Réforme du travail, aides amoindries, poursuite de l'inflation... Pourquoi la rentrée s'annonce difficile sur le plan social?

Des réformes et une inflation qui pourrait s'installer dans la durée... C'est ce qu'a annoncé Emmanuel Macron lors de son interview ce 14 juillet. Un entretien dans lequel il a annoncé des réformes délicates et des aides amoindries, dans les prochains mois.

Amandine Rebourg Publié le 14/07/2022 à 17:37, mis à jour le 14/07/2022 à 17:37
Emmanuel Macron souhaite engager des réformes au pas de charge mais il va très probablement se heurter à des oppositions à l'assemblée et dans la rue. Ludovic Marin/AFP

Une inflation en hausse, des prix qui montent, une guerre en Ukraine amenée à durer, des réformes sensibles... C'est le programme des prochains mois en France et Emmanuel Macron n'y est pas allé par quatre chemins: "l’été et le début de l’automne seront sans doute très durs", a dit le chef de l'Etat  lors de son interview ce 14 juillet.

La rentrée s'annonce donc difficile sur le front du pouvoir d'achat pour les ménages français mais également, sur le plan social, alors que le chef de l'Etat semble déterminé à réformer les retraites et le travail. Il va sans nul doute se heurter aux oppositions sur différents sujets, malgré l'appel aux "compromis". On devrait ainsi s'acheminer vers la fin du "quoi qu'il en coûte" avec un "sérieux budgétaire" et un calendrier de réformes au pas de charge.

La guerre en Ukraine va durer

Emmanuel Macron a préparé les esprits des Français à une rentrée et un hiver difficiles en raison de la guerre en Ukraine. "Il faut nous préparer tous à ce que (la guerre) dure.  L’été et le début de l’automne seront sans doute très durs", a lancé le président tout en parlant d'une situation d'"économie de guerre" auquel le pays est confronté. 

Même si la dépendance de la France au gaz russe demeure limitée et bien moindre que celle de nos voisins, "nous devons aujourd'hui nous préparer à un scénario où il nous faut nous passer en totalité du gaz russe", a-t-il averti. Alors certes, les réserves en gaz sont en train d'être refaites mais le chef de l'Etat a d'ores et déjà prévenu, l'Etat va réévaluer le bouclier tarifaire mis en place pour contrer l'inflation. 

De son côté, l'Etat va préparer dès cet été "un plan de sobriété" énergétique dans les administrations, les éclairages collectifs, pour faire face au risque de pénurie liée à la guerre en Ukraine, a-t-il dit, tout en encourageant les Français à faire de même. 

 

Les aides vont être resserrées 

Conséquence de cette inflation en partie due à la guerre en Ukraine, le gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire qui comprend notamment des aides comme le chèque alimentaire ou les remises à la pompe mais celles-ci vont être réduites et dirigées "vers ceux qui en ont le plus besoin", a dit le chef de l'Etat. 

Le bouclier tarifaire sur les prix de l'énergie sera ainsi "réévalué" à la fin de l'année, car "aujourd'hui, le contribuable paye à la place du consommateur". Les classes moyennes seront-elles touchées par ces mesures? "Cela ne veut pas dire que les classes moyennes ne seront pas aidées", a rétorqué le président. 

Une réforme des retraites à l'été 2023 

Sur le front social, la sulfureuse réforme des retraites est toujours sur la table et les oppositions, toujours opposées à sa mise en place. Après le projet de loi sanitaire, celui sur les mesures de soutien au pouvoir d'achat, place à celui sur la réforme des retraites. Un projet qu'avait tenté d'initier Emmanuel Macron en 2019 mais qui s'était heurté à une très forte mobilisation dans la rue et avait été stoppé net avec la Covid-19.

Promise à la fin de la crise sanitaire, la voilà désormais avec une date "l'été 2023": "les discussions vont démarrer à la rentrée". En premier lieu, dans un cadre "stratégique et général avec toutes les forces vives de la Nation puis à travers "un travail avec les forces syndicales et patronales" et enfin "avec les forces politiques au Parlement" pour que "dès l'été 2023 on ait une première entrée en vigueur".

Après ces déclarations, Alexis Corbière (LFI) et Laurent Jacobelli (RN) ont réagi. Le député LFI a embrayé estimant que le président de la République n'avait obtenu sa majorité absolue, à cause de cette réforme. Côté RN, on estime qu'Emmanuel Macron "continue sa volonté de casse sociale, avec la réforme des indemnités chômage et la reforme des retraites, et une politique d'austérité". 

 

Emmanuel Macron sait bien que sans majorité absolue, la mise en place de cette réforme sera difficile alors il a appelé à "des compromis responsables" sur la réforme des retraites. "Il veut bâtir des compromis, mais sur sa feuille de route, ce qui me semble impossible. On n'a pas été élus pour ça", estime Alexis Corbière. Faute de coalition déclarée, il entend bien arracher une majorité, texte par texte, et mettre devant leurs responsabilités toutes les forces politiques qui se mettront en travers de sa route. 

Une réforme du travail dès cet été 

Autre réforme dans le calendrier: la réforme du travail. Emmanuel Macron a ainsi annoncé un texte de loi "dès cet été". Ce texte, devra faire l'objet de "discussions avec les partenaires sociaux", et concernera l'assurance-chômage, une réforme du lycée professionnel et la formation "tout au long de la vie" ciblant les séniors. Objectif affiché? Atteindre le plein emploi. "Nous pouvons aller à 5%" de chômage à la fin du quinquennat, a assuré le chef de l’État, qui a rappelé que sous son premier quinquennat, le chômage avait déjà été ramené à 7%.

Selon lui, "il n'y a pas un endroit en France où les gens ne vous disent pas: 'je cherche des gens pour travailler'", a-t-il observé. "Si la réponse c'est: 'je vais bénéficier de la solidarité nationale pour réfléchir à ma vie', j'ai du mal à l'entendre. Parce que cette solidarité nationale, c'est ceux qui bossent qui la payent", a-t-il dit.

Quant aux bénéficiaires du RSA, "on doit mieux les accompagner" pour "leur remettre le pied à l'étrier", a déclaré Emmanuel Macron, confirmant qu'il s'agirait d'un "contrat où chacun fait sa partie, ce n'est pas simplement verser une prestation". 

Des réformes d'ores et déjà fixées au calendrier donc et que le chef de l'Etat entend bien mettre en place avec l'aide des compromis. Mais il faudra composer avec une Assemblée Nationale quelque peu échaudée par les qualificatifs de "coup de chaud nocturne" et d'"attelage baroque" prononcé par Emmanuel Macron, à propos du rejet du texte sur le pass sanitaire. 

LFI, LR, RN et PS se sont indignés d'une seule voix, en début d'après-midi ce jeudi. "Mépris", "écoute insuffisante de l'opposition", "où est la nouvelle méthode promise?", "le respect du Parlement, c'est pas pour maintenant", pouvait-on lire sur les compte twitter de divers députés de formations différentes. 

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