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Une raffinerie d'or va s'implanter à Fontvieille

Mis à jour le 19/09/2016 à 05:07 Publié le 19/09/2016 à 05:07
« Le but est d'inonder le marché mondial de lingots monégasques », dixit Selim Fendi.

Une raffinerie d'or va s'implanter à Fontvieille

L'investisseur Selim Fendi, président de la société Aurum, annonce que le métal précieux, extrait de mines « responsables », sera affiné - et destiné - à Monaco dès le premier trimestre 2017

Créer une raffinerie d'or « physique » au cœur de Monaco. Sur le papier, l'affaire sonne comme un Eldorado.

Un filon vierge de toute concurrence. Des garanties de sécurité dans une filière sensible. Une probable entente avec la Chambre monégasque de l'horlogerie et de la joaillerie (lire page suivante). Une clientèle naturelle à demeure… Ajouter la volonté de l'investisseur de coller aux exigences éthiques et environnementales du gouvernement princier et voilà le Rocher promis au rang de référence sur le marché de l'or « propre » (lire ci-dessous). C'est du moins l'avis tranché de Selim Fendi, instigateur de ce projet de raffinerie d'or à Monaco que la presse spécialisée n'a pas manqué de relayer.

« Toutes les places mondiales financières ont en commun une place d'or physique. Monaco ne l'avait pas, on va combler ce vide. Et on espère, dans quelques années, que Monaco sera reconnu comme une place d'or physique, non pas papier. On n'est pas des spéculateurs. »

« Monaco me permet d'être unique »

Gérant associé de Noble Precious Metal à Dubaï, Selim Fendi est également le président d'une holding luxembourgeoise qui, depuis peu, détient 100 % de la société Aurum Monaco. Une société anonyme monégasque enregistrée au bulletin officiel du 3 juin 2016 (n° 8280) avec pour objet principal « l'affinerie, la raffinerie et la transformation de métaux précieux et prestations de services y afférents… »

Reste à doter ce projet « phare » de Fendi d'un abri. Chose faite selon l'intéressé, qui avance un accord pour un local industriel de 400 m2 au 4e étage d'une avenue de Fontvieille. Disponibilité : novembre 2016. Ouverture : premier semestre 2 017.

Côté gouvernement, aucun commentaire sur cette entreprise, si ce n'est qu'un dossier a bien été déposé pour l'obtention d'un local et fait toujours l'objet d'une étude des services de la Direction de l'expansion économique.

Une attente sereine pour l'investisseur qui, lui, se voit déjà sous les ors de Monaco. « Le projet a pris deux ans, non pas pour convaincre mais surtout montrer qui nous étions. C'est un sujet extrêmement sensible l'or et j'avoue que les autorités monégasques, à l'époque M. Michel Roger qui nous avait accueillis, ont été sensibles (...) ça n'a pas été une partie facile mais je suis content. Je voulais être unique et Monaco me permet de le faire. »

Fort de 17 ans d'expérience dans les métaux précieux de New York à Dubaï, en passant par Genève, Selim Fendi jouit d'un vaste réseau de petites et moyennes mines dans des zones du globe où sa société, Noble Precious Metal, s'efforce de pratiquer des extractions raisonnées. Limiter les atteintes aux droits fondamentaux (travail des enfants, travail forcé…), dans des pays souvent en proie à des conflits, grâce à des partenariats avec des ONG, telle The Alliance for Responsible Mining (ARM).

Traçabilité de l'extraction à la transformation

« Noble Precious Metal a pour objet de financer des mines semi-industrielles en Afrique et en Amérique latine. En retour, les mines nous payent en métal brut qu'on doit acheminer dans des raffineries en Europe et en Amérique latine. On contrôle tout le circuit sauf le dernier processus d'affinage. Avec Monaco, on peut dire qu'on est "From the mine to the ring"», se félicite déjà Selim Fendi, dont l'anecdote veut que l'idée d'une raffinerie à Monaco ait germée, en 2012, lors d'une mission au Mali.

