Christian Estrosi et Xavier Beck s'écharpent sur la future trémie à la sortie de Monaco

Le maire de Cap-d’Ail, totalement opposé aux travaux sur sa commune pour désengorger la Principauté, n’a pas réussi à convaincre le Conseil métropolitain qui a voté pour ce jeudi.

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Axelle Truquet Publié le 07/10/2022 à 11:04, mis à jour le 07/10/2022 à 18:02
Les délibérations ont été adoptées par le Conseil métropolitain, l'une d'elles vise à revoir complètement l'agencement du giratoire de l'hôpital. Photo Jean-François Ottonello

Le sujet promettait d’être explosif. Il l’a été. Ce jeudi, lors du Conseil métropolitain, Xavier Beck, maire de Cap-d’Ail, et Christian Estrosi, président de la Métropole Nice Côte d’Azur, se sont affrontés sur l’épineuse question du projet de travaux à la sortie de Monaco. Pour mémoire, il s’agirait de créer une trémie (une seule voie souterraine) à la sortie du tunnel Rainier-III dans le sens montant ainsi que d’élargir le carrefour du rond-point dit de l’hôpital et du boulevard du Jardin exotique. Rien de nouveau, les premières études remontent à 2013. Mais aucune solution n’a été trouvée.

Xavier Beck est farouchement opposé au projet. Il n’a pas mâché ses mots lors de sa prise de parole précédant le vote. "J’ai été très surpris de voir ces deux délibérations à l’ordre du jour. J’ai demandé ce jeudi matin encore en conférence des maires [une réunion qui précède le conseil métropolitain, ndlr] leur retrait". Et d’attaquer tout de go l’exposé du rapporteur Joseph Segura, qui arguait du fait que ces travaux devaient être effectués afin que Monaco puisse ensuite procéder à la mise aux normes du tunnel Rainier-III. Il a martelé à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’une question de sécurité.

"Pas de marchandage"

Ainsi, Xavier Beck a ouvert le feu : "contrairement à ce que vous indiquez et qui ne figure pas dans les délibérations, il faut arrêter de mettre en avant le problème de sécurité du tunnel car ça n’a rien à voir avec ça. Par convention, c’est à la Principauté qu’incombe la mise en conformité de cet ouvrage , cela n’a pas à être conditionné à la réalisation de la trémie et de l’agrandissement du giratoire de l’hôpital. Il n’y a pas de marchandage à avoir."

L’édile n’a pas manqué de rappeler que ces travaux induiraient "une perte de 35000 euros par an liée à la suppression de places de stationnement horodatées. J’avais proposé que la Principauté compense la perte de recettes et le stationnement mais je n’ai pas reçu de propositions."

Xavier Beck se montre très clair : "Cela fait 27 ans que je suis maire. Pendant 25 ans, nous avons entretenu les meilleures relations avec la Principauté. Mais depuis deux ans, c’est la Métropole qui gère et nous sommes écartés. J’invoque le pacte de gouvernance que nous avons adopté le 31 mai 2021 : il y a un chapitre sur la gestion des désaccords. A ce titre, je vous demande de retirer ces délibérations afin que l’on puisse rediscuter de ces projets."

 

Désaccord sur la responsabilité pénale

Christian Estrosi, président de la Métropole, lui a opposé une fin de non-recevoir. Et d’expliquer : "Le débat dure depuis plus de 10 ans, tout a été tenté. J’ai souvent plaidé dans votre sens pour trouver d’autres accords possibles avec la Principauté même quand cela ne me paraissait pas justifié mais, dans le cas présent, je ne peux pas me défiler face à mes responsabilités."

L’élu a longuement rappelé les liens unissant la collectivité à Monaco et à la solidarité dont l’Etat voisin a souvent fait preuve. Il a avancé un autre argument, celui de la responsabilité pénale des élus en cas d’accident, rejoint par une intervention de Marc Concas : "Si nous ne votons pas, cela pourrait entraîner notre responsabilité pénale dans l’hypothèse de la survenance d’un sinistre".

"Il vaut mieux plaider des dossiers que l’on connaît", a rétorqué Xavier Beck, ajoutant que "le tunnel est sous la responsabilité de la Principauté" et que "s’il y avait une mise en danger de la vie d’autrui, le préfet prendrait des mesures immédiatement."

"Je suis au point de rupture"

Et Christian Estrosi de mettre fin à la discussion :"Nous sommes tous élus. Il y a un désaccord sur l’analyse de la responsabilité pénale. Je suis au point de rupture, ce que je veux avant tout, c’est qu’il n’y ait pas d’accident."

 

Le conseil métropolitain s’est finalement prononcé favorablement sur les deux délibérations concernées. On a relevé toutefois une dizaine d’abstentions. Xavier Beck et Christelle d’Intorni ont quant à eux voté contre, cette dernière expliquant qu’elle se prononçait davantage sur la forme que sur le fond et qu’elle entendait que l’on respecte la position du maire dans un cas de figure comme celui-là

La réaction du gouvernement princier de Monaco

Le gouvernement princier de Monaco s'est félicité, ce jeudi soir par voie de communiqué, de la décision prise par le Conseil métropolitain. “Compte tenu des enjeux de fluidification de circulation et de sécurité, le dispositif voté par la Métropole est indispensable car la sortie de Monaco est de plus en plus congestionnée du fait des dizaines de milliers de personnes qui s’y rendent chaque jour pour travailler, alors que le tunnel Rainier-III est trop souvent fermé pour des raisons de sécurité liées à la réglementation en vigueur.”

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