"La croissance ne peut pas être l'objectif de l'humanité", déplore le Père Pedro en visite à Monaco

Le Père Pedro, venu en France pour faire la promotion de son livre Résiste, paru aux Éditions du Rocher, a fait une halte à Monaco pour visiter Mgr David et une classe de FANB.

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Joëlle Deviras Publié le 06/12/2022 à 14:05, mis à jour le 06/12/2022 à 13:26
Le Père Pedro, au sanctuaire de Laghet, avant la messe dominicale Photo J.D.

D’abord à Paris, puis vendredi à Monaco pour rencontrer Monseigneur Dominique-Marie David et échanger avec les élèves de Première de François d’Assise-Nicolas Barré, mais aussi à Grasse et à Nice le week-end dernier pour faire la promotion de son livre Résiste, paru aux Éditions Du Rocher, enfin à Laghet pour célébrer la messe dominicale, le Père Pedro a enchaîné les visites avant de repartir à Madagascar où il œuvre depuis un demi-siècle aux côtés des pauvres.

À Paris, avez-vous rencontré les autorités françaises pour lever des fonds en faveur de Madagascar?

Non, je ne cherche pas à les rencontrer spécifiquement. J’ai eu, par contre, trois entrevues avec Brigitte Macron. Elle m’a accueilli avec beaucoup de respect, de joie et d’enthousiasme. Mais elle m’a dit qu’elle devait d’abord s’occuper des enfants de France. Je lui ai demandé de solliciter les entreprises françaises qui travaillent à Madagascar.

Votre dernier livre à un titre un peu provocateur: Résiste! Est-ce que vous appelez tout le monde à rentrer en résistance?

Oui c’est provocateur. Humblement, à Madagascar, nous avons voulu aider des familles qui étaient oubliées par la société. Il y a plus de 30.000 habitants dont 18.376 enfants scolarisés à Akamasoa et dans les villages que nous avons construits. 500.000 personnes sont passées par nos centres d’accueil. La pauvreté n’est pas une fatalité. Avec la foi, l’amour et la persévérance, nous pouvons changer une situation désespérée. Nous le prouvons par des actes et non pas par des paroles. Je suis entouré de 750 jeunes Malgaches qui essaient d’aider leurs compatriotes.

 "Le combat contre la pauvreté n’a pas de fin"

C’est une formidable réussite!

C’est un mot que je n’emploie jamais. Mais nous avons pris la bonne direction. Je dis toujours à mes coéquipiers: "Ne dormez pas debout! Ne soyez pas complaisants avec vous-mêmes." Si Dieu nous donne la vie et la santé, le combat contre la pauvreté n’a pas de fin.

Comment avez-vous fait pour construire de vos propres mains?

Je remercie mon père qui m’a appris la maçonnerie. Je suis le premier garçon d’une famille de huit enfants. Mon père m’a emmené sur les chantiers durant les vacances scolaires dès l’âge de 9 ans. Il m’a appris un métier et ça m’a servi beaucoup. À 14 ans, je savais déjà lever un mur, faire de l’enduit et à 17 ans j’ai participé à la construction d’une maison pour les plus pauvres en Argentine où nous habitions. S’en sont suivies des milliers de maisons à Madagascar. Le logement, l’accès aux soins et pouvoir manger à sa faim est un droit pour tous; comme chaque enfant a le droit d’être scolarisé. Ce n’est pas un privilège.

"Il y a même des touristes qui viennent (...) Et ils pleurent de joie."

Certains pensent que ces grands combats, mais aussi la cause environnementale, sont perdus d’avance.

Si on a l’amour, si vous aimez l’humanité tout entière, vous ne pouvez pas baisser les bras. Je ne dis pas que c’est facile. Derrière moi, j’ai des milliers d’enfants qui me poussent et m’encouragent à aller de l’avant. Quand je regarde parfois Akamasoa je me demande qui a fait tout cela. C’est Dieu, avec nous tous, avec les donateurs aussi. Avec Monaco Aide et Présence (MAP), nous avons fait plus de 25 écoles. Et APPO Monaco nous a aidés à payer les salaires de nos instituteurs.

Quand vous célébrez la messe à Madagascar, quelle est la ferveur des fidèles?

C’est une fête! Je ne peux pas m’habituer à cela. Chaque dimanche depuis 33 ans à Akamasoa, c’est toujours quelque chose de nouveau. Nous sommes faits pour créer, inventer. Alors pourquoi n’inventerions-nous pas des gestes de solidarité, des gestes qui réveillent l’espérance? Il y a même des touristes qui viennent, encouragés par les guides touristiques. Et ils pleurent de joie. Les plus pauvres sont devenus ceux qui aident les fortunés à revenir à l’essentiel. Car il s’agit bien d’avoir un sens dans la vie, avec des valeurs spirituelles.

Quel regard portez-vous sur l’Occident qui subit l’inflation et la perte du pouvoir d’achat?

Quand je viens en France, je vois l’ambiance morose. Tout le monde court je ne sais où. Les gens se préoccupent du pouvoir d’achat. Mais ce n’est pas le sens de la vie. Vous vivez cent fois mieux qu’à Madagascar! L’objectif d’une vie est de servir vos frères et sœurs pour être vous-même mieux et heureux. Je remercie l’Académie française qui ne permet pas d’écrire "heureux" au singulier. On ne peut être heureux qu’ensemble. Et, Nord et Sud, nous sommes sur la même planète. Il faut aider là où il y a du courage, de l’authenticité, de la vérité.

"Je suis en colère. L’administration est trop lente."

Êtes-vous favorable à la décroissance?

Bien sûr! La croissance ne peut pas être l’objectif de l’humanité. Il faut de la croissance à la mesure de l’humanité, proportionnelle au nombre d’habitants sur cette Terre. Il faut voir les choses dans la globalité.

N’êtes-vous pas parfois découragé?

Non, mais je suis en colère. L’administration est trop lente. J’ai fait un dossier d’aides durant dix-huit mois qui m’a finalement été refusé. Je voudrais que ceux qui nous dirigent et qui sont malades entendent de la bouche des médecins: "Attendez… Venez demain…" Il faudrait plus d’efficacité, plus de respect. Parce que les gens souffrent physiquement mais aussi spirituellement. Heureusement que nous avons les donateurs privés!

"Je dénonce la corruption"

Vous avez des projets précis pour Madagascar?

Toujours! Il nous faut cent nouveaux logements par an, des routes, des nouvelles salles de classe, des écoles,...

Comment faites-vous avec la corruption?

Je la dénonce. Elle est l’une des premières causes de la pauvreté. Je vois au moins une fois par an le président de la République de Madagascar. Il essaie de faire bouger les lignes. Il est conscient de cela.

 

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