"Il était temps que je tourne la page": après 26 ans de carrière, le gymnaste Julien Gobaux tire sa révérence à Monaco

Le gymnaste français, licencié à l'Etoile de Monaco, tire sa révérence après avoir baigné 26 ans dans ce sport. "La gym a fait de moi la personne que je suis..." Interview à cœur ouvert.

Propos recueillis par Adrien Santucci Publié le 11/08/2022 à 05:03, mis à jour le 11/08/2022 à 17:03
Julien Gobaux quitte la compétition... mais part entraîner un club de gym à Dubaï. Photo Adrien Santucci

Julien Gobaux, c’est celui qu’on imaginait jamais dire stop. L’inconditionnel amoureux de la gymnastique, qui a tout donné pour ce sport, et qui l’a toujours placé avant le reste.

L’international français et pensionnaire de l’Étoile de Monaco, auteur d’une carrière remarquable en tous points, a finalement décidé de tourner la page. La plus grande de sa vie. Il l’a annoncé sur ses réseaux le 27 juillet: "Toutes les bonnes choses ont une fin. C’est évidemment avec beaucoup d’émotions que j’écris ce message. Ce sport qui pendant ces 26 années m’a fait pleurer, rire, peur, mal, douter, gagner, perdre… Je pars la tête libre."

Merci pour tout l’acrobate.

Julien, pourquoi avoir fait le choix de terminer votre carrière?
Arrêter ma carrière est une décision que j’ai prise depuis le mois de février. J’ai commencé à me poser cette question lorsque j’ai eu cette blessure à la cheville en septembre dernier. Ça m’avait déjà fait réfléchir, encore plus lorsque j’en ai cumulé une autre à l’épaule. Je suis parti en vacances avec des amis, et quand ils évoquaient leur situation professionnelle, je me suis dit qu’il fallait moi aussi que je passe à autre chose. Qu’il était temps de tourner la page.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours de près de 26 ans?
J’ai commencé dès le plus jeune âge, à 5 ans au club de Soissons. Par la suite, mes parents ont déménagé à Nantes en 1996 pour mon frère qui faisait lui aussi de la gym. Et moi je suivais ses traces. Il a toujours été plus fort que moi jusqu’à mes 16-17 ans. J’ai été dans ses pas une fois de plus en rejoignant Antibes de 2000 à 2006. J’ai arrêté un an car l’autorité de mon entraîneur ne me convenait pas du tout. Et après j’ai rejoint Monaco en 2007, j’y ai passé 15 années formidables au sein d’une véritable famille.

Comment avez-vous été convaincu de reprendre le chemin de la gym en 2007?
La gymnastique me manquait, et Thierry Aymes [coach de Monaco, N.D.L.R.] a su me convaincre de rejoindre la Principauté. C’est un club où il n’y a pas autant de pression du résultat. C’était bien plus cool et ça s’est super bien passé. Nous avons tissé des liens très forts.

Quelle est votre relation avec Thierry Aymes?
Au début, c’était une simple relation gymnaste-entraîneur. Et puis, petit à petit je me sentais comme dans ma propre famille. J’ai toujours été accueilli comme le troisième enfant, et j’avais vraiment l’impression d’être comme à la maison. Il m’a tendu la main, et sans lui ce parcours aurait été impossible pour moi. Il a été la pièce maîtresse de ma carrière, présent dans les bons comme dans les mauvais moments. C’est ce qui fait que ça a si bien fonctionné. C’était ma famille de substitution.

"A Monaco, les gens œuvrent au quotidien pour que tu sois dans les meilleures conditions possible" Photo Adrien Santucci.

Que retenez-vous de ces 15 ans passés à Monaco?
Évoluer dans un club comme Monaco montre tout simplement les valeurs du sport et de la gymnastique. Ici, les gens œuvrent au quotidien pour que tu sois dans les meilleures conditions possible. On peut tous compter les uns sur les autres. Même quand le chemin est semé d’embûches, tout le monde se serre les coudes et avance ensemble. C’est ce qui fait la force première de ce groupe que nous avons construit au fil du temps.

Cette dernière année symbolise parfaitement ce que vous venez de dire avec cette médaille décrochée dans le Top 12…
C’était l’année la plus bancale pourtant. Nous sommes vraiment partis de loin. En début de saison, ce n’était pas gagné avec une équipe fortement diminuée à cause des blessures et du manque de préparation. Si on nous avait dit qu’on allait décrocher une médaille à l’aube de cet exercice, personne n’y aurait cru, et on aurait signé tout de suite. Dans l’adversité, nous avons fait front. On s’est resserré, et on est tous allé dans la même direction. Cette troisième place après une magnifique victoire lors de la petite finale est la récompense ultime. Pour moi, ça vaut toutes les compétitions que j’ai pu faire au niveau international.

 

Justement, vous comptez 45 sélections avec l’équipe de France entre 2013 et 2021…
Ce fut vraiment une expérience incroyable sous le maillot bleu, avec la consécration d’avoir réussi à faire les Jeux Olympiques. C’est ce que rêve tout athlète de haut niveau. J’ai fait toutes les compétitions possibles, et j’ai même décroché une médaille européenne. Je n’ai vraiment aucun regret car j’ai toujours tout donné que ce soit pour la France ou en club. Il n’y a pas toujours les résultats attendus, mais ce sont les aléas d’un sportif. Je me souviens de la coupe du monde disputée à Bercy devant mon public. Mon seul championnat international joué en France. C’est la plus grosse ambiance que j’ai connue.

"Je me suis développé et j’ai grandi avec la gym... C'est une bonne école de la vie" Photo Adrien Santucci.

Qu’est-ce que vous a apporté la gym?
Ça m’a construit. C’est ce qui fait que je suis devenu la personne que je suis. Mes échecs, mes blessures, mes réussites, mes moments de bonheur. Je me suis développé et j’ai grandi avec la gymnastique. J’ai tout donné pour ce sport. Tout a été tourné autour de ça. Mon alimentation, les fêtes, les déménagements. Je ne connais pas autre chose, et je saute d’un pont en quelque sorte. J’arrive dans le monde du travail. Le monde du renouveau.

De quoi sera faite la suite pour vous?
J’ai signé un contrat à Dubaï. Je vais entraîner un club là-bas, et je pars dans à peine plus de deux semaines. Au moins, ça ne me laisse pas le temps de réfléchir et de cogiter. Je reste tout de même dans ce milieu. Une chose est sûre, si demain Monaco est en galère, je m’entraînerai et jamais je ne les laisserai tomber.

Quels conseils pouvez-vous donner à un jeune enfant qui veut découvrir la gym?
Vas-y, fonce mon petit! Tout simplement. C’est une bonne école de la vie. Même s’il ne fait pas ce sport toute sa vie, c’est ce qui lui permettra de grandir autour de valeurs qui sont saines et qui apportent beaucoup. C’est un sport hyper dur, rigoureux, et qui fait mal. Mais ça aidera toujours dans la coordination et le développement personnel. Et surtout avant tout, il faut prendre du plaisir. C’est la chose la plus importante.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.