“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

INTERVIEW. Yann Arthus-Bertrand: "Et toi, tu fais quoi pour la planète?"

Mis à jour le 25/12/2017 à 09:20 Publié le 25/12/2017 à 09:20
Yann Arthus-Bertrand.

Yann Arthus-Bertrand. Photo Cyril Dodergny

INTERVIEW. Yann Arthus-Bertrand: "Et toi, tu fais quoi pour la planète?"

À Monaco mercredi 20 décembre, cet infatigable défenseur de la Terre a défendu l'idée d'une révolution éthique et spirituelle. "La solution est en chacun de nous", dit Yann Arthus-Bertrand.

Le père du best-seller La Terre vue du ciel, auteur de films documentaires parmi lesquels Human a fait date, était cette semaine à Monaco.

À l'invitation de l'association Monacology et de MC.5 Communication, il a évoqué son parcours et ses engagements lors d'une conférence au Grimaldi Forum, où une exposition lui est consacrée jusqu'au 5 janvier.

À la veille de 2018, où en est votre combat pour la Terre?
"D'abord, il faut voir d'où je viens. Depuis que j'ai vingt ans, je m'intéresse à la nature et aux animaux. On parlait à l'époque de l'eau, des gros mammifères et de la déforestation. Sur le changement climatique, pas un mot. La prise de conscience de l'Homme détruisant la vie sur cette Terre est finalement très récente. Depuis René Dumont en 1974, j'ai toujours voté vert. Mais je vais arrêter. L'écologie politique, elle est morte."

L'écologie politique est morte?
"On ne peut pas être élu sur des programmes écolos extrêmement restrictifs. Qui touchent à notre confort. Si l'on regarde la vérité en face, l'écologie implique une petite décroissance, dans un monde de surconsommation où le capitalisme détruit la planète. On nous demande de vivre mieux avec moins, ce n'est pas facile pour tout le monde. Nous sommes toujours entre deux bords, à tel point que les gens qui croient au changement climatique et ceux qui n'y croient pas vivent à peu près de la même façon."

Que faites-vous, de votre côté, qui puisse coller à vos idées?
"On m'asticote parce que je m'appelle Arthus-Bertrand. Je suis un fils de bourgeois, je ne suis pas né en banlieue. Et c'est vrai qu'étant très "entrepreneur", je me sers du CAC40 pour financer mes projets. En réalité, je prends l'argent où il est pour faire des films activistes et gratuits car libres de droits. Mais ce n'est pas le problème. À bientôt 72 ans, cela fait cinquante ans que je suis engagé profondément. Et de quoi parle-t-on? Un peu de la fin du monde. De la 6e extinction. Ou du dernier rapport du WWF qui montre qu'en 50 ans, on a perdu 65 % du vivant. Malgré toutes les conférences sur le climat, on émet chaque année toujours plus de CO2. En consommant 95 millions de barils de pétrole tous les jours ! Et ce ne sont pas les panneaux solaires ou les éoliennes qui vont nous permettre de faire autrement. Nous en sommes conscients, mais nous vivons dans le déni. Autrement dit, on ne veut pas croire ce qu'on sait tous. J'aime cette phrase d'Albert Einstein: "Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire." Attention, je ne suis pas un exemple à suivre. Je suis, moi aussi, dans le paradoxe: j'ai pris l'avion pour venir de Paris, puis l'hélicoptère entre Nice et Monaco. Sept minutes d'hélico ce n'est rien, mais il aurait peut-être été plus malin de faire une heure de bagnole…"

La responsabilité est donc individuelle?
"Ce ne sont pas les politiques qui vont changer le monde. Ils ne sont pas plus courageux que nous et très peu d'entre eux ont une vraie vision. Et puis, ils doivent aller vite et protéger des emplois. L'économie n'a qu'une envie: la croissance. Seulement, on est en train de consommer la Terre. C'est donc une révolution spirituelle qu'il nous faut. La solution est en chacun de nous. La vraie question, c'est celle-là: "Et toi, qu'est-ce que tu es prêt à faire aujourd'hui pour la planète?"

Avez-vous quelques pistes?
"Par exemple, évitons de manger de la viande industrielle. Chaque année, on supprime l'équivalent de la Belgique en forêt tropicale pour faire pousser du soja qui sert à 80% à nourrir des animaux. Par ailleurs, on peut s'engager. S'engager aux Restos du Cœur ou auprès des bénévoles qui aident les réfugiés, par exemple. La notion humaniste est essentielle dans l'écologie. Être écolo, c'est aimer la vie. Gentillesse, bienveillance, ça fait peut-être un peu "nunuche" mais pour moi ce sont des mots importants. N'oublions pas que la France est le 6e pays le plus riche du monde. On vit dans un paradis! Ce n'est pas la même chose quand on naît en Éthiopie ou au Mali. Je m'occupe d'un orphelinat à Brazzaville, les gosses qui m'appellent sur WhatsApp ont tous l'idée de partir. Tous! Je suis très admiratif de ce qu'a fait Herrou dans la vallée de la Roya. Comme je soutiens à 200% les bateaux de SOS Méditerranée. Ces gens-là, ils sauvent nos âmes." 

Vous savez bien que l'on vous reprochera de ne pas accueillir vous-même des réfugiés…
"Je n'en parle jamais, mais entre nous j'ai accueilli des gens pendant un an et demi. Un bébé est même né chez moi. Tout ça est arrivé par hasard, parce qu'une bonne sœur m'a appelé. Mais c'est la plus belle chose qu'on ait faite dans notre vie."

Une façon de dire que le bon sentiment n'est pas ringard?
"Je me suis fait descendre quand j'ai présenté Human. C'est un film sur l'amour et pourtant difficile. Je savais qu'il ne plairait pas à tout le monde. On peut toujours dire qu'Arthus-Bertrand est un parfait con, au moins il a essayé de faire quelque chose."

Où en est votre prochain film?
"Woman sera un film sur les femmes. Donc un film sur le monde d'aujourd'hui. Où l'on parlera, à travers 3.000 interviews, de droit, de santé, d'éducation, d'argent, de courage et encore d'amour. Ce projet est entièrement financé par des mécènes car on veut qu'il sorte gratuitement, dans le monde entier. J'espère qu'il sera montré au Festival de Cannes 2019. S'il est sélectionné, évidemment." 

Al Gore y a présenté "Une suite qui dérange". Trump sort du pacte contre le réchauffement…
"Bush avait déclaré que la façon de vivre des Américains n'était pas négociable. Il faut dire aussi qu'aux États-Unis, les retraites sont indexées sur la Bourse. Mais tous les journalistes me parlent de Trump alors que ce qui compte, encore une fois, c'est ce que l'on fait, soi. La révolution spirituelle, l'éthique, la morale, c'est ce qu'il y a de plus intéressant."

Hulot a toujours votre soutien?
"On lui a reproché d'avoir bien gagné sa vie avec Ushuaia, mais c'est parce qu'il avait de l'argent qu'il a pu travailler bénévolement avec Hollande. Je crois que c'est le meilleur ministre de l'Écologie qu'on ait jamais eu. Il sait de quoi il parle, en plus il est pragmatique."

C'est une mission que vous auriez acceptée?
"Non, jamais. Nicolas Hulot est un intellectuel qui lit, écrit, réfléchit et connaît les dossiers. Moi, je suis bien derrière une caméra mais je serais incapable de faire ce qu'il fait." 

Peut-on conclure sur une note optimiste?
"Il est beaucoup trop tard pour être pessimiste. On ne peut pas regarder le monde sans agir. Et il faut insister sur ce point: l'engagement, ça rend meilleur."


La suite du direct