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Pour ses 50 ans de carrière, Nicoletta se dévoile dans un livre

A l’occasion de son demi-siècle de carrière, cette immense voix de la chanson française se dévoile comme jamais dans un très beau livre, en attendant de se produire aux "Francofolies" et en tournée gospel.

Laurence Lucchesi Publié le 03/02/2021 à 19:13, mis à jour le 03/02/2021 à 22:19
Nicoletta. (Photo JC Molinier)

Elle est l’un des fleurons de notre patrimoine musical, "la seule Blanche avec une voix de chanteuse noire" disait d’elle son ami Ray Charles, qui la considérait comme une soul sister, une sœur d’âme.

Depuis plus de cinquante ans, Nicoletta fait vibrer avec sa voix puissante les foules du monde entier, seule ou en duo avec Bernard Lavilliers, JoeyStarr ou Florent Pagny.

De Mamy Blue à Fio Maravilla, en passant par La Musique, Les Volets clos ou Il est mort le soleil, elle a enchaîné les tubes à un rythme étourdissant.

"La vie c’est une grâce, c’est un cadeau, répète-t-elle à l’envi. Et quand on a eu la vie exceptionnelle que j’ai eue, je le dis sans vanité aucune, alors vive la vie !"

 

Une grand-mère d’exception

Un chemin de vie pourtant douloureux au départ, comme elle le confie dans Soul Sister, paru au Cherche-Midi.

Atteinte d’un retard mental, sa maman ne peut lui apporter le socle éducatif dont tout enfant a besoin. Pas plus que son père, dont sa grand-mère Claudia lui rabâche qu’il n’est jamais revenu de la guerre.

Jusqu’à ce que Nicole, à l’âge de huit ans, ne découvre la vérité, révélée par sa marraine à l’aune d’une rencontre fortuite dans une boulangerie avec son géniteur... qui prend aussitôt la fuite, à nouveau!

Heureusement, il y a Claudia :  "J’ai reçu beaucoup d’amour de sa part, souligne la chanteuse, ça m’a donné de la force ! Lorsque je suis partie à dix-neuf ans, j’étais armée. Car la seule chose qui arme les enfants, c’est leur valorisation. Et ma grand-mère m’a toujours fait confiance, elle était fière de moi."

Et d’ajouter :  "Cette femme était tellement courageuse. Elle soutenait toute la famille par son travail, mon grand-père qui était invalide, mon oncle qui buvait car il avait douze ans quand son frère a été tué. Mais elle a toujours gardé une dignité exemplaire dans l’adversité."

Une grand-mère d’exception à tous points de vue. L’un de ses fils avait été tué dans le Vercors, et l’autre par un milicien qui l’avait repéré en compagnie de Marie, la nièce de Django Reinhardt, que Claudia hébergeait en 1943 sous les pommier de sa propriété, avec sa tribu!

À l’inverse de ces fils de laine que lui faisait enrouler Claudia autour de ses mains, pour faire des pelotes, Nicole déroule celui de ses souvenirs.

 

Tentative de suicide

Celui, terrible, de sa tentative de suicide lors de la disparition de sa mère : "J’ai appris sa mort par un télégramme. J’ai ressenti une telle douleur dans le poitrail, que je me suis tapé la tête contre les murs!

Je suis allée à l’enterrement telle une somnambule, et je m’en suis tellement voulu d’avoir été dépassée par la fulgurance de son cancer, alors qu’elle semblait aller mieux la dernière fois que je l’ai vue, peu de temps avant, que lorsque je suis retournée à Paris j’ai fait une tentative de suicide. Je voulais la rejoindre !"

Un appel, dont elle ne saura jamais de qui il émanait, la sauvera in extremis. "J’ai le regard de Dieu sur moi !", se réjouit cette fervente croyante.

C’est à l’église, justement, qu’elle apprend le chant, avec la chorale paroissiale.

Dirigée par le père Molinier. Qui porte d’ailleurs le même patronyme que Jean-Christophe, l’homme qui partage la vie de Nicole depuis trente ans! À Genève elle découvre le gospel, à l’âge de dix-sept ans.

 

"J’ai découvert cela en Suisse, parce qu’en France il n’y avait pas d’import, au début des années 1960. J’y allais en douce, en passant la frontière dans des coffres de bagnole avec des amis étudiants, pour aller danser en boîte!"

Mais à cette époque, la jeune fille, qui a étudié à l’école des industries textiles de Lyon et aux Beaux-Arts, n’ambitionne que de devenir... dessinatrice de mode.

Elle crée ses propres robes, et devenue chanteuse, continuera d’abhorrer les marques, à l’exception du couturier Azzaro, qui lui confectionne de sublimes robes en métal.

Comme il le fait pour Tina Turner, à laquelle Nicoletta vouait une admiration sans bornes. "J’étais impressionnée aussi par Aretha Franklin, mais la plus grande, c’était Mahalia Jackson. Elle avait la main de Dieu sur elle."

Mais son véritable déclic avec le gospel, qu’elle a contribué à populariser en France, elle l’aura à New-York, avec Ray Charles, qui l’entraîne à Harlem pour assister à des répétitions.

 

"J’en ai pleuré d’émotion et de joie ! Nous nous étions rencontrés à Montréal, par l’entremise de nos agents artistiques communs. Il a demandé à écouter mon album. Trois semaines après, j’ai reçu un appel en pleine nuit, j’ai cru à une blague, c’était Ray Charles! Et il se met à chanter une chanson en anglais au téléphone, c’était Il est mort le soleil."

Un bœuf avec JoeyStarr


Elle poursuit : "C’est ainsi que j’ai reçu dans la foulée un billet de première classe pour New-York, pour découvrir sa version, et que notre amitié est née. "

Parmi ses fidèles amis, elle compte aussi Hervé Vilard, rencontré à Cannes, où elle était descendue pour "s’éclater au soleil pendant le festival", et avec lequel elle cohabitera quelque temps.

Et Alain Delon, "l’un des premiers acteurs à s’être lui-même produit [Borsalino, La Piscine, ndlr] et avoir tourné le dos au système. Tout en devenant une superstar à l’étranger également." Côté admirateurs célèbres, Nicoletta n’aura pas été en reste.

 

D’Aristote Onassis au neveu du Shah en passant par JoeyStarr, qu’elle rencontre lors des obsèques de Ticky Holgado.

"Pour rendre hommage à Ticky, nous avons fait un bœuf mémorable, et j’ai découvert que Didier adorait depuis sa plus tendre enfance ma chanson Mamy Blue. Je l’ai trouvé infiniment touchant."

Consciente d’avoir vécu un âge d’or, cette positive continue, à soixante-seize ans, d’aller de l’avant avec un enthousiasme intact.

 

Et brûle de reprendre sa tournée gospel en mai-juin dans les cathédrales et églises, avant de remonter sur la scène des Francofolies, à La Rochelle, le 12 juillet et sur celle du Lido, à Paris, les 4 et 7 novembre, pour célébrer son jubilé.

Nous jubilerons aussi, avec cette "Mamy" qui n’inspire décidément pas le blues !

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