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"Un vrai moment de rencontre": pendant les vendanges, les moines cultivent le partage sur l'île Saint-Honorat à Cannes

Jusqu’en septembre, les frères de l’abbaye de Lérins délaissent la prière et la liturgie pour les vendanges sur l’île Saint-Honorat. Quelques retraitants se joignent à eux pour créer du lien.

Solène Gressier Publié le 25/08/2021 à 09:25, mis à jour le 25/08/2021 à 09:29
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Pendant les vendanges, les horaires de prières sont aménagés. Photo Dylan Meiffret

Dans les vignes, les sécateurs s’agitent. Les seaux se remplissent. Et les vêtements se salissent. Dans quel état Frère Marie aurait-il retrouvé sa coule s’il l’avait enfilée pour vendanger le vignoble de l’abbaye de Lérins, sur l’île Saint-Honorat à Cannes? Par expérience, le cistercien a préféré piocher un jogging et un t-shirt dans son armoire.

Tout aussi méconnaissable, un autre frère se camoufle derrière ses lunettes noires et son treillis militaire. Seul son pendentif, une croix en bois, le trahit. Sinon, il est impossible de l’identifier parmi ceux qui leur prêtent main-forte.

L’habit ne fait pas le moine. Les vendanges, elles, font le lien. Si les moines récoltent le raisin, ils cultivent aussi le partage.

Des vendanges qui permettent aux retraitants de voir le travail des moines. Photo Dylan Meiffret.

"Ça permet de consolider les liens"

Entre les murs de l’abbaye, le silence règne. Mais entre les sept cépages, la parole se libère. Toutes les barrières s’envolent. "Dans les vignes, il y a un esprit communicatif, confie Frère Marie. On se laisse aller à des échanges avec des retraitants que l’on ne tient pas habituellement. Ça permet de consolider les liens."

 

Avant sa rentrée scolaire, Graciane Pavec s’est offerte une semaine au monastère. L’étudiante aurait pu profiter de la tranquillité du lieu pour se reposer et se ressourcer. Mais, dans un esprit d’échange, la Parisienne a immédiatement accepté de mettre les mains dans le raisin: "Au moins, je découvre une tout autre ambiance. C’est vraiment un moment de rencontre."

Cette notion de partage, Éric Giraud la retrouve aussi. Le vacancier, qui vit le reste de l’année entre Nice et Paris, ne pouvait rêver mieux. Lui est venu pour "se retrouver hors du temps". Même si, "participer à la vie de la communauté" le ramène à la réalité des frères: Ora et labora, un équilibre entre la prière et le travail.

Bien que la liturgie passe au second plan le temps des vendanges, de mi-août à mi-septembre, comme l’affirme Frère Marie: "On a totalement aménagé le temps des prières. On s’en accorde une le matin, en plein air. Une à midi. Puis on en a plus avant 18 heures."

 

Les retraitants n'oublient la "connexion entre la terre et le ciel" que lui ont offert les frères. Photo Dylan Meiffret.

"Une connexion entre la terre et le ciel"

Luc Girard, un Nîmois fraîchement débarqué sur l’île, profite de sa troisième retraite avec les moines de l’abbaye de Lérins. Jamais il n’aurait pu imaginer vendanger avec eux. "Quand on est retraitant, on partage seulement les prières avec les moines, explique-t-il. On ne pense pas forcément au travail."

 

Alors, pourquoi se retrouve-t-il avec un sécateur dans une main, un seau dans l’autre? "Pendant les vendanges, on retrouve cet équilibre de vie qu’ils réussissent à maintenir depuis le XVIe siècle. Ce n’est pas notre cas", loue-t-il.

Jamais Luc Girard n’oubliera cette "connexion entre la terre et le ciel" que lui ont offert les frères.

"On se laisse aller à des échanges avec des retraitants que l’on ne tient pas habituellement. Ça permet de consolider les liens.", avoue Frère Marie Photo Dylan Meiffret.

Un super millésime

Les vendanges du vignoble de l’abbaye de Lérins, sur l’île Saint-Honorat, ont commencé le 16 août dernier.

Si elles se poursuivent jusqu’en septembre, l’œnologue Hugo Millet se félicite déjà de la qualité du vin: "On va faire un super millésime."

Avec l’aide d’une dizaine de bénévoles et des moines, les vignerons de Lérins ont déjà ramassé 12 tonnes de raisin. "On s’est occupé du cépage du pinot noir, un vin rouge. Là, on termine le chardonnay, du blanc. On va pouvoir passer sur la syrah et au viognier…"

Comment expliquer une si bonne récolte ? "Nos vignes n’ont pas souffert du gel, comme ça a été le cas dans le Var. Nos fruits étaient sains."

Offre numérique MM+

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