“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Des sportifs dénoncent le dopage depuis le début des JO. Mais comment peut-on lutter efficacement contre ce fléau?

Mis à jour le 10/08/2016 à 17:50 Publié le 10/08/2016 à 19:32
Camille Lacourt.

Camille Lacourt. Photo François Vignola

Des sportifs dénoncent le dopage depuis le début des JO. Mais comment peut-on lutter efficacement contre ce fléau?

Le dopage. Cette pratique menace l'esprit sportif des compétitions et la santé des joueurs. Les scandales éclatent les uns après les autres et les sports "contaminés" sont de plus en plus nombreux.

Sun Yang, il pisse violet”. Camille Lacourt est en colère, il vient d’échouer en finale du 100 mètres dos, lundi soir. Cinquième. Au micro de RMC, le nageur français balance : "Je n'ai jamais pris de produits interdits. Mais, à voir les autres, ça a l'air. De toute façon, ils n’ont rien à faire dans un sport. Ils n'ont qu'à faire une Fédé de chargés et s’amuser entre eux. Ce n’est pas comme ça que je conçois le truc. Ça me dégoûte de voir des gens qui ont triché sur les podiums." Il conclut sa tirade sur la couleur présumée de l’urine du sportif chinois.

Une parole pour briser un tabou? Avant même le début de la compétition, les soupçons de dopage parasitaient déjà les Jeux olympiques de Rio. La même question revient toujours, que peut-on faire pour lutter contre ce fléau?

Ce qui existe ne suffit pas. Le dopage existe depuis longtemps. On a rédigé moult rapports, des laboratoires qui ont perdu leurs accréditations, des sportifs ont perdu leurs médailles. Et puis?

Renforcer la répression...

Faut-il renforcer la répression? Interrogé dans un documentaire d'Arte, Mathieu Holz, enquêteur à l’agence mondiale antidopage, plaide pour une “criminalisation de cette pratique”, afin de donner “davantage de moyens de pression aux enquêteurs lors des gardes à vue de sportifs”.

En France, le sportif n’est pas pénalement responsable de sa prise de produits dopants.

Ce qui n’est plus le cas en Allemagne, où une nouvelle loi vient d’être adoptée et permet une double sanction: suspension prononcée par un tribunal sportif, mais aussi peine de prison pouvant aller jusqu’à trois ans.

Présentée comme “une déclaration de guerre aux dopage”, elle a été plutôt bien accueillie par le milieu sportif local, mais certains acteurs doutent de ses effets. La présidente de l'Association des victimes du dopage, la sprinteuse originaire d'Allemagne de l'Est Ines Geipel, estime que la loi fera surtout monter la pression et désignera encore davantage le sportif comme bouc émissaire, alors que les “réseaux” sont au moins aussi coupables.

L’usage de produits dopants par les sportifs n’est effectivement pas sanctionné pénalement en France, mais il l’a déjà été, entre 1965 et 1989”, répond Marc Peltier, maître de conférence à l’université de Nice Sophia Antipolis et membre du Comité Education de l'agence mondiale antidopage.

Et selon ce spécialiste, “ça n’a pas trop bien fonctionné”. Parce qu’en droit français, il faut prouver “l’intention de commettre un crime pour condamner”, une tâche particulièrement délicate en matière de dopage lorsqu’il s’agit de démontrer que le produit interdit a été utilisé en vue d’une compétition.

Lui, juge que "l’arsenal normatif est déjà particulièrement complet. Aux normes privées (code mondial antidopage, règlements des fédérations sportives…) s’ajoutent les normes publiques (conventions internationales, législations nationales…)”, détaille-t-il  dans une tribune publiée le 9 août sur lemonde.fr

Il cite un chiffre : “A peine 2 % des contrôles pratiqués se révèlent positifs”.

Une raison de se réjouir ? Pas vraiment. Si ce pourcentage est si faible, c’est surtout parce que les analyses pratiquées ne reflètent pas réellement les pratiques de dopage.

Pisser violet”, ça n’existe plus  - si tant est que cette couleur ait jamais été atteinte après la prise d’une quelconque substance: la plupart des produits aujourd’hui utilisés sont indétectables dans les urines. Mathieu Holz cite l’exemple du cycliste Lance Armstrong qui est “toujours passé entre les mailles du filet” : seule l’approche policière a permis de le confondre.

