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Les chantiers de Monaco sont-ils trop bruyants? On est allé voir sur celui de Testimonio II

Mis à jour le 14/10/2019 à 08:41 Publié le 14/10/2019 à 08:45
Frédéric Bernascon vérifie le niveau des nuisances sonores du chantier Testimonio II.

Frédéric Bernascon vérifie le niveau des nuisances sonores du chantier Testimonio II. Photo Jean-François Ottonello

Les chantiers de Monaco sont-ils trop bruyants? On est allé voir sur celui de Testimonio II

La semaine dernière, lors de l'examen du budget rectificatif de l'Etat, le Conseil national a voté contre le chapitre sur les travaux publics, estimant que les chantiers étaient mal gérés et trop bruyants. Nous avons suivi un contrôleur des constructions, mandaté par le gouvernement princier pour vérifier les nuisances sonores du chantier Testimonio II.

La qualité de vie à Monaco. On ne parle plus que de ça. La campagne électorale nationale est passée par là, plaçant au cœur du débat les nuisances en tout genre que subissent les Monégasques et résidents de la Principauté, notamment en raison de la multiplication des chantiers.Alors, le gouvernement a pris des mesures. En décembre 2018, deux arrêtés ministériels ont défini des règles du jeu à respecter sur les chantiers afin que les résidents ne pâtissent pas trop du bruit, des poussières ou encore des difficultés de circulation causées par les engins. L’État a également renforcé la surveillance des chantiers. Quatre contrôleurs de la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité (DPUM) arpentent quotidiennement les 2,02 km2 de la Principauté pour inspecter les chantiers, vérifier que les règles sont respectées et que les préconisations ont bien été suivies d’effets. Ils sont quatre et, bientôt, six, pour élargir la plage horaire des contrôles.

Très insuffisant, jugent la majorité et le groupe UM du Conseil national, qui ont voté contre le chapitre sur les travaux publics (1), jeudi soir.

Le président Stéphane Valeri et les siens jugent insuffisantes les mesures prises par le gouvernement et ont voulu exprimer par ce vote l’exaspération de la population face aux nuisances liées aux chantiers, en particulier le bruit.
Quelques jours plus tôt, nous avions suivi l’un de ces contrôleurs lors de la visite inopinée de l’un des plus gros chantiers actuels de la Principauté, Testimonio II, à l’entrée Est du pays. Au bout d’une heure et demie passée à arpenter les lieux en compagnie de plusieurs cadres du groupement d’entreprises, le contrôleur a dressé un bilan positif.

Testimonio II : rien à signaler

"Bonjour, c’est Frédéric Bernascon de la DPUM. Il est possible de visiter le chantier ? Je suis accompagné cette fois-ci. Je vais vous expliquer…" A l’autre bout de l’interphone, au pied du chantier Testimonio II, avenue Princesse-Grace, la personne hésite. La porte métallique s’ouvre finalement. Il est 10 h 15, lundi 7 octobre. Le contrôleur des constructions à la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité (DPUM) s’apprête à effectuer une énième visite de ce chantier. Lui et ses trois autres collègues y viennent au minimum une fois par semaine. Ici, mais aussi sur tous les autres gros chantiers de la Principauté.

Une femme nous accueille. Marlène Nybelen, responsable Qualité, sécurité, environnement (QSE) chez Vinci Construction Monaco. Pendant que les journalistes sont équipés pour pouvoir suivre la visite de contrôle en toute sécurité (casque, gants, bottes, gilet fluo), les cadres de Vinci sont appelés en urgence.

Ce sont eux qui vont accompagner le contrôleur de la DPUM. Emmanuel Ollier, directeur des fondations du chantier, et Abdelghani Zebiri, directeur de travaux.

Les points de contrôle

La visite est visiblement inopinée, comme annoncé. Ce que Frédéric Bernascon s’apprête à contrôler, tablette numérique en main ? « Je suis là pour vérifier le niveau du bruit et des éventuelles autres nuisances du chantier, comme les émissions de poussière. Je vais aussi m’assurer que les prescriptions que nous avons faites ont bien été respectées et suivies. »

Plus précisément, le contrôleur va notamment regarder « la tenue du chantier, les palissades, la propreté des abords, la présence de véhicules gênant la circulation ». Il va ensuite s’intéresser aux mesures prises pour lutter contre la principale nuisance, le bruit, en l’occurrence la bonne installation de bâches acoustiques et, c’est l’une des recommandations, le remplacement des plaques étouffant le bruit des moteurs des foreuses par du matériel plus efficace.

