"Je ne crois pas en la malédiction": entretien avec Charles Leclerc plus conquérant que jamais avant le départ du 80e Grand Prix de Monaco

Le pilote monégasque de la Scuderia Ferrari entend bien faire taire les remarques négatives sur ses prestations passées sur le tracé de la Principauté. Il faudra faire fort face aux deux Red Bull.

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Thibaut Parat Publié le 26/05/2023 à 10:47, mis à jour le 26/05/2023 à 10:46
interview
Charles Leclerc, jeudi, dans les stands. Photo Jean-François Ottonello

Charles Leclerc sera-t-il prophète en son pays? La Principauté et les Monégasques en rêvent. Mais personne ne se risquerait à un pronostic. Pas avec des Red Bull en mode rouleau-compresseur. Pas avec le souvenir cuisant des années passées. Charles Leclerc en F1 à Monaco, c’est trois abandons et une (très) frustrante 4e place en quatre participations.

N’allez pas, pour autant, lui parler de malédiction. Le pilote Ferrari, auteur de deux pole positions en 2021 et 2022, ne regarde pas dans le rétro. "L’objectif, c’est la pole. On veut gagner ici", martèle-t-il. Et ici plus qu’ailleurs, "pousser les limites ça paye". Entretien.

Dans quel état d’esprit abordez-vous ce GP après deux dernières éditions frustrantes? Y a-t-il, au fond de vous, une appréhension que la malédiction se répète?

Je ne crois pas en la malédiction. Il faut juste faire reset, apprendre des erreurs passées et essayer de faire le meilleur job possible samedi. La qualif, ici à Monaco, est très importante et, dimanche, il faut tout mettre en ordre. Je n’ai pas de restes des années précédentes, il faut arrêter d’en parler. Je me concentre sur cette année et tout se passera bien.

Votre ratio "pole positions-nombre de Grands Prix" est assez bon mais vous peinez à concrétiser. Est-ce seulement dû aux circonstances?

Ce n’est pas dû à cela. Avec Ferrari, on a un vrai problème en course. Le rythme y est bien moins bon qu’en qualifications. On travaille dessus mais on n’a toujours pas trouvé la solution. L’an passé, on était au niveau de Red Bull sur certaines courses mais pas en fin de saison. Cette année, ils ont fait un énorme bond en avant. En qualif on arrive à être là, mais en course on est encore loin…

Pour être meilleur ce dimanche, justement, des nouveautés ont-elles été apportées à la voiture?

On n’en aura pas beaucoup et je pense que c’est le bon choix. Sur un circuit comme Monaco, atypique et différent des autres, il est très compliqué de comprendre exactement si les améliorations vont dans la bonne direction. À Barcelone, par contre, on aura quelques nouvelles pièces.

L’annulation du Grand Prix d’Émilie-Romagne a-t-elle changé quelque chose dans votre préparation pour Monaco?

Très honnêtement, ça n’a rien changé pour nous. Annuler ce Grand Prix était la bonne chose à faire. C’est extrêmement triste ce qu’il s’est passé et plusieurs membres de l’écurie habitant cette région ont été affectés.

Niveau météo, vous espérez plutôt de la pluie ou du soleil?

Je souhaite la victoire, qu’il pleuve ou qu’il y ait du soleil [rires], qu’on fasse le meilleur job possible. Avec le soleil, on peut faire un bon résultat.

La pole position peut-elle suffire pour gagner dimanche face au Red Bull ? Êtes-vous prêt à jouer le bouchon pendant l’intégralité du Grand Prix ou bien réussiront-ils à passer?

C’est très compliqué de doubler ici. Si on fait la pole position - c’est l’objectif mais ça ne sera pas facile - on a toutes nos chances. Red Bull a la meilleure voiture aujourd’hui et Aston Martin, aussi, est extrêmement rapide. Mercedes, c’est un peu plus inconstant et on ne sait pas s’ils vont être bien ou non en qualifications.

Il faut remonter à vos débuts en F1 chez Sauber, en 2018, pour retrouver trace d’une entame de championnat aussi peu féconde en termes de points. Que vous inspire ce début de saison?

