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VIDEO. "Personne ne te dit que tu auras envie de te foutre en l'air", elles témoignent sans tabous sur la dépression post-partum

Mis à jour le 29/04/2021 à 17:55 Publié le 01/05/2021 à 07:30
La dépression post-partum toucherait au moins 10% des femmes, selon les estimations basses.

La dépression post-partum toucherait au moins 10% des femmes, selon les estimations basses. Photo Lauriane Sandrini

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VIDEO. "Personne ne te dit que tu auras envie de te foutre en l'air", elles témoignent sans tabous sur la dépression post-partum

Entre 10 à 30% des femmes, au moins, souffrent de dépression post-partum. Alors que les cas augmentent à cause de la pandémie de Covid-19, comment briser les tabous à ce sujet? Comment améliorer la prise en charge des mères en France?

"J'avais l'impression de vivre un cauchemar." Loin de l'image idyllique de la maternité, certaines femmes vivent un enfer lors des premiers mois, voire années, qui suivent la naissance. Elles tombent dans la dépression post-partum.

Si le baby blues survient presque immédiatement et ne dure que quelques jours, la dépression post-partum peut se déclencher jusqu'à un an après l'accouchement et s'étale sur un temps plus long. 

"J'avais envie de mourir, c'était trop violent"

Rose* a particulièrement mal vécu la période du post-partum. Elle se souvient de la panique immédiate, ressentie dès le premier jour. 

"Avant l’accouchement, tout était clair, posé. Là, c’était comme si je perdais le contrôle total. Je me suis dit: "je ne veux pas de cet enfant, de cette vie-là". Je l’aimais, je l’ai tout de suite aimé, mais c’était trop, je voulais qu’ils le reprennent", raconte la trentenaire, qui habite dans les Alpes-Maritimes.

Pendant quatre mois, elle pleure tous les soirs, ne trouve plus de le temps de se nourrir, de se doucher. Les nuits blanches s'accumulent. Angoissée, elle n'ose plus sortir avec son bébé. La situation se dégrade jusqu'à un point où elle se demande si cela vaut le coup de continuer. "J’avais envie de mourir, c’était trop violent."

Rose n'est pas un cas isolé. Entre 10 à 20% des femmes souffrent de dépression post-partum, selon les différentes études. Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles auprès du ministre de la Santé, évoque même une prévalence de 30%. 

"Ce sont des chiffres flottants, nous confirme l'entourage du secrétaire d'Etat. Mais même le bas de la fourchette représente plus de 100.000 femmes par an, c’est gigantesque, c’est un enjeu de santé publique majeur."

Parce que la maladie est "sous diagnostiquée", le chiffre est "sûrement beaucoup plus haut", explique Illana Weizman, sociologue et auteure du livre "Ceci est notre post-partum: Défaire les mythes et les tabous pour s'émanciper".

Le suicide, deuxième cause de mortalité

Rose, 34 ans, a fait deux dépressions post-partum.
Rose, 34 ans, a fait deux dépressions post-partum. Photo Lauriane Sandrini

Sans trop savoir comment, l'état de Rose s'améliore au bout de quelques mois. "J'ai fini par prendre mes marques, j'imagine." Et elle retombe enceinte, trois ans après. Malgré une grossesse et un accouchement sans problème, le choc est à nouveau trop intense.

"Après la césarienne, pendant deux jours, tu dois manger liquide donc j'ingurgitais de la soupe et de l'eau. Tu dois réapprendre à faire caca, on t’essuie aux toilettes, on te lave… Impossible de te lever pour t'occuper de ton enfant. Quand il allaite, les douleurs sont terribles. J’ai eu des crevasses aux tétons dès le deuxième jour."

Accablée par l'angoisse, elle fait une crise à la maternité. "J'arrive à sortir de ma chambre, de l'hôpital, je m'assois dehors et je me mets à pleurer pendant 1h30. Jamais je n’avais pleuré comme ça de ma vie."

"La charge mentale est trop importante"

Les semaines passent et son état ne s'améliore pas. Un soir, alors que sa famille est dans le salon, Rose s'isole dans la chambre avec le bébé pour allaiter. "Et là… Je me dis que je veux me suicider. J’ai la sensation que c’est trop dur, que la charge mentale est trop importante, que je ne réussirai pas à être une maman, une femme, une amie en même temps. Je me mets à réfléchir, avec mon bébé au sein, à comment je vais faire pour me foutre en l’air…"

Rose tient bon et le lendemain, elle appelle sa conseillère en lactation, à Nice. Elle lui explique tout. Et pour la première fois, quelqu'un met les mots sur ce qui lui arrive pourtant pour la deuxième fois: la dépression post-partum. 

Si elle n'est pas passée à l'acte, nombreuses sont les femmes à le faire. Le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les nouvelles mères, d'après une étude de l'Inserm et de Santé publique France, publiée en janvier 2021. 

Et depuis plus d'un an, un nouveau facteur aggrave la situation: la Covid-19. Trois quarts des femmes ayant accouché pendant la pandémie présentent en moyenne trois symptômes de dépression post-partum ou de stress post-traumatique, selon une enquête publiée en juillet. 