« Monseigneur le prince Albert II était au Mali dans un convoi humanitaire et j'y étais aussi dans le cadre de mon métier. C'est là que j'ai " cliqué " : "Il est sensible à ça, il est venu en pleine guerre pour le Mali". Ça vient de là mais je ne l'ai jamais rencontré. »

À son lancement, la raffinerie pourra produire « 300 à 400 kg d'or par mois » grâce à un procédé moderne d'électrolyse, prédit Fendi, qui espère ensuite arriver à une « vitesse de croisière de 1 tonne par mois ». « Je serais très, très heureux, si je fais 3 tonnes par mois ! On ne sera pas parmi les plus gros mais on ne veut pas l'être. Et puis Monaco n'est pas extensible et nos locaux non plus. »

Convoyé par avion via l'aéroport de Nice, cet or propre - « green gold » comme le nomme le World Gold Council - voyagera en toute sécurité grâce à des sociétés de fret spécialisées.

La fonderie de Fontvieille sera aussi génératrice de quelques emplois. « Sept ou huit personnes car tout sera automatisé. Nous avons engagé un directeur technique belge, qui a travaillé longtemps avec la monnaie royale de Belgique et sera sur place. On engagera aussi des laborantins de Monaco et, après, on développera le service marketing. Le but c'est vraiment d'inonder le marché mondial, avec beaucoup d'humilité et de réserve, de lingots monégasques. »

Adoubé par les joailliers

Poignée de mains «goldfingers» entre Selim Fendi et Claude Cardone.
Poignée de mains «goldfingers» entre Selim Fendi et Claude Cardone. Photo MM

Il y a une dizaine d'années, l'or destiné au marché de la joaillerie représentait deux tiers du marché mondial face à l'or bancaire. Et puis la crise économique a sévi jusqu'à niveler le déséquilibre. Aujourd'hui le rapport est proche du 50-50, sans compter la prolifération des titres papier…

Président de la Chambre monégasque de l'horlogerie et de la joaillerie depuis 2004, Claude Cardone résume les craintes. « Il y a un grand dilemme dans l'or, un malaise entre or physique et papier. Il s'avérerait que les gens qui ont acheté de l'or s'inquiètent de savoir si, en face de l'or papier, on a l'or physique correspondant. La fonderie à Monaco peut avoir une extension également dans ce volet-là. Parce que tout l'or qui a été acheté en papier, si demain il doit se transformer en physique, ça risque de poser quelques problèmes. En tout cas, une grosse demande. »

Étonnant même, dès lors, qu'un tel projet de raffinerie n'ait pas vu le jour plus tôt en Principauté. « Si Selim ne l'avait pas fait, c'est un projet que j'avais, car je pense que c'est un besoin de Monaco » Une nécessité de matière première évidente au regard de la bonne santé de la joaillerie locale.

« L'ensemble des intervenants de ce secteur d'activités est favorable à ce projet, ce ne peut-être qu'un plus d'avoir la proximité. Aujourd'hui, quand on a besoin de récupérer du métal, il faut envoyer sur des fonderies extérieures », relate Cardone. Un partenariat de proximité qui viendrait s'ajouter au maillage actuel mais ne remettrait pas en cause les contrats existants avec les fournisseurs parisiens, suisses, italiens ...

Logiquement, Claude Cardone a donc accompagné Selim Fendi dans ces démarches administratives. « Quand on a vu arriver ce projet, on a trouvé que c'était en adéquation avec les besoins de Monaco, c'est-à-dire que lorsqu'on a besoin d'or physique, soit d'affinage, soit d'achat d'or, on se retourne vers l'extérieur (...) J'ai eu un rôle de "facilitateur" au niveau des spécificités de Monaco, c'est dans le cadre des missions du syndicat. La société Aurum est devenue adhérente au syndicat et on a apporté des corrections pour lui permettre de rentrer dans la bonne ligne de conduite. »

Une synergie d'avenir et toujours ce principe de donnant-donnant.

« Moins on bouge la marchandise, mieux c'est, d'un point de vue sécurité », souligne Cardone avant de faire un appel du pied à Selim Fendi. « Il y a une quarantaine d'enseignes à Monaco qui peuvent être, ou sont déjà, intéressées. Après, nous verrons avec Aurum pour avoir une faveur pour les Monégasques (rires). »

« Le bijoutier pourra se vanter de proposer de l'or propre et utiliser cet argument comme effet de levier pour vendre à sa clientèle, au même prix ou un peu plus cher », rétorque Fendi, conscient qu'il aura un autre problème de riche. L'obligation de plafonner les demandes !