Le contrôle ne se limite pas, d’ailleurs, à cette visite. Des micros effectuent en permanence un monitoring sonore du chantier, et les seuils sont vérifiés chaque semaine par la DPUM.

Frédéric Bernascon sait donc précisément ce qu’il compte vérifier. Il l’indique aux deux cadres. Il connaît le chantier et les points qui méritent d’être vérifiés. Il veut en particulier voir si le groupement d’entreprises a remplacé les panneaux acoustiques par du matériel plus performant et adapté au terrain (lire page suivante). Le contrôleur des constructions pose des questions, observe, tapote des réponses et observations sur sa tablette, avant de consigner ses conclusions qui seront automatiquement centralisées à la DPUM.

En haut du chantier, côté boulevard d’Italie, le contrôleur signale la présence d’une camionnette de livraison qui gêne la circulation. Le véhicule disparaît aussitôt.

"Le bilan est bon"

Une heure et demie plus tard, l’heure est au bilan. « Il est bon, assure Frédéric Bernascon. Les abords sont propres, les bâches acoustiques en place et les points soulevés sont en cours de règlement. »

Le contrôleur des constructions, sur ce chantier comme sur la plupart de ceux qu’il visite régulièrement, reconnaît que les nouvelles contraintes sont nombreuses. « On leur demande de plus en plus de choses. Au début, il fallait se montrer insistant. Aujourd’hui, la préoccupation des nuisances entre progressivement dans les mœurs pour les entreprises. »

Ce que confirme Emmanuel Ollier, de Vinci Construction : « C’est vrai que les employés ont l’impression d’être surveillés… Mais le contrôle est légitime. Nous en avons l’habitude. C’est dans le processus normal de construction. »

Le point sur le chantier

C’est l’un des gros chantiers de la Principauté. Testimonio II, c’est d’abord un exploit technique. Une construction sur une hauteur totale de 150 mètres, depuis les fondations dans la roche sous la mer, à 15 mètres de profondeur, jusqu’au sommet des tours. Le projet, imaginé par les architectes Alexandre Giraldi et Arquitectonica, est sous maîtrise d’ouvrage des groupes Vinci et Marzocco, et construit par un groupement d’entreprises (Vinci, Satri, GTM, Soletanche SAM et Caroli). Près de 200 personnes travaillent actuellement sur ce chantier. Il y en aura plus du double au moment de la construction des tours.

Où en est le chantier, commencé en juillet 2016, à l’heure de ces lignes ? "Nous avons terminé les parois moulées en juillet, ainsi que les dalles de transfert sur lesquelles seront construites les tours, répond Marlène Nybelen, responsable Qualité, sécurité, environnement (QSE) chez Vinci Construction Monaco. Nous avons commencé les fondations des deux tours la semaine dernière."

La livraison du gros œuvre est prévue en septembre 2021 et celle de l’ensemble début 2022.

Ce qui est fait pour réduire le bruit des chantiers

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, affirme l’adage populaire. On ne construit pas davantage deux tours d’habitation de trente étages accueillant 186 logements domaniaux, des appartements privés à la vente, un parking de 1.000 places, l’école internationale et une crèche sur l’un des derniers grands terrains à bâtir de la Principauté, coincé entre l’avenue Princesse-Grace et le boulevard d’Italie, sous la villa Florida et entre d’autres immeubles, sans causer des nuisances. C’est une évidence. Alors, sur ce chantier comme sur tous les autres, le gouvernement a fixé des règles en décembre 2018 pour les atténuer le plus possible.

Les contrôles effectués par les agents de la DPUM sont justement faits pour vérifier qu’elles sont bien respectées. Trois méthodes anti-bruit sont utilisées. Les voici.

1. Les bâches acoustiques. Sur le chantier Testimonio II, la principale source de nuisance est le bruit. "Je viens vérifier que toutes les bâches acoustiques sont bien en place", explique Frédéric Bernascon. On en distingue différentes sortes. Celles qui enserrent la tête de rotation de chacune des foreuses ; les plaques qui sont censées atténuer le bruit des moteurs desdites foreuses - elles ont été positionnées à la hâte au moment où arrivaient le contrôleur et les journalistes - et la rangée de bâches placées au sommet du mur de soutènement se trouvant juste en dessous de la villa Florida, afin de protéger, autant que faire se peut, ses occupants.