L'impact se ressent à toutes les étapes: de la grossesse à la parentalité en passant par l'accouchement. "La Covid a entraîné beaucoup d’anxiété et a fragilisé les plus vulnérables", estime la Dr Karine Sorci-Cuttaia, pédopsychiatre au CHU de Nice. 

Les confinements et le télétravail pèsent également sur la santé mentale des mères, qui "travaillent de la maison mais sont quand même en charge des enfants", précise la sociologue Illana Weizman.

La pression au silence

Un an et demi après la naissance de son deuxième enfant, Rose commence à aller mieux.
Un an et demi après la naissance de son deuxième enfant, Rose commence à aller mieux. Photo Lauriane Sandrini

En échangeant avec une dizaine de femmes qui ont souffert ou souffrent toujours de dépression post-partum, ce qui revient le plus souvent est la culpabilité, la honte d'avoir des difficultés maternelles. 

Andréa* n'ose pas parler de sa dépression à ses proches, excepté à son conjoint. "On veut garder l’image de la mère qui a le contrôle, qui gère tout. C’est se montrer faible et c’est difficile d'avouer ça, confie la Cannoise de 37 ans. On veut renvoyer l'image de la mère qui est contente d’avoir un enfant, aussi, alors qu'il y a des moments où p*** c’est dur." 

Au début, Rose a essayé d'en parler à sa famille, ses amis. Elle a vite arrêté. "Ma mère me disait: "ça va passer, tu es fatiguée c’est tout". Après, c’était des réflexions comme: "oh ça va, c’est pas la fin du monde", "au moins, t’as un enfant, pense à celles qui ne peuvent pas en avoir".

"Personne n’en parle, de la dépression post-partum, résume Myriam*, une infirmière varoise de 33 ans. On est très médicalisées pendant la grossesse, suivies pour la préparation à l’accouchement mais du jour au lendemain, à partir du moment où il y a le bébé, on vous abandonne, vous êtes livrées à vous-même, sans explication, sans suivi."

Rose, énervée d'avoir été tenue dans l'ignorance, révoltée par le manque de prise en charge, va plus loin: "personne ne te dit que tu auras envie de te foutre en l'air!". 

Outre l'aspect psychologique, les bouleversements physiques du post-partum sont également ignorés, ce qui favorise l'isolement, le sentiment d'être anormale et, par conséquent, la dépression. 

"On a une image de soi très très négative: le ventre est encore rond, on a des marques, des vergetures, on a du mal à regarder entre ses jambes… Enfin, un enfant est passé par là! Il peut y avoir eu une épisiotomie, des déchirures, des bleus...", énumère la sociologue Illana Weizman.

Dans son livre, qui s'attèle à déconstruire les mythes autour du post-partum, elle explique tous les symptômes qui peuvent survenir après l'accouchement: les lochies (pertes de sang), tranchées (contractions utérines), mastites (infection du sein), montées de lait, hémorroïdes, inconfort périnéal (sensation de vide dans le vagin), incontinence urinaire, douleurs liées à l'épisiotomie (incision pour faciliter le passage de l'enfant), maux de dos, fatigue extrême.

"Lorsque j’ai cocréé le hashtag MonPostPartum, beaucoup de personnes ont partagé leur témoignage, en racontant qu’après leur accouchement, elles avaient l’impression d’être en post opératoire après un accident de la route. C’est vraiment de l’ordre du corps qui lâche."

Réalité censurée 

Comment expliquer le tabou qui règne autour de la dépression post-partum? Pour la sociologue, cela se résume en deux points: les normes sociales et la compétition entre mères. 

"La mère va presque disparaître lorsque l’enfant est né. Le père est là mais pour "aider", on attend que la mère prenne en charge le gros du travail. Dans ce schéma-là, on a naturalisé des qualités qu’on a appris culturellement", analyse Illana Weizman.

"Cette idée centrale qu’on doit devenir mère, c’est un devoir social mais même quand on le devient, on a juste une voie: le bonheur maternel. On ne peut pas dérailler de ce chemin-là. Si on parle avec moins d’extase de la maternité, avec plus de nuances, ce n’est pas audible. Il y a un monopole de ce discours-là, qui pousse les femmes en difficulté à se taire."

Elle cite en exemple la publicité de Frida Mom, marque de produits spécialisés pour le post-partum, censurée lors de la soirée des Oscars 2020. Dans cette courte vidéo, on observe une femme confrontée à la réalité de la maternité, qui se rend aux toilettes pour changer sa couche tandis que son bébé pleure. La publicité a été jugée trop graphique, trop violente. 

Aurélie, membre du bureau de l'association Maman Blues, dénonce ces injections envers les mères, qui se doivent d'être parfaites, d'avoir le sourire et de taire leurs blessures psychiques et physiques.

"L'instinct maternel en est bien la preuve, observe Aurélie. Si elle ne le ressent pas, c'est qu'elle n'est pas normale. Alors que ce n'est pas inné d'aimer un enfant, le lien se crée!"

