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"Il faut construire une économie plus diverse et plus inclusive"

Cédric O, le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques était à Nice ce lundi 21 février pour parler innovation, tech, licornes, égalité des chances. Interview.

K.Wenger Publié le 21/02/2022 à 19:21, mis à jour le 25/02/2022 à 08:50
Selon Cédric O, la French Tech qui fêtera ses dix ans l’année prochaine a permis la création d’un million d’emplois. "Mais elle est surtout à l’international un message de conquête et d’optimisme qui raconte une ambition française." (Photo Frantz Bouton)

En déplacement à Nice ce lundi 21 février pour lancer la deuxième phase du programme French Tech Tremplin, Cédric O, le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, en a aussi profité pour rencontrer l’écosystème numérique azuréen. Et fait le point sur l’innovation en France.

Quel est l’objectif de votre déplacement sur la Côte d’Azur?
Il est double car j’ai l’habitude d’aller à la rencontre des entrepreneurs du numérique et de l’innovation partout en France. Il y a ici, sur la Côte d’Azur, un écosystème extrêmement intéressant. Il est important de venir au contact de ces entreprises qui créent de l’emploi.

Cet écosystème fait face à un défi particulier: il doit faire en sorte que l’économie qu’on construit pour demain soit plus diverse, plus consciente de son impact environnemental et plus inclusive. Il faut donner leur chance à tous ceux qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat et parce qu’ils viennent de quartiers politiques de la ville, ne sont pas dans les bons réseaux ou n’ont pas accès à des financements, ont moins de chance de réussir.
C’est là la seconde raison de ma venue: le lancement, après la phase de prépa, de celle de l’incubation du French Tech Tremplin et l’annonce des 9 lauréats azuréens qui en bénéficieront.

 

En quoi consiste-t-il?
Grâce à ce programme national d’égalité des chances doté de 25 M€, 266 entrepreneurs vont avoir accès pendant un an aux meilleurs incubateurs de France. En l’occurrence ici, le Village by CA PCA à Sophia Antipolis, les Premières Sud et AzUp Inter-made.
Avec 30 candidats de plus que lors de la saison 1 du programme, notre volonté est d’aller plus loin car je suis persuadé que ces entreprises sont celles de demain. Je tiens à rappeler que le patron de Twitter est un immigré indien. Tout comme celui de Microsoft et de Google. Les fondateurs de BioNTech qui a sauvé une grande partie de l’humanité avec le premier vaccin à l’ARN messager contre la Covid sont des immigrés turcs de première génération.

Vous aviez déclaré à l’automne que vous vouliez créer les géants du numérique dans les régions.
Oui car c’est dans les régions que se situe la dynamique. Des entreprises comme Swile [qui réinvente les tickets resto, ndlr] est à Montpellier; la première licorne industrielle Exotec [robots de préparations de commandes, ndlr] est à Lille. Loft Orbital, la startup franco-américaine de satellites de services partagés, elle, est à Toulouse…

On assiste à l’émergence d’un nouveau tissu industriel. Surtout depuis la Covid. Les gens ne veulent plus habiter à Paris. La preuve, BlackMarket [place de marché proposant des appareils électroniques reconditionnés, ndlr] a déménagé son siège à Bordeaux. Doctolib, pour sa part, a installé 400 collaborateurs à Nantes.
La situation post-pandémie est une chance pour l’Europe et sa position dans le monde car on n’a pas spécialement envie de partir innover dans la Silicon Valley ou à Shenzen.

C’est aussi une chance pour la province. Les Français veulent un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. C’est une opportunité pour un territoire comme celui de la Côte d’Azur.

Pourtant, on a toujours l’impression que pour trouver des investisseurs, il faut "monter" à Paris.
C’est encore un peu le cas. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons organisé le French Tech Rise en décembre. Son objectif était de mettre face à des investisseurs parisiens des startups de région et deux Azuréennes, LivMed's et Earthwake, avaient été primées.
Mais cela va s’inverser rapidement. Car historiquement, le capital suit les talents et s’ils se trouvent en province, alors le capital ira en province.

 

Il y a actuellement beaucoup de startups qui deviennent des licornes [entreprises dont la valorisation dépasse le milliard de dollars, ndlr]. Avec 26 licornes, la France est en avance sur l’objectif fixé par le gouvernement (25 en 2025). Est-ce que ce critère de valorisation est le bon?
C’est le critère international. Et il permet de situer la France dans la compétition internationale. Mais il y a aussi d’autres critères qui rendent optimistes quand on voit l’importance de startups comme OVH, ManoMano ou Lydia dans notre vie quotidienne. Deux Français sur trois à utilisent chaque semaine une solution d’une jeune pousse tricolore.

Doctolib en est le meilleur exemple. Et ça permet d’inverser l’espèce de malédiction qui nous voyait durant la Covid n’utiliser que des outils anglo-saxons. On est ravi que pour prendre un rendez-vous chez le médecin, ce soit Doctolib et non pas Google.

Est-on au bout de l’histoire? Non. 26 licornes, c’est très bien mais cela ne suffit pas. Pour la première fois en 2021, l’Europe a créé plus de licornes que les Chinois et le différentiel entre l’Europe et les États-Unis est en train de se réduire. Nous revenons dans la course mais on a besoin d’aller encore plus loin. Ce n’est rien de moins que notre souveraineté et nos emplois de demain.

Y a-t-il d’autres critères pour créer des licornes?
C’est un domaine où le leader est souvent le leader financier. On se lamente car on voit deux entreprises, une Française et une Américaine, dans le secteur. L’Américaine, souvent plus valorisée, rachète la Française. Ce qui se passe actuellement, c’est l’inversion de cette logique. Cette puissance financière a deux avantages: elle met la France sur la carte mondiale et elle évite que nos startups se fassent racheter par d’autres étrangères.

Comment expliquez-vous le fait qu’il y ait eu autant de licornes françaises ces derniers temps?
Par la qualité des entrepreneurs français et la politique menée par le gouvernement. Il n’y a pas de licornes sans les réformes de l’ISF, du marché du travail, de la flat tax [prélèvement forfaitaire unique a été mise en place afin de simplifier la fiscalité du capital, ndlr]… La France est la première terre d’attractivité de financements internationaux et d’investissement étrangers. Ce sont eux qui, en priorité, ont tiré la valorisation des licornes. Or ces investisseurs étrangers ne seraient jamais venus en France s’il n’y avait pas eu ces réformes structurelles.

Offre numérique MM+

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