Ce n’est pas positif, c’est certain. Je ne vais pas décrire chaque course mais lors des deux premières, on a perdu de gros points, au moins deux podiums. À Jeddah [en Arabie Saoudite, N.D.L.R.], on commence 2e et on prend dix places de pénalité pour le problème subi à Bahreïn. Se battre pour les 3e et 4e places, c’est énormément de points perdus et ça ne fait pas plaisir. La saison est encore longue, il y a 22 courses au calendrier sans Imola, donc il y a encore du temps pour se rattraper. Il faut qu’on se mette au boulot et qu’on améliore la voiture le dimanche. C’est là où on a vraiment des difficultés.

Avec les futures améliorations à Barcelone, à quoi prétendez-vous pour cette fin de saison?

L’objectif est de rattraper Red Bull. En F1, il n’y a pas de miracle. Vu l’écart entre nous en course, ce sera compliqué de les battre cette année, à part s’ils font une erreur dans les réglages. L’objectif est surtout que la voiture soit plus constante dans toutes les conditions. Avec des pneus neufs, elle est très bonne mais dès que les conditions changent, on est complètement à côté de sa fenêtre optimale et on perd énormément de performances.

Cet écart avec Red Bull pousse-t-il au surpilotage ?

Il pousse à se surpasser car je ne suis pas là pour terminer 2e, 3e ou 4e. J’en ai parlé avec Fred Vasseur ce mercredi. Je ne veux pas laisser deux dixièmes sur la table et me dire « J’ai rapporté la voiture, elle est magnifique, mais on fait 5e tous les week-ends ». Je ne veux pas avoir cette approche. à Bakou, j’ai pris des risques et ça a payé et on a fait une pole (3e en course, 15 points). à Miami, ça n’a pas payé. Le samedi est l’un des mes points forts. C’est comme ça que je ferai la différence.

Vous ne regrettez jamais rien?

Il y a des erreurs que j’ai regrettées en tant que pilote mais cela ne sert à rien de ressasser. Il faut surtout grandir et apprendre de ses erreurs. J’ai toujours été très honnête envers moi-même. Je sais quand je vais trop loin. Je sais, aussi, que pousser les limites, ça paye.

Un premier bilan de votre collaboration avec Frédéric Vasseur?

J’en suis super content. Il n’y a pas de surprises, on se connaît déjà très bien des années en catégories mineures.

On a le sentiment que votre ingénieur est paniqué quand il échange avec vous en course. C’est une vue de l’esprit?

Il a toujours envie de bien faire mais non, il n’est pas paniqué. En revanche, c’est certain qu’il y a eu des situations difficiles à gérer par le passé. On a beaucoup changé la manière dont on prenait les décisions par rapport à l’an passé, notamment ici à Monaco. Cela peut être difficile à comprendre de l’extérieur mais on n’imagine pas, à ce moment-là, que mon ingénieur a 45 personnes qui parlent en même temps à la radio. Il doit crier un peu plus fort pour se faire entendre. On a beaucoup travaillé sur ce point-là.

Vous aviez récemment poussé un coup de gueule sur vos réseaux sociaux face à des fans intrusifs sonnant à votre domicile. La notoriété vous pèse-t-elle parfois?

Je n’en souffre pas. Cela nécessite plus d’organisation pour ma vie privée, pour me déplacer. Cela fait partie de notre sport. C’est positif car ça montre qu’il y a pas mal d’engouement autour de la F1 en ce moment. J’ai fait ce post car des limites avaient été dépassées. Je n’ai eu aucun problème depuis.

Quels conseils avez-vous donnés, justement, à votre petit frère Arthur, pour gérer les sollicitations?

De faire attention, de se protéger un maximum. Il y a beaucoup de sollicitations médiatiques mais aussi du côté des amis et de la famille. Tout le monde est à Monaco pour le Grand Prix et ils demandent des pass, veulent nous voir et manger avec nous. Cela peut être difficile à gérer.

Et sur la piste?

D’y aller étape par étape. C’est un circuit compliqué, très technique. Il peut être frustrant quand après dix tours on est très loin des meilleurs temps. Bien plus que sur un circuit normal.

Deux Leclerc en course le même week-end, une fierté?

Bien sûr. Mon père était pilote et a toujours rêvé de nous voir ensemble au Grand Prix. C’est la première année tous les deux ici et j’espère qu’on fera un très bon résultat.

Une certaine démesure s’est emparée de la F1, notamment aux États-Unis, avec des tarifs extravagants. Votre avis?

C’est le problème de la F1 en général. C’est de plus en plus cher, tant pour les pilotes pour y accéder que pour les fans pour voir un Grand Prix. J’espère que des efforts seront faits pour aider les fans avec moins de moyens à accéder à ce genre d’événements.

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