Vidéos à la demande, musique, presse… Quand le co-abonnement fait baisser les coûts

S’abonner à une plateforme de vidéo pour regarder LA dernière série dont tout le monde parle, écouter de la musique en streaming sans pub, lire la presse ou encore faire baisser la facture de cet antivirus nécessaire à votre ordi… Tout cela a un coût que les sites de co-abonnement se proposent de faire baisser en mettant en lien des particuliers pour qu’ils co-financent des offres multi-comptes. Une solution en plein essor, qui a toutefois aussi ses détracteurs.

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Aurélie Selvi - aselvi@nicematin.fr Publié le 02/01/2023 à 19:25, mis à jour le 02/01/2023 à 19:17
Des sites proposent de réduire le tarif de vos abonnements. Photo Aurélie Selvi

Alors que l’inflation a fait grimper les prix à la consommation de 6,2% en un an selon les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), comment trouver des solutions pour ne pas rogner sur les dépenses qui ne sont pas des biens de première nécessité? Dans cette catégorie, on retrouve de nombreux services culturels, informationnels ou de loisirs: plateformes de vidéos à la demande, streaming musical, abonnements à la presse mais aussi logiciels, jeux-vidéo ou encore cours de langue en ligne…

Et si la clé pour en profiter tout en diminuant la note était le co-abonnement? En France, plusieurs entreprises du numérique se sont en tout cas lancées sur ce créneau dès l’année 2019, emboîtant le pas au site italien Together price. Et le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur.

Comment ça marche?

Elles s’appellent Spliiit, Sharesub, Sharit and stream ou encore Diivii et ses plateformes ont un point commun : celui de promouvoir l’abonnement à bas coût grâce à la mise en relation entre particuliers. Concrètement, il s’agit pour les bénéficiaires d’un abonnement multi-comptes à un service en ligne dont tous ne sont pas utilisés d’en proposer la souscription à faible coût à d’autres internautes.

"On est un mélange du Bon coin pour déposer une petite annonce, de Blablacar pour le fait d’être plusieurs à profiter d’un service et d’un système de paiement comme le pot commun ou leetchi. On permet de partager les frais des ses abonnements et de trouver d’autres abonnements pour rentabiliser les frais", détaille Jean-Brice de Cazenove, fondateur de Sharesub, une société née en 2020 en région parisienne suite à un constat personnel.

"Mon frère nous avait offert quelques années auparavant un abonnement famille à Spotify et je me suis rendu compte qu’il payait tout seul une grosse somme qui commençait à représenter beaucoup sur le long terme. L’idée de base, c’était de permettre dans la sphère familiale de se rembourser facilement des petites sommes pour partager ces coûts sans passer par des virements bancaires", détaille-t-il. Rapidement, l’offre s’est étendue à la mise en commun entre tiers.

Sur ces sites, on trouve des offres de services très variées et collant aux usages. En tête des offres et des recherches, la vidéo à la demande à l’instar des mastodontes du secteur comme Disney +, YouTube premium, Canal + ou du service américain de streaming Netflix qui vient d’annoncer rendre payant le partage de codes d’accès en 2023.

Suivent les offres de streaming musical mais aussi les abonnements à la presse, les logiciels (VPN, antivirus, correcteur orthographique, etc.) ou encore d’autres offres numériques proposant des pack groupés comme le site de création graphique Canva, des offres jeux-vidéos comme les Xbox game pass ou Nintendo Switch online, ou encore l’appli d’apprentissage des langues Duolingo. Chez Sharesub par exemple, on revendique ainsi 267 services référencés et on précise qu’une centaine d’autres devrait être ajoutée dans les mois à venir.

Quelles économies espérer?

C’est variable selon les offres mais la mise en commun permet d’économiser quelques euros par abonnement. On trouve, par exemple, en ce moment sur ces plateformes des abonnements Netflix à 5,12€ par mois quand un abonnement standard (sans pub) coûte 13,49€ sur le site de VOD. Ou encore un compte Spotify à 3,17€ par mois contre 9,99€. Des prix sur lesquels la plateforme collaborative prélève entre 4,5 et 5% en moyenne, selon le modèle économique de chacun.

"On a senti qu’il y avait un vrai besoin, dans une période de disette où tout le monde cherche à économiser, ce n’est pas négligeable. Dans notre public, on a des gens qui ont des moyens assez modestes: des petits revenus ou des étudiants. Notre enjeu, c’est de faciliter l’accès à la culture pour tous, ça nous tient à cœur, les gens modestes se retrouvent exclus des séries chouettes dont on parle à la pause avec les collègues ou à la fac, coupé de l’accès à une presse de qualité qui peut nécessiter des abonnements. Il y a des articles de fond qui participent à la qualité de l'info mais on ne se contente que des titres, sur les sites d’infos ou via Facebook quand on n’a pas l’argent nécessaire pour s’abonner", poursuit Jean-Brice de Cazenove de Sharesub, qui revendique environ 30 000 utilisateurs dont 1 sur 3 vient pour proposer des annonces.

Est-ce que c’est légal?

C’est clairement la question qui se pose. Si les Conditions générales d’utilisation de nombreux sites proposant des offres multi-comptes (Famille, duo, etc.) précisent généralement que ceux-ci doivent se partager dans le cadre strictement familial, ces plateformes de mise en commun jouent sur la zone grise que représente ces nouveaux usages ou sur la difficulté d’évaluer les liens dans la sphère privée des clients.

Du côté de Sharesub notamment, on plaide la totale bonne foi en la matière: "Notre idée n’est en aucun cas de contourner le système de ces plateformes. Ces offres ont été conçues par les services marketing de ces marques avec une volonté de leur part d’étendre leur nombre d’utilisateurs. C’est dans l’esprit de l’achat groupé", argue le fondateur de cette entreprise, qui a fait une levée de fonds et prévoit d’étendre au-delà des frontières européennes.

Selon maître Alain Bensoussan, avocat en droit du numérique, interrogé par le site capital.fr: "il est difficile d’affirmer que c’est inacceptable du point de vue pénal. Mais sur le plan civil, les plateformes ne peuvent pas ignorer les conditions générales d’utilisation des éditeurs", pointant un "manquement aux clauses contractuelles". Fin 2022, Netflix, Apple et Disney ont engagé une bataille judiciaire contre Spliiit, dont l’issue pourrait faire date. D’autres freins sont aussi régulièrement avancés, notamment en matière de cybersécurité, quant au partage des mots de passe avec des inconnus.

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