"Il y a tellement d'attentes qu'il n'y a pas sur l'homme, continue-t-elle. Une femme qui n'a pas d'enfant à 40 ans, c'est grave. Un homme, on lui dit qu'il a le temps. Au final, beaucoup de femmes font des enfants parce que cela répond au schéma social."

S'entourer des bonnes personnes

De l'avis de tous, tant des concernées que des experts, se rendre compte que ça ne va pas et réussir à en parler sont les premiers pas pour guérir d'une dépression post-partum. 

Si vous n'arrivez pas à trouver une personne de confiance et compréhensive parmi votre cercle proche, il ne faut pas hésiter à vous tourner vers un professionnel de santé "comme les centres PMI [protection maternelle et infantile], sages-femmes, puéricultrices, gynécologistes, obstétriciens, pédopsychiatres, pédiatres…", propose la Dr Karine Sorci-Cuttaia, pédopsychiatre au CHU de Nice.

Bémol: certaines consultations ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. "Et il y a des mères qui n'ont juste pas le temps ou la possibilité de le faire", tempère la sociologue et auteure Illana Weizman.

L'alternative, c'est les réseaux sociaux. Non pas pour se comparer aux personnes ne montrant que le bon côté des choses, entretenant l'illusion d'une maternité parfaite, mais pour se sentir moins seule, en suivant des comptes qui sensibilisent sur la question du post-partum. 

C'est le cas de Justine. À 24 ans, cette habitante de Port-Saint-Louis-du-Rhône, dans les Bouches-du-Rhône, a créé son compte Instagram Le post-partum en juillet, lorsque sa fille avait trois mois. Moins d'un an plus tard, elle cumule près de 19.000 abonnés. 

"Malheureusement, les réseaux sociaux sont la première ressource qu'on peut avoir. Mêmes certains professionnels de santé ne sont pas assez formés au post-partum, regrette la jeune femme. Grâce aux réseaux, on peut trouver des solutions, des associations, via des comptes d’info comme le mien. Moi même, j’ai trouvé de l’aide grâce à Instagram."

Transparente, elle a raconté en vidéos son histoire, forte, où elle détaille ses difficultés maternelles et ses envies de suicide. Au quotidien, Justine partage ses conseils sur le post-partum avec bienveillance et pédagogie.

"Les réseaux sociaux normalisent, rendent visible une période de la vie invisible, ils permettent de rassurer sur le fait qu’on n’est pas seul", analyse Madeleine, créatrice du compte Instagram Post-partum ta mère

Au début, c'était à visée thérapeutique. "Je trouvais qu’il n'y avait pas grand chose en français à ce sujet. Ça me faisait du bien de dédramatiser le sujet et surtout d’avoir des mots, des témoignages, de normaliser, avoir des clés pour comprendre ce qu’on vivait."

Aujourd'hui, plus de 27.000 personnes sont abonnées et Madeleine reçoit une quarantaine de messages par jour, de femmes lui demandant de l'aide. "Je peux vraiment les rassurer et les aiguiller vers un professionnel de santé ou une association."

Un meilleur suivi avant et après

Les premières semaines qui suivent l'accouchement sont "les plus dangereuses", d'après Illana Weisman. Pour réduire le risque de faire une dépression post-partum, elle recommande un meilleur suivi physique et psychologique les premières semaines, puis rapproché et personnalisé les six premiers mois. 

"Il faut surtout ne pas négliger l’anténatal", soulève Aurélie de l'association Maman Blues. Un constat partagé par la Dr Karine Sorci-Cuttaia, qui préconise une formation des professionnels de santé pour accompagner les mamans à tous les stades, dès la grossesse. 

"Une autre piste réside dans le congé coparental, qui est crucial et qui devrait être plus avantageux pour les pères, ajoute Illana Weisman. Mais ça demande des fonds et une volonté politique…"

Emmanuel Macron l'a d'ailleurs annoncé en septembre, le congé paternité va être doublé, pour passer à 28 jours avec 7 obligatoires, dès juillet 2021. "On aimerait l'allonger, bien sûr, ce n’est pas encore un régime qui place les deux parents à égalité mais cette décision résulte d’un compromis, dans un contexte de crise sanitaire et économique difficile. C’est une avancée majeure qui portera ses fruits", précise l'entourage d'Adrien Taquet, secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles.

Plusieurs mesures sont envisagées: renforcer le suivi à domicile les premières semaines; procéder à un entretien systématique orienté sur le suivi psychologique autour de la cinquième semaine et à un deuxième au troisième mois après l'accouchement; mobiliser plus de professionnels de santé multidisciplinaires dans les territoires pour un meilleur accompagnement. 

Aujourd'hui, Rose va un peu mieux. Un an et demi après la naissance de son deuxième enfant, elle recommence à prendre du temps pour elle. Déçue par le manque d'information, elle s'est formée sur le post-partum et aimerait accompagner les femmes pendant cette période, en faire un métier. Pour contribuer à briser les tabous. 


*Les prénoms ont été modifiés. 

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