Il crée des violons depuis 1991 à Monaco : "Je ne suis intéressé ni par la renommée, ni par l’argent"

Ancien cuisinier au CHPG, cet Enfant du pays s’est pris de passion pour la création de violon. Un don qu’il a cultivé en autodidacte. Depuis, il transmet ses secrets au centre culturel de Beausoleil.

Article réservé aux abonnés
Marie Cardona Publié le 11/12/2022 à 11:38, mis à jour le 10/12/2022 à 14:39
Gérard Moretta dans son atelier de luthier. Photo Jean-François Ottonello

Au sous-sol du Centre culturel prince Jacques de Beausoleil, le son du rabot accompagne nos pas dans les couloirs. Le rythme de l’outil qui creuse vigoureusement le bois nous guide à l’entrée d’une toute petite pièce. Là, au milieu des copeaux et de la poussière, Pablo, Eoghan et Alain sont penchés sur le fond de l’instrument qu’ils sont en train de façonner.


En quelques mois, un violon va prendre vie entre leurs mains, sous le regard doux mais expert de leur chef d’orchestre. Celui qu’ils surnomment affectueusement "maître Moretta".

Le plaisir de transmettre


Gérard, de son prénom, est luthier. Et le parcours de cet ancien cuisinier au CHPG, désormais à la retraite, à de quoi inspirer toutes les âmes créatives qui n’osent pas se lancer.

"Quand elle était petite, ma fille était inscrite à la classe de violon de Monaco. Elle avait 6 ans. Ça m’a donné envie de faire un violon", rembobine simplement le septuagénaire.
Avec l’instrument de sa fille pour modèle et "quelques" heures plongé dans les manuels, il scie, creuse, lime le bois acheté à Mirecourt, capitale française du violon où se trouve l’école nationale de lutherie. "C’est le premier violon que j’ai fait. Et il sonnait bien ! Ce qui fait que ma fille a remplacé son violon précédent par le mien", confie modestement Gérard Moretta.


C’était en 1991. L’article dans Monaco-Matin, daté du 6 juin de cette même année, est encore là pour en témoigner. Le luthier l’a soigneusement conservé. Le papier est désormais jauni mais on y voit Marie-Paule debout face à l’objectif, le tout premier violon de son père posé fièrement sous le menton. "Elle avait fait faire un article sans me le dire. Elle a prétexté qu’elle allait chercher les pains au chocolat et elle est revenue avec le journal. Je lui ai dit : “Mais tu es folle !”"


Car s’il y a bien une chose derrière laquelle ce Français né à Monaco n’a jamais couru, c’est la notoriété. "J’ai fait quelques expositions dans plusieurs villes, dans des écoles aussi. Mais je ne suis intéressé ni par la renommée, ni par l’argent", tranche le luthier.


Pour preuve, il travaille "bénévolement" au centre culturel de Beausoleil. Et offre tous les violons qu’il confectionne aux élèves de l’école de musique. "Je n’aime pas vendre. Je donne. Je ne veux absolument rien gagner. Pour moi c’est un plaisir."


Très vite, la volonté de transmettre ses secrets de confection s’est imposée. "Je me suis équipé en matériel. J’ai rapidement donné des cours. Avec le service culturel de Beausoleil, on avait recréé un atelier pour une semaine. Ça avait eu du succès, ça a été prolongé. J’ai même reçu la médaille de la ville."


Gérard Moretta n’a jamais cherché à avoir de diplôme de luthier. Il s’est formé seul, au fil des heures passées à décortiquer les moindres courbes de cet instrument aussi complexe que fascinant. Mais il est fier d’avoir créé quelques vocations. "Un luthier, aujourd’hui installé à Nice, est passé par ma formation. Puis j’ai fait en sorte de le faire rentrer à l’école de lutherie de Mirecourt, dans les Vosges."

Dans la tradition


Les cours qu’il dispense, une fois par semaine le mardi après-midi, sont ouverts à tous, à partir de 15 ans. Aucun prérequis n’est nécessaire, si ce n’est un peu d’habileté. "Je n’étais ni patient, ni bricoleur. Ça a été un long apprentissage", confirme Alain qui, après une quinzaine d’années à apprendre de "Maître Moretta", termine son… sixième violon.
Le professeur fournit les outils nécessaires. Tout comme le bois, que le luthier achète dans les Dolomites voisines. "Un bois extraordinaire. Le choix du bois est important. Il faut qu’il soit de qualité", rappelle le professeur.


Ensuite "tout le façonnage est fait à la main de A à Z, dans la tradition", explique Pablo, 24 ans, qui a rejoint la classe cette année avec son meilleur ami Eoghan. "Tout se fait par sculpture", enchaîne Gérard Moretta, qui, à 76 ans, n’est pas près de raccrocher. "Je continuerai tant que mes moyens physiques me le permettront."

Savoir +
Le cours a lieu le mardi de 14 h à 16 h. Le premier violon confectionné en cours est destiné aux élèves de l’école de Musique.
Tarifs : 120 €/an + 5 € de droits d’entrée (- de 25 ans) ou 10 € (+ de 25 ans) pour les Beausoleillois. 240 €/an + 10 € de droits d’entrée (- de 25 ans) ou 20 € (+ de 25 ans) pour les communes extérieures.
Les dossiers d’inscriptions sont à demander directement au Centre culturel, 6/8 Av. du général de Gaulle à Beausoleil. Rens. : 04.93.78.87.00.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.