« Oui, j'aurai ce luxe parce qu'on n'a pas l'approvisionnement illimité. Mais c'est un beau problème à avoir ! (rires) »

Les deux « associés » souhaitant au plus vite éduquer la clientèle à préférer l'or propre.

De l'or équitable

« Seguridad primero » - « la sécurité d'abord » -, peut-on lire au fronton de cette mine exploitée sous contrôle de l'ONG ARM.

De l’or, il y en a partout.En Chine, en Russie, aux États-Unis, au Canada… certaines mines brassant 10 à 20 tonnes par an du précieux métal. Depuis le début de l’activité minière, 165.000 tonnes auraient ainsi été extraites de la croûte terrestre. Chaque année, entre 2.500 et 3.000 tonnes d’or immaculé serait encore mis à jour.Presque autant serait recyclé (1.500 à 2.000 tonnes).

Mais les grands pays aurifères exportent peu. «La Chine, par exemple, consomme mille tonnes par an.500 tonnes qu’elle produit elle-même et 500 tonnes qu’elle importe», note Selim Fendi. Un protectionnisme exacerbé qui pousse les sociétés comme Aurum à se tourner vers les pays émergents.

Mais qui dit pays émergents, dit démocratie balbutiante, voire inexistante. Guerre, non respect des Droits de l’Homme, travail des enfants… Partenaire de mines disséminées sur sept pays d’Afrique et d’Amérique latine, comme le Mali, la Colombie, le Pérou ou bientôt l’Équateur, Noble Precious Metal a choisi de travailler de concert avec l’OCDE et des ONG pour exploiter ces mines d’une capacité de production de 300 kg à 1 tonne par an.Si cet or ne sera jamais aussi propre que le métal recyclé, il tend à l’exemplarité grâce à des pactes gagnant-gagnant.

«Financement alternatif»

«On donne les fonds à des ONG, elles lancent les projets et on les suit. Ce sont de petites mines qui n’ont pas accès au financement institutionnel d’où le besoin d’un financement alternatif.C’est là qu’on se positionne avec un cahier des charges relativement strict», étaye Fendi. «Les mines ont un préfinancement et nous repayent, avec la marchandise, un intérêt sous forme d’or.On achète l’or au prix du marché moins un discount qui, en fait, est notre marge (...)Donc tout le monde se retrouve à la fin et on donne une certaine visibilité à la mine, surtout vis-à-vis des autorités compétentes du pays local (...) On est extrêmement soucieux de ce qu’est l’or “propre”, c’est à dire qui répond à trois critères: environnemental, sanitaire et humanitaire».L’utilisation de cyanure ou du mercure est par exemple formellement proscrite pour préserver les nappes phréatiques et donc… l’eau potable.

«Des règles très strictes»

«Par extension, il fallait une raffinerie qui ne fasse que de l’or propre et il fallait implanter cette raffinerie dans un pays propre, qui a la même éthique et respecte toutes les exigences environnementales.On a vite conclu que Monaco serait la place idéale, la plateforme qui répondrait à notre vocation (...) Au départ, l’or viendra de mines de notre réseau, on ne prendra pas d’autres clients pour ne pas être pollué par quelqu’un qui ne correspond pas au cahier des charges.Dans le futur, on veut ouvrir la raffinerie à d’autres intervenants mais on mettra en place des règles très strictes pour pouvoir vérifier que cet or ne vient pas d’autres sources que celles prétendues.»
Aurum pourra se reposer sur sa réactivité, puisque les délais de livraison d’or ne dépassent pas les 12 heures, peu importe le point de départ sur le globe!

Billes ou lingots

«L’aspect environnemental sera respecté jusqu’à la production», garantit Selim Fendi évoquant un procédé de fonte par électrolyse, sans aucun produit chimique. «Quand l’or arrive, il est à 90 % de pureté, c’est de l’or doré barre.On le met dans la machine et au bout de 8 ou 9 heures, il sort à 999.9, transformé en or bancaire.Sur mille molécules, il n’y en a qu’une qui n’est pas d’or.Après, cet or sera vendu, soit aux banques, soit aux institutionnels, mais pas aux particuliers (sauf rares exceptions).Ce sont les bijoutiers qui vont l’acheter qui le revendront aux particuliers.»

Selon sa destination, l’or prendra ainsi différentes formes. «Si on le vend à une banque, c’est un lingot.Si on le vend à un joaillier, c’est une bille parce que c’est facile à fondre, notamment pour travailler une bague.»


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