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Le dernier soupir des cabines téléphoniques de Monaco

Élément de mobilier urbain en voie de disparition, il n’en reste plus que 31 sur l’ensemble de la Principauté, contre 184 il y a moins de 10 ans. Bientôt, les cabines téléphoniques ne seront plus qu’un lointain souvenir.

Marie Cardona Publié le 25/03/2021 à 11:30, mis à jour le 25/03/2021 à 11:33
Une poignée de cabines seraient encore utilisées sur le territoire. Mais leur usage reste minime. D’ici quelques années, les publiphones devraient tous disparaître du paysage urbain. Photo Dylan Meifrret

La fin d’une époque ? Cela fait bien longtemps qu’elles ne rencontrent plus le succès qu’elles connaissaient jadis. Reléguées aux oubliettes par le téléphone portable, les cabines téléphoniques sont sur le déclin depuis plusieurs années.

Sur l’ensemble de la Principauté, elles ne seraient plus que "31 cabines publiques(1), positionnées en extérieur ou en zones fermées comme les parkings, sur les 184 qui couvraient tout le territoire en 2014", estime l’opérateur Monaco Telecom.

Toutes sont encore en état de marche. "Mais leur état est vétuste et leur maintenance n’est plus assurée par les différents fournisseurs."

Contrairement à la France, où l’arrêt de mort des "publiphones" est acté depuis 2015 par la loi Macron, la Principauté n’a pas établi de plan de démantèlement spécifique sur son territoire.

 

Les retraits se font de manière opportuniste à la demande de la Direction de l’Aménagement Urbain (DAU) "dans les cas de travaux d’aménagements ou de réfection de la voirie", de la Direction du Développement des Usages Numériques (DPRN) "essentiellement en cas de vétusté ou d’endommagement" ou encore de la délégation Interministérielle chargée de la Transition Numérique, "notamment dans le cadre de projets Smart City".

Actuellement, Monaco Telecom n’est plus tenu à aucune obligation dans le cadre de la concession de service public aussi, les publiphones seront "progressivement démantelés, notamment en raison de l’obsolescence et de leur non-maintenance", confie l’opérateur.

En 2014, dernières statistiques déjà insignifiantes

La démocratisation des usages mobiles, et avec elle la fin de la commercialisation des télécartes en 2017, y est pour beaucoup dans le déclin des téléphones publics. Malgré tout, une poignée de cabines seraient encore utilisées sur le territoire. "Il s’agit principalement de celles situées près de la Maison d’arrêt, de la place Sainte-Dévote, de la plage du Larvotto et de la Place du Palais."

Leur usage reste cependant minime. À tel point que les dernières statistiques récoltées par Monaco Telecom quant à leur utilisation remontent à 2014: "la plus grosse utilisation était en moyenne de 417 minutes/mois pour la cabine de la Maison d’arrêt. Ou encore 226 minutes/mois pour celle du bureau de poste de la place des Moulins."

 

Et l’opérateur téléphonique de préciser: "A titre de comparaison, on était sur environ 6 000 heures de consommation en 2004 sur tout le parc. Dix ans plus tard, on peine à une moyenne de 30 minutes/mois [soit 6 h/ans, N.D.L.R.]."

Insignifiant, déjà, à cette date. Pour coller aux nouveaux usages connectés, plusieurs projets avaient été envisagés pour réutiliser les cabines téléphoniques restantes à Monaco. La piste d’en faire des bornes wifi aurait été étudiée, sans aboutir cependant, "notamment parce que les cabines ne sont pas raccordées électriquement, à l’exception d’un raccordement à l’éclairage public nocturne".

"Aujourd’hui le projet Extended Monaco a pris le pas et déployé d’autres solutions de connectivité avec les nouveaux abribus, par exemple."

Un retrait coûteux

L’opérateur téléphonique affirme garder à l’esprit les différentes initiatives menées dans d’autres villes de France ou du monde comme des réutilisations en bibliothèques collaboratives.

 

Car la dépose d’une cabine téléphonique est coûteuse: "entre 5.000 euros et 6.000 euros, car le retrait nécessite des travaux de génie civil, dont la réfection complète des trottoirs où elles sont installées".

Sachant que "le prix varie selon qu’il s’agit d’une cabine simple, double, triple ou avec accès handicapés".

Bibliothèques, aquariums, contact avec l’au-delà… l’autre vie des publiphones

Il y a 20 ans, la France comptait quelque 300.000 cabines téléphoniques. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 87 en état de fonctionner, dont une seulement dans le département voisin des Alpes-Maritimes.

"Ces cabines se situent pour l’ensemble dans des zones blanches, ces territoires non couverts par un réseau mobile", confie-t-on du côté de l’opérateur Orange.

Des mini-bibliothèques en France

La fin de vie des cabines téléphoniques, actée par la loi Macron en 2015, suit donc son cours en France. Certaines sont cependant parvenues à échapper à ce destin.

À Gattières, par exemple, une habitante du village avait eu l’idée de créer un "hôtel des livres" au cœur de la cabine désaffectée de la commune.

Chacun était libre de prendre ou d’y apporter des ouvrages, des CD ou des DVD. Plusieurs communes françaises ont ainsi recyclé leur vieille cabine. C’était le cas par exemple à Guillaumes et Tignet dans Alpes-Maritimes ou encore Salernes et Puget-sur-Argens dans le Var.

Des aquariums à Nantes et au Japon

Plus original : la cabine téléphonique aquarium. On la doit à l’artiste Benedetto Bufalino dans le cadre de l’exposition urbaine "Voyage à Nantes" en 2016. Les curieux pouvaient y admirer quelque 70 poissons tropicaux.

L’artiste avait déjà réalisé cette opération entre 2007 et 2013 dans plusieurs villes comme Lyon, Biarritz ou Londres.

Au Japon aussi, la cabine aquarium avait inspiré un collectif d’artistes baptisé "Kingyobu". L’installation avait été présentée dans la ville d’Osaka en 2012.

Des bornes wi-fi à New York

Aux États-Unis, la ville de New York a décidé de coller aux nouveaux usages en lançant un grand projet de remplacement des publiphones par des bornes wi-fi multifonctions. Baptisé LinkNYC, le projet avait porté en 2012 par le maire d’alors, Mike Bloomberg.

La France avait tenté de reprendre l’idée. Pendant un temps, Orange s’était lancé dans la construction de cabines nouvelle génération, avec connexion internet, écran tactile et géolocalisation. Un tel engin avait vu le jour sur les Champs-Élysées mais ce fut un flop.

Une porte pour communiquer avec les morts au Japon

À Otsushi, dans le nord du Japon, une cabine téléphonique a été installée au milieu de nulle part.

Nommée la cabine du vent, elle permet de téléphoner aux morts de la catastrophe de Fukushima, dont le Japon a commémoré les 10 ans le 11 mars dernier. Comme un lieu de pèlerinage.

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