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"Nous ne pouvons pas être des électrons libres" : être magistrat français à Monaco selon la nouvelle Secrétaire d'Etat à la Justice

Passée par les Pays-Bas et le Royaume, le nouveau directeur des Services judiciaires et Secrétaire d'Etat à la Justice de Monaco, Sylvie Petit-Leclair, revient sur son expérience à l'international et la place que les magistrats français doivent tenir hors de leurs frontières.

Thomas Michel Publié le 14/07/2022 à 19:15, mis à jour le 14/07/2022 à 11:17
L'ancienne procureur de Monaco, Sylvie Petit-Leclair, a été nommée Secrétaire d'Etat à la Justice. J.-F. Ottonello

Au cours de votre carrière avez-vous déjà eu l'impression d'être enfermée dans un carcan?
Non. Je n'ai jamais été contrariée par un tel sentiment. Je ne resterais pas sinon. Je suis respectueuse des textes et loyale. Avec l'indépendance qui me caractérise, je sais très bien aussi que je dois respecter un système hiérarchique. J'ai par exemple travaillé en ambassades [pour la France, aux Pays-Bas de 1999 à 2003, et au Royaume-Uni de 2007 à 2010, ndlr], où les magistrats de liaison sont mis à disposition du ministère des Affaires étrangères pour exercer sous l'autorité d'un ambassadeur. Le magistrat que je suis a eu quelques soucis intellectuels à accepter ça et en même temps, comme Français nous ne pouvons pas être des élections libres à l'étranger à certains égards. Mais l'ambassadeur ne m'a jamais dicté la marche à suivre, ni demandé ce qu'il y avait dans les dossiers, même sensibles.

Vous ne vous êtes pas plus sentie bridée ici à Monaco, où certaines affaires récentes ont médiatiquement remis en cause l’indépendance des juges?
Il y a évidemment certaines règles qu'il convient de respecter, des spécificités qui existent à Monaco et que je n'ai jamais voulu écarter, comme les 2 km2 et les personnes qui se connaissent. Mais je n'ai pas découvert cette proximité qui existe aussi parfois en Province en France, comme à Caen où j’ai exercé [comme procureur général près la Cour d’appel, de 2014 à 2018, ndlr]. On peut très bien respecter des principes déontologiques inculqués aux magistrats dès leur entrée à l'école de la magistrature tout en connaissant des personnes. Il y a d'abord des moyens juridiques pour ne pas être confronté à ces difficultés, et puis aussi une indépendance d'esprit qui permet d'être irréprochable.

"C'est un fonctionnement
à mon avis extrêmement simple
et qui ne pose pas de problème"

 

Vos choix ne se sont jamais heurtés à des connivences?
Non. J'ai été ravie de travailler au Parquet avec mes collègues monégasques [Alexia Brianti et Cyrielle Colle, ndlr] dont j'ai beaucoup appris. J'avais besoin de leur expertise et on discutait de l'application des textes. Il n’y a jamais eu de problèmes et elles se déportaient naturellement si elles connaissaient quelqu’un. Y compris lorsqu'elles étaient de permanence, elles n'hésitaient pas à m'appeler si une difficulté de ce type émergeait. Elles ne sont jamais venues dans mon bureau pour me dire de ne pas traiter un dossier. Le Parquet travaille beaucoup avec les juges d’instruction et j’ai aussi bien travaillé avec des magistrats français qu'avec M. Raymond [Monégasque, ndlr], qui lui-même est d'une grande loyauté.

Après quelques années tumultueuses, pensez-vous qu’il soit de votre devoir de marteler publiquement que la justice fonctionne normalement?
Je pense qu'il faut le rappeler à l'occasion des audiences solennelles ou lors d’interviews. Mais je le répète, ce n'est pas parce que les gens se connaissent tous que la justice ne peut pas fonctionner. Et si des Français sont là, c’est parce que les Monégasques ne sont pas suffisamment nombreux pour occuper tous les postes, et précisément pour intervenir parce que nous venons d'autres horizons et ne connaissons pas les personnes. C'est un fonctionnement à mon avis extrêmement simple et qui ne pose pas de problème.

Il faut s’affranchir des critiques récentes?
Je souhaiterais vivement qu'on ne dise plus tout ça, mais vous savez la justice est toujours critiquée. En France, on parle bien de gouvernement des juges.

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