé cachée du dossier? Condamné par un tribunal polonais, l’ex-consul de Pologne en principauté y devait une forte somme. Avec une troublante concomitance de dates avec les faits du 6 mai 2014.

 

Craignait-il que sa réputation à Monaco, et à plus forte raison dans la famille Pastor, ne s’effondre subitement s’il ne trouvait pas l’argent pour étouffer l’affaire?

"Vous crachez depuis des années le mensonge, vous crachez sur la vérité, mais plus encore sur les êtres humains", a plaidé Me Baudoux. "Sylvia Ratkowski me fait une peine infinie. Vous pourriez au moins, par respect pour elle, vous rapprocher un peu de la vérité après avoir tellement menti."

Wasim Darwich, le fils de la victime, et les avocats de la famille, Me Fanny Roubaud et Me Arthur Sussmann. Photo Franz Chavaroche et C.C..

Mohamed Darwich, ou la "gratuité" d’un assassinat

"La mort de Mohamed Darwich était bien incluse dans le contrat." Arthur Sussmann, avocat de la famille du chauffeur égyptien, et sa consœur Me Sophie Savaïdes, n’ont aucun doute sur la question. Me Sussmann a dénoncé la défense "intenable" de Wojciech Janowski.

Il a dépeint avec véhémence le commanditaire présumé comme un homme animé "d’une volonté réitérée de faire obstacle à la manifestation de la vérité".

Il a souligné que Wojciech Janowski a avoué. "Des aveux librement passés, puis rétractés. (…) Mais il verse aussi deux faux documents au dossier et fait payer un témoin. M. Janowski a semé le doute sur le fils de la victime (Gildo Pastor, Ndlr), et affirme avoir été trahi par l’un de ses avocats (Éric Dupond-Moretti, Ndlr), ce que l’on sait désormais être faux."

Pour Me Sussmann, le calcul de Wojciech Janowski est le suivant: "Il sait qu’il va être condamné pour l’assassinat de Mme Pastor, mais il espère obtenir un acquittement pour l’assassinat de Mohamed Darwich."

L’avocat de la famille déplore la "gratuité" de l’assassinat du chauffeur de Mme Pastor, qui était aussi son "cuisinier", son "majordome" et encore son "confident".

Me Sussmann s’attarde sur cette famille "simple, digne, qui souffre en silence". Une famille qui, comme en première instance, n’a pas raté un instant du procès.

L’avocat a souligné qu’elle "n’est mue par aucun sentiment de vengeance, de haine, et aucune envie de représailles".

Ses proches considèrent selon lui que le temps passé "n’atténue pas la responsabilité de chacun".

Omniprésente mais discrète, la famille est venue, simplement, sobrement, et avec amour, réclamer justice.

Me Mattei, avocat de Sylvia Pastor. Photo Franz Chavaroche et C.C..

Me Mattei: "Vous êtes l’alchimiste de la douleur"

Dans une plaidoirie enlevée, érudite et poignante dont il a le secret, Me Dominique Mattei, avocat de Sylvia Ratkowski-Pastor, a regardé le mal dans les yeux. Un long monologue, regard planté dans celui de Wojciech Janowski.

Le commanditaire présumé n’a jamais cédé dans le défi physique imposé par l’avocat. Faut-il y voir l’attitude fière d’un homme qui se dit innocent? De l’arrogance? Ou une froide détermination?

L’ancien bâtonnier a souligné "l’émotion intense, la douleur écrasante" qui étreint sa cliente, fille de la milliardaire.

Pour Me Mattei, ce dossier, ce sont des images "dures, glaçantes désespérantes, des images folles".

Il décrit la joue arrachée d’Hélène Pastor après les tirs. "Des gerbes de plomb tirées dans des conditions de lâcheté absolue."

De Janowski, de Dauriac, le coach et des autres accusés, il dit qu’il les a trouvés "étrangers à ce procès".

Et d’insister: "Vous avez refusé d’avancer sur le chemin de la lumière."

Avec une voix forte, dénonciatrice, l’avocat décrit l’ex-consul de Pologne à Monaco comme un "goinfre" attiré par la fortune familiale. Un homme doté d’un caractère "vicieux", d’une volonté "d’écraser les autres, de les dominer, de les manipuler".

Il évoque cette vie "splendide" que Janowski a vécue avec l’argent des Pastor. Un parcours fait "d’arrogance, d’insolence et de décontraction ». De Sylvia Ratkoswki-Pastor, Me Mattei affirme que son ex-compagnon l’a « emprisonnée dans des images atroces".

L’avocat puise dans Les Fleurs du mal, de Baudelaire, pour trouver une formule qui résume le gendre d’Hélène Pastor: "Vous êtes l’alchimiste de la douleur".

Et d’abjurer Janowski de dire la vérité et "d’abandonner le mensonge écœurant et la violence morale".

Offre numérique MM+

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