Comment Beausoleil et Monaco luttent contre la présence des rats en ville

Depuis deux ans, aidés par le confinement et les chantiers, les rongeurs se montrent en journée dans le centre-ville de Beausoleil. La municipalité a intensifié ses campagnes de dératisation. Avec succès. En Principauté, aucune recrudescence n'est constatée, ce qui n'empêche pas les services de l'Etat de dératiser quatre fois par mois.

Thibaut Parat Publié le 11/08/2022 à 05:02, mis à jour le 11/08/2022 à 11:02
D’une campagne de dératisation par trimestre, la municipalité de Beausoleil est passée à deux par mois. Patrick Nosetto / MaxPPP

"Ce jour de mars vers 15 heures, j’assiste à une réunion sur le chantier des escalators. D’un coup, un rat de taille imposante passe sur les pieds de mon interlocuteur." L’anecdote est racontée par Pascale Zarantonello, directrice adjointe des services techniques de Beausoleil. Cette présence, en pleine journée, de rongeurs dans le centre-ville n’est pourtant pas un fait isolé.

Voilà deux années que les coups de fils et alertes de riverains en mairie sont récurrents pour pester contre ces nuisibles qui se repaissent des ordures ménagères laissées à même le sol. Bien contenu avant la crise Covid, le phénomène de prolifération s’est aggravé à compter du confinement printanier de 2020.

Deux campagnes de dératisation par mois

"Avec l’absence de voitures et de passants, et plus de poubelles en extérieur, les rats se sont sentis chez eux et en ont profité pour imposer leur territoire", analyse Nadia Hummel, assistante de direction chez Nuisibles Assistance.

Cette société de Saint-André-de-la-Roche, qui officiait déjà pour la Ville à raison d’une fois par trimestre, a accentué ses campagnes de dératisation au fil de ces deux années. Jusqu’à deux fois par mois depuis ce printemps. Sur le boulevard de la République, près des conteneurs à déchets et de la place de la Libération, et sur l’avenue Général de Gaulle, près du Palais Flora. Mais aussi sur la rue Jules-Ferry et l’avenue Maréchal-Foch, à proximité du chantier des escalators.

Des travaux d’importance qui ne sont pas étrangers au pullulement des rongeurs en surface. "Le creusement, les vibrations, le dévoiement des réseaux ont forcément dérangé ces populations qui ont fui pour trouver des endroits plus sûrs", poursuit Pascale Zarantonello.

 

"Casser le cycle de reproduction du rat"

L’entreprise de dératisation a, donc, apposé bon nombre de pièges, scellés et étiquetés, et d’appâts à des endroits stratégiques ainsi que dans les "terriers", ces galeries souterraines dans lesquelles les rongeurs s’abritent. "Nos produits ne présentent aucun risque pour les citoyens. Ils ont tous une autorisation de mise sur le marché, affirme Nadia Hummel. Avec ces opérations régulières et le suivi, l’idée est de casser le cycle de reproduction du rongeur qui est de 4 à 10 semaines. Les produits utilisés ne sont pas fulgurants comme peuvent l’être ceux pour les insectes. Ce sont des anticoagulants qui vont attaquer son foie."

Les derniers rapports communiqués par Nuisibles Assistance à la mairie sont encourageants. "Il a été constaté, fin juin et début juillet, un grand nombre de cadavres de rats au cœur des zones infestées. Ça fait effet petit à petit", se satisfait Pascale Zarantonello.

Des particuliers
et restaurateurs verbalisés

"Pour que les produits soient efficaces, le rongeur doit prendre une dose létale adaptée à son poids. S’il est gros, car bien nourri, c’est plus difficile de l’éliminer", prévient, toutefois, Nadia Hummel.

 

Ainsi, la municipalité de Beausoleil a régulièrement sensibilisé sa population et ses commerçants sur la nécessité d’évacuer ses déchets dans de bonnes conditions. "Le sac d’ordures ménagères doit être bien fermé et ne pas traîner au sol", martèle la représentante de la mairie de Beausoleil.

Malheureusement, du fait de l’incivisme de certains, les poubelles "dégueulent" parfois d’ordures, aiguisant l’appétit des rongeurs. Grâce au système de vidéosurveillance, la police municipale de Beausoleil a verbalisé 10 particuliers et 6 restaurateurs, surpris en train de jeter leurs déchets de façon anarchique. Les contrevenants risquent jusqu’à 135 euros d’amende.

À Monaco, des dératisations quatre fois par mois

Limitrophe de la commune de Beausoleil, la Principauté n’est pas épargnée par la présence de rongeurs, mais dans des proportions moindres que sa voisine. "Nous avons des signalements mais nous n’avons pas observé de recrudescence particulière, assure Frédéric Manucci, adjoint technique à la Direction de l’Aménagement Urbain, chargée de la dératisation à Monaco. Comme la sécurité, la propreté est une priorité en Principauté. On est très vigilants."

Ainsi, depuis 2007, les autorités monégasques ont mis les moyens financiers pour lutter contre les rats, mais aussi contre les blattes et cafards.

Quatre fois par mois, les collecteurs d’égouts sont traités avec des fumigènes. Des boîtes noires, contenant des appâts empoisonnés et fermées à clef, sont également déposées dans les espaces verts. Toujours à l’abri des regards, même si leur configuration ne présente aucun danger pour les animaux domestiques et les humains.

"Ces campagnes sont réalisées par des agents formés à l’utilisation et à la manipulation de ces produits. On peut augmenter leur fréquence si on a des signalements de résidents, poursuit Frédéric Manucci. On est au courant de tous les produits qui sortent sur le marché et on change régulièrement les appâts car, sur le long terme, les rats peuvent développer une immunité."

La dératisation s’opère quartier par quartier sur le principe du "3-6-9". "Quand on dératise, on revient trois jours, six jours puis neuf jours après le premier passage", confie un agent de la DAU.

Des zones font l’objet d’une vigilance plus accrue. Comme la zone des marchés, où la nourriture peut potentiellement attirer les rats. "Après chaque dératisation, on fait un peu de pédagogie avec les gens. Il ne faut pas laisser la moitié de son sandwich dans les espaces verts ou nourrir les pigeons. Car cela profite aux rats. Si on arrive à combattre cela, on diminue la prolifération, insiste Frédéric Manucci. On sensibilise également les restaurateurs. Quand ils remplissent les conteneurs, on leur dit de veiller à bien refermer les couvercles. Sinon, c’est une aubaine pour les rats. Leur objectif, c’est la nourriture. Ils sont intelligents et privilégieront toujours cela aux appâts."

Les agents de la Direction de l’aménagement urbain sont formés à l’utilisation et la manipulation de ces produits. Photo Dylan Meiffret.

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