Le contrôleur des constructions valide les équipements en place. "J’attends maintenant qu’ils me présentent les nouvelles structures, plus adaptées au terrain, et chargées d’isoler les ateliers, ajoute-t-il. Elles sont actuellement en fabrication et seront livrées dans trois semaines."

2. Les sarcophages. Pour raccourcir les délais de construction des gigantesques murs de soutènement, le groupement d’entreprises coule les planchers en descendant, "en taupe", comme l’indique Emmanuel Ollier, directeur des fondations du chantier pour Vinci Construction. Explications: "Cette technique nous permet de construire les tours et les parkings en même temps. Cela nous fait gagner du temps, et au passage réduit la durée des nuisances. Mais surtout, les travaux sont effectués à l’abri, comme dans une grosse boîte, et non pas à ciel ouvert. Ainsi, les nuisances sonores sont réduites." Des sarcophages qui sont censés étouffer le bruit.

3. Les micros. Sur les gros chantiers de plus de six mois, les entreprises sont tenues de placer des micros qui effectuent des mesures. Des relevés sont transmis chaque semaine à la DPUM. "Nous vérifions que les seuils validés lors de l’instruction du dossier ne sont pas dépassés", éclaire Frédéric Bernascon.

4 757 contrôles depuis janvier

Les arrêtés ministériels de décembre 2018, portent sur les horaires (lire par ailleurs) et les bruits des chantiers. Sur ce second point, l’État a renforcé les contrôles sonores.

"Depuis le début de l’année, on nous a demandé d’intensifier les visites de chantiers, explique Frédéric Bernascon, contrôleur des constructions à la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité. Nous avons augmenté notre présence sur le terrain de 50%. Nous effectuons une visite par semaine sur les gros chantiers et nous passons devant tous les jours. Le contrôle visuel est quotidien."

Le gouvernement livre un chiffre : entre janvier et septembre, 4 757 contrôles de chantiers ont été effectués, dont 1 731 par des contrôleurs de la DPUM - les autres l’ont été par des prestataires.

Chaque contrôleur de chantier dispose d’une tablette avec toute une série d’informations à renseigner durant la visite de contrôle. La fiche type de contrôle cherche notamment à savoir si les engins de chantier sont conformes à la liste établie ; si des mesures sont mises en place pour réduire les nuisances sonores ; si des véhicules gênent la circulation sur la voie publique ; si le planning des travaux est respecté…

"Nous sommes les seuls à mettre en place de telles mesures pour lutter contre les nuisances sonores, estime Frédéric Bernascon. Cette préoccupation n’existe pas dans les autres pays."

Le bilan dressé par le gouvernement, depuis le début de l’année? Quatorze constats d’infractions et 140 dysfonctionnements traités et suivis par les contrôleurs de la DPUM.

"Nous sommes assermentés, nous pouvons demander l’assistance de la Sûreté publique, si besoin », précise le contrôleur de la DPUM, juste avant d’ajouter : « Les entreprises nous écoutent. Les problèmes sont résolus la plupart du temps par le dialogue. Si ce n’est pas le cas, on ne les lâche pas."

Les contrôles de chantiers vont s’accentuer prochainement, grâce au renfort de l’équipe de contrôleurs, qui passera de quatre à six d’ici au 4 novembre. "Ces renforts vont nous permettre d’élargir les horaires des contrôles, en particulier à l’ouverture et à la fermeture des chantiers, ainsi que sur ceux qui sont en activité le week-end."

L’agent de la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité vérifie aussi la bonne tenue du chantier et traque toutes les éventuelles autres nuisances pour le voisinage.
L’agent de la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité vérifie aussi la bonne tenue du chantier et traque toutes les éventuelles autres nuisances pour le voisinage. Photo Jean-François Ottonello
Chaque gros chantier de la Principauté est contrôlé une fois par semaine.
Chaque gros chantier de la Principauté est contrôlé une fois par semaine. Photo Jean-François Ottonello
Des bâches acoustiques enserrent les têtes et les moteurs des foreuses.
Des bâches acoustiques enserrent les têtes et les moteurs des foreuses. Photo Jean-François Ottonello

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