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Ocean One, le robot unique au monde qui a marché sur La Lune

Mis à jour le 10/05/2016 à 18:20 Publié le 10/05/2016 à 18:52

Ocean One, le robot unique au monde qui a marché sur La Lune

Pour son premier test grandeur nature, le robot archéologue, mis au point par l’université de Stanford aux Etats-Unis, a exploré l’épave située au large du cap de Carqueiranne.

Ce n’est certes qu’un petit pas pour lui, mais c’est assurément un grand pas pour le monde de l’archéologie sous-marine. Le robot humanoïde Ocean One s’est posé le mois dernier sur La Lune, l’épave du vaisseau amiral du roi Soleil, qui repose à 100 mètres de profondeur au large du cap de Carqueiranne.

Jusque-là, l’archéologue aux mains de fer n’avait connu que les eaux claires et paisibles de la piscine d’entraînement de l’université de Stanford aux États-Unis, où il a vu le jour. Mais pour sa première vraie sortie, Ocean One a traversé l’Atlantique pour venir explorer la mythique épave du navire de Louis XIV, coulée au large de Toulon en 1664. Une destination mythique à la hauteur des ambitions de ce nouvel outil archéologique hors-norme et unique au monde.

Car Ocean One a précisément été conçu pour scruter, explorer et fouiller les abysses, là où l’homme ne peut s’aventurer. Et comme le rappelle Michel L’Hour, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), «La Lune, c’est un chantier atypique qui fait rêver tous les explorateurs».

Frédéric Osada - Teddy Seguin / Drassm

Des airs de Nono le petit robot

C’est qu’on aurait envie d’en faire un vrai copain. Avec son air de Nono le petit robot, Ocean One ne serait certes pas très loquace, mais se révélerait franchement utile dans de nombreux domaines. Et plus précisément donc, on l'aura compris, pour tout ce qui se passe dans les profondeurs marines. Car le robot humanoïde a bel et bien été créé pour suppléer les archéologues, à des niveaux que l’homme ne peut atteindre.

«C’est très compliqué de réunir une équipe de plongeurs confirmés au-delà de 60 mètres de profondeur», indique Michel L’Hour, qui a piloté cette première expédition menée sur La Lune, en compagnie des experts de l’Université de Stanford et du Laboratoire d’informatique, de robotique et d’électronique de Montpellier (Lirmm). Ocean One, lui, peut techniquement plonger jusqu’à 500 mètres en dessous du niveau de la mer. Et ce, sans reprendre sa respiration...

Yeux haute définition

«L’idée, résume le directeur du Drassm, était de faire en sorte que la machine sous l’eau ne soit plus que le prolongement du scientifique. C’est un peu comme si on transportait les compétences des archéologues au milieu des fouilles», résume-t-il simplement. Les caméras haute définition insérées dans ses yeux permettent aux scientifiques de rester au sec. Et de contrôler ainsi les opérations à bord du bateau, grâce à un robot suiveur immergé à mi-profondeur qui assure l’interface avec la surface.

L’une de ses grandes forces, c’est l’agilité. «Car le problème avec les robots déjà existants, détaille Michel L’Hour, c’est qu’ils sont trop volumineux, trop encombrants pour travailler dans les épaves». Surtout, les robots traditionnels «ne permettent pas d’avoir le retour des forces puisqu’ils ne sont pas tactiles».

Frédéric Osada - Teddy Seguin / Drassm

Avec l’aide de ses bras articulés manipulés au moyen de joysticks haptiques, les scientifiques peuvent donc ressentir les éventuelles résistances rencontrées par le robot. C’est là la grande particularité d’Ocean One. Ainsi, «le robot donne l’impression à l’archéologue qu’il est lui-même au fond».

Grâce aux capteurs placés sur ses doigts, les archéologues peuvent en effet reconnaître les formes, et  savoir s’il s’agit d’un objet en métal, en cuivre, en céramique…

Révolution technologique

On comprend mieux, alors, quand les scientifiques nous parlent de «vraie rupture technologique». Car il s’agit d’une avancée comparable, disent-ils, à l’invention du scaphandre autonome de Cousteau. Et puis la bonne nouvelle, à l’heure où la situation de l’emploi ne va pas fort en France, c’est qu’Ocean One ne remplacera pas les archéologues. «Il ne fait rien lui-même», précise Michel l’Hour.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on ne parle pas ici d’intelligence artificielle. Sans pilote, ni archéologue, Ocean One n’irait pas bien loin, avec ses 180 kilos de matériau composite.

D’ailleurs, que l’Homme se rassure : le Soulèvement des machines n’a pas encore sonné : «Ocean One a beau être la projection d’un humain, mais on n’est pas dans le monde des robots qui prennent le pouvoir.»

Frédéric Osada - Teddy Seguin / Drassm

"Pas de cadeaux"

Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si l’équipe américaine qui a développé Ocean One a mis le cap sur nos côtes. «Ils ont aussi une grande confiance en nous, et dans nos compétences, se réjouit Michel L’Hour. Oussama Khatib (ndlr : le concepteur du projet) tenait à ce que cette première expérience se passe avec les Français alors qu’ils auraient pu se contenter du site de Palo Alto. On a ainsi convenu ensemble de plonger sur La Lune».

Car l’idée était aussi de tester la machine «sans lui faire de cadeaux». Dans les conditions du réel. Et autant dire que toute l’équipe d’Ocean One a été servie. «C’était très stressant. Le pilote avait les mains qui tremblaient», raconte le directeur du Drassm, à moitié jaloux de ne pas avoir pu prendre lui-même les commandes de ce petit bijou de technologie.

L’objectif de l’opération était de savoir comment évoluerait le robot archéologue dans les profondeurs varoises. Ocean One s’est visiblement montré à la hauteur. Son immersion sur l’épave de La Lune a été une «réussite».

Le robot a même ramené à la surface un petit pot catalan à quatre anses, grâce à ses trois doigts articulés. «Sachant qu’il en aura bientôt cinq à chaque main, cela veut dire qu’il sera encore plus performant», s’enthousiasme Michel l’Hour. Même si, pour l’heure, il ne s’agissait pas d’explorer l’épave de fond en comble.

Frédéric Osada - Teddy Seguin / Drassm

Un musée sous-marin

Il faudra donc attendre quelques années encore avant que La Lune ne dévoile tous ses mystères, et notamment ses quelque «60.000 objets intacts dont des flaconnages de verre» qu’elle garderait précieusement enfermés dans sa coque.

Comme le résume le directeur du Drassm, «cette épave est plus qu’un monde maritime. C’est un musée sous-marin à elle toute seule qui permettrait d’exposer tout le XVIIe siècle».

Or, si La Lune est considérée par les spécialistes comme «l’un des cinq sites majeurs d’archéologie sous-marine au monde», peu de monde connaît son existence dans le Var. Un paradoxe, quand on sait que l’équipe du Drassm reçoit «des messages du monde entier» à son sujet. «Peu de Toulonnais connaissent son existence alors qu’en Patagonie, ils s’y intéressent», constate Michel L’Hour, un brin agacé.


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