D’où la nécessité de développer des services d’enquêtes au sein de l’agence mondiale antidopage, ce que préconise justement le nouveau code mondial, adopté en 2015.

... Ou réguler ?

Mais une répression accrue ne ferait-elle pas qu’inciter à développer de nouvelles méthodes? Certains acteurs du milieu sportif sont partisans d’une “légalisation du dopage”, selon eux “beaucoup plus efficace que la “prohibition et la clandestinité”. Partant du principe que le combat contre cette pratique est "perdu d'avance", mieux vaudrait “rendre transparents les effets du dopage sur la santé ce qui aurait un effet dissuasif”, exprime Jean-Jacques Gouguet, professeur et chercheur, au micro d'Arte.

De nombreux spécialistes ne sont pas convaincus : “Si on accepte que tout le monde se dope, tout le monde va le faire. Certains auront les moyens de le faire “bien”, d’autres se mettront en danger”, rétorquent d'autres voix dans le même reportage.

Marc Peltier doute lui aussi d’un quelconque effet dissuasif : “Les études en sciences sociales sur le sujet montrent que l’évocation des conséquences du dopage n’ont pas un effet suffisamment dissuasif sur les sportifs. C’est un peu comme les campagnes contre le tabagisme: le plus efficace, c’est la hausse du prix du paquet!

“De l’argent dans le sport, il y en a!”

Plus de moyens

MOYENS

Pour Marc Peltier, l’équation est simple : il faut plus d’argent. “Il y a un problème de moyens financiers. Le budget de l’agence mondiale antidopage est seulement de 28 millions de dollars par an. Pourtant, de l’argent dans le sport, il y en a !

Pour le chercheur, c’est le symptôme d’un “manque de volonté”. “Le nouveau code mondial antidopage préconise le développement des enquêtes, reconnaît l’aveu et augmente les périodes de suspension. Mais sans moyens financiers supplémentaires, ses effets seront très limités”, reprend le chercheur. Qui a intérêt à découvrir les affaires de dopage ?” Pas vraiment les fédérations sportives, qui sont pourtant responsables de cette lutte.

Plus d’indépendance

Aujourd'hui, les fédérations sportives diligentent les contrôles durant les compétitions qu'elles organisent, choisissent les laboratoires qui pratiquent les tests et surtout, ont l’exclusive connaissance des résultats et prononcent les sanctions.

C’est le cas par exemple du Tour de France ou de Roland-Garros, le premier est placé sous l’égide de l’Union cycliste internationale, le second de la Fédération internationale de tennis. Dans les textes, l’agence mondiale antidopage a un droit de regard et peut tenter de faire modifier une décision, mais elle-même n’est pas totalement indépendante, puisque la composition de ses instances décisionnelles inclut des membres de ces mêmes fédérations.

Mission presque impossible pour les amener à collaborer et traquer les sportifs de haut niveau: “Il n’y a pas de volonté politique parce que c’est une question d’image”, rappelle Marc Peltier. “Le cyclisme en a pâti, l’athlétisme est en train d’en pâtir… Les fédérations vivent de leur bonne image.” Ego conjugué avec nationalisme, nombre d’entre elles ont déjà étouffé des affaires.

La lutte contre le dopage devrait-elle être confiée à un autre organisme réellement indépendant des fédérations, comme l’ONU ? C'est ce que propose le médecin du sport, Jean-Pierre de Mondenard

Plus d’éducation

L’autre axe, c’est la sensibilisation. Des initiatives existent. Certaines visent les sportifs. Il ne s’agit plus simplement "de dire non au dopage mais plutôt d’affirmer le droit de tout sportif à un sport propre", souligne Marc Peltier. 

Et quand les valeurs ne suffisent pas, il faut s'occuper de l'entourage (entraîneurs, parents, agents…): “C’est souvent lui qui va guider le sportif, ses questions, il ne va pas les poser aux instances de lutte contre le dopage, mais à son entraîneur”, poursuit Marc Peltier.

Il faut donc s’assurer que celui-ci saura lui apporter les bons conseils. A l’université de Nice, l'enseignant propose des enseignements consacrés à la lutte contre le dopage, 30 heures en fac de droit, et le même volume horaire à l’IAE, en management du sport. “J’y enseigne des connaissances de base sur le dopage, je décris le panorama de la lutte et les aspects juridiques.


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.