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Au service de la Principauté toute sa vie, Nadia Lacoste est décédée

L’ancienne porte-parole du Palais princier s’est éteinte dans sa 99e année. Épilogue du parcours de celle qui fut la conseillère et l’amie de la princesse Grace et du prince Rainier III.

CEDRIC VERANY Publié le 13/02/2021 à 19:20, mis à jour le 13/02/2021 à 19:56
Nadia Lacoste avait 99 ans. (Photo Franz Chavaroche) Photo Franz Chavaroche

Enfant, je rêvais de Monaco. Je suis venue en Principauté pour la première fois à quinze ans. Je ne pouvais imaginer alors tout ce que le pays allait représenter pour moi, tant de belles choses." Ce sont les mots de Nadia Lacoste, confiés dans nos colonnes en 2008, alors qu’elle recevait les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur. Figure d’un âge d’or de la Principauté, la deuxième partie du XXe siècle, Nadia Lacoste s’est éteinte dans sa 99e année, dans la nuit du 11 au 12 février, à Paris.

Dans l’histoire de Monaco, son nom restera lié à la communication et l’image du pays. En juin 1956, quelques semaines après leur mariage, elle est engagée par le prince Rainier III et la princesse Grace pour être leur porte-parole. Dans un monde encore neuf aux techniques de la communication, elle innove et organise l’image médiatique de la famille princière et du pays.

"La légende de Monaco a été écrite par le couple princier à l’époque, et Nadia Lacoste a contribué à la diffuser", témoigne le producteur Patrick Spica, proche de la famille Lacoste, qui décrit une femme "intelligente et positive, à l’œil vif et d’une très grande bonté".

D’Hollywood à Monte-Carlo

Née en 1922 en Roumanie, Nadia Marculescu quitte sa terre natale avec la famille pendant la Seconde Guerre mondiale pour s’exiler vers les États-Unis.Après un passage à Ellis Island pour être autorisée à accéder au territoire américain, la famille s’établit à New York. La jeune Nadia fera la route jusqu’en Californie, attirée par Hollywood.

 

Bonne pioche, elle découvre la Mecque du cinéma et devient directrice de la publicité de la Metro Goldwyn Mayer. Elle assiste et travaille avec les vedettes de l’époque : Elizabeth Taylor, Clark Gable, Steve McQueen, Lana Turner.Mais ne rencontre pas à l’époque Grace Kelly.

Ce n’est qu’au printemps 1956 que le nom de Nadia Lacoste est proposé au couple princier pour faire le lien entre eux et les médias. Un entretien à Paris avec le prince Rainier, suivi d’une rencontre avec la princesse Grace lancent le début de cette collaboration.

"Le courant est passé immédiatement entre eux et des liens exceptionnels de confiance et de complicité se sont tissés pendant plus de trente ans. Elle n’imaginait pas rester si longtemps à Monaco, mais elle m’a confié qu’elle ne l’aurait pas fait pour une autre famille que la famille Grimaldi", raconte sa biographe, Catherine de Baecque, amie proche de Thierry Lacoste, qui a gagné la confiance de sa mère pour recueillir ses mémoires."C’est une femme qui a été auteur de sa destinée, une femme libre, dévouée. Elle savait en l’espace d’un instant, discerner la personnalité des gens. Certains pouvaient la dire autoritaire, mais elle s’était construit un rempart pour protéger la famille princière. C’était son engagement d’être d’une fidélité et d’une loyauté extrêmes".

Créatrice du Centre de Presse

Aux côtés du couple princier, dès la fin des années cinquante, Nadia Lacoste participe activement au rayonnement de la Principauté dans cette époque de construction du Monaco d’aujourd’hui. En 1961, elle impulse le Festival de télévision de Monte-Carlo, qui réunit dès le départ autant de people que sur la Croisette pour le Festival de Cannes. C’est elle aussi qui souffle l’expression "le prince bâtisseur" pour qualifier le prince Rainier III.

 

En coulisses, elle structure la voix de la communication du pays : fonde le Centre de Presse, qu’elle dirigera pendant des longues années avant de prendre les rênes, à la fin des années quatre-vingt, du service de presse de la Société de Bains de Mer.Des fonctions qu’ils l’ont amené à croiser et à former une, voire deux générations de professionnels de la communication en Principauté. À l’annonce de sa disparition, nombreux sont celles et ceux qui ont partagé une anecdote, un souvenir d’elle.

À chaque fois, on évoque sa bienveillance, sa grande rigueur, son intelligence de cœur et d’esprit. C’est que retiendra la Principauté de cette femme d’action.À son fils, Me Thierry Lacoste, à sa famille et à ses proches, la rédaction de Monaco-Matin présente ses sincères condoléances.

Prince Albert II : "Elle a construit toute l’image contemporaine de Monaco"

Au bout du fil, le timbre de voix du souverain sonne avec émotion. La disparition de Nadia Lacoste s’ajoute à une triste loi des séries en Principauté ces derniers jours, avec plusieurs personnalités locales qui ont tiré leur révérence."C’est peut-être notre lot à tous, mais ça commence à faire beaucoup. Dans tout ce contexte lié à la pandémie incertain et angoissant, lorsqu’on perd des personnes comme ça, qui sont des repères, ça fait quelque chose", souffle le prince Albert II, proche également du fils de Nadia Lacoste, l’avocat Thierry Lacoste.

La disparition de Nadia Lacoste vous touche particulièrement, tant son histoire est liée à votre famille ?
Bien sûr, c’est une proche de notre famille qui disparaît, que j’ai connu dès ma plus tendre enfance. Mais c’est aussi un personnage qui a beaucoup compté pour le pays. C’était la grande dame de la communication pour la Principauté. Elle avait aussi développé des relations amicales avec ma mère. Il y avait entre elles ce lien des États-Unis qui était important. C’est une femme de grande culture, de grande sensibilité, de grande gentillesse. Elle avait une formidable relation aux autres.

 

Au regard de son parcours, on comprend que c’est elle qui a mis en musique tout ce que vos parents ont construit dès la fin des années cinquante…
Tout à fait, c’était un personnage clé dans le dispositif non seulement de ma famille, mais de la Principauté au sens large. Elle avait des relations privilégiées avec la presse parisienne et internationale et elle a construit toute l’image contemporaine de la Principauté.

Lors de votre accession au trône, en 2005, lui avez-vous demandé des conseils dans ses domaines ?
Même après son départ, elle était toujours prête à donner un conseil, une piste de réflexion sur différents dossiers. Je l’ai revu régulièrement depuis son départ. La dernière fois, c’était chez elle à Paris, il y a bientôt deux ans. J’étais venu lui remettre une distinction pour toutes ses années proches de la Principauté. Elle était déjà un peu affaiblie, mais encore tout à fait lucide et présente.

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