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"Je ne suis pas très nostalgique": dans "On sourit pour la photo", Jacques Gamblin joue les pères lunaires

Dans "On sourit pour la photo", le premier film de François Uzan, l’acteur fait des merveilles en père prêt à tout pour revivre les mêmes vacances qu’il y a vingt ans avec ses enfants… et reconquérir sa femme.

Jimmy Boursicot jboursicot@nicematin.fr Publié le 11/05/2022 à 13:45, mis à jour le 11/05/2022 à 13:25
interview
Jacques Gamblin et Pascale Arbillot. Photos Céline Nieszawer

Ces derniers temps, on l’a surtout vu au théâtre. Quatre ans après la sortie de L’Incroyable Histoire du facteur Cheval, Jacques Gamblin fait donc son retour dans les salles avec On sourit pour la photo. Cette comédie, tournée juste après la fin du premier confinement, marque les débuts derrière la caméra de François Uzan, scénariste remarqué récemment avec les séries Family Business et Lupin, pour Netflix.

"Quand Jacques est arrivé, cela a un peu tout changé. Il a cette poésie, cette grâce, cette sensibilité, cette élégance… Tout ça a enrichi le personnage", nous assurait le néo-réalisateur à l’occasion de sa venue au Pathé Gare du Sud pour une avant-première, mi-avril (1).

Egalement du voyage, Jacques Gamblin, lui a renvoyé autant de compliments. "Je ne connaissais pas François. J’ai été plus qu’admiratif de son travail pendant le tournage. Il avait déjà une vraie maîtrise du plateau. Sa direction d’acteurs est extrêmement précise, pointue. Il sait où il va, tout en gardant beaucoup d’ouverture."

Dans cette comédie se déroulant en Grèce, Jacques Gamblin incarne Thierry, un homme un peu décalé, très porté sur la nostalgie. Alors que son couple bat de l’aile et que ses enfants n’ont plus tant de liens avec lui, il décide d’embarquer tout le monde en vacances, dans une sorte de revival d’un séjour remontant à 1998. Il nous parle de ce personnage avec affection.

 

Partagez-vous le même penchant pour la nostalgie que votre personnage?

Je ne suis pas très nostalgique. Quand je regarde les photos du passé, il y a un truc qui me rend triste, en fait. Mais c’était jouissif de jouer un personnage qui n’est pas soi. Ce type, on sent tellement qu’il va dans le mur qu’on se dit que ça vaut le coup de voir comment ça va finir!

Qu’est-ce qui l’anime?

Il est très volontariste, il veut que tout soit "parfait". Il arrive à l’hôtel, qui a pris un coup de vieux, et il dit: "Oh, ça n’a pas changé. Comme nous!" C’est tout le propos de la nostalgie. On voudrait toujours retourner à un moment précis, on veut le croire, on s’en donne l’illusion. Et là, ce père de famille, il va employer tous les moyens pour que les autres soient aussi contents que lui. Ce qui donne parfois un côté très relou! Et en même temps, s’il fait tout ça, c’est pour sauver son couple. On n’a pas envie de le voir triste, on s’identifie à lui pendant cette reconquête, même s’il est parfois pathétique.

Qu’y a-t-il de vous dans ce père de famille?

 

J’ai essayé de lui apporter mon rythme, mon humour, en suivant un scénario très vif, avec des répliques très efficaces. Il y a un côté clownesque par moments chez Thierry. Le personnage a ce côté un peu lunaire qu’on évoque souvent quand on parle de moi.

Un mot sur ce futur gendre, que Thierry semble détester?

Effectivement, il n’est pas très à l’aise avec ce futur gendre, qui sait tout et donne des conseils en permanence. C’est comme une verrue pour lui. D’ailleurs, avec une formidable indélicatesse, le père organise le voyage sans lui, parce qu’il n’était pas là en 1998. Ce qui l’énerve aussi, c’est qu’il a l’impression de se voir dans un miroir, parce que ce jeune homme lui ressemble beaucoup.

Filer en Grèce juste après le confinement, c’était une bonne bouffée d’oxygène?

Oui, d’autant plus que j’adore tourner en dehors de Paris. J’ai besoin de nature, je suis né au bord de la mer, même si la mienne est moins chaude que la Méditerranée [il a vu le jour à Granville, dans la Manche, ndlr]. On faisait partie des premiers à repartir en tournage à ce moment. D’un seul coup, on était en Grèce, dans un pays vide. Il a fallu mettre des figurants sur les plages, alors que ce sont des endroits saturés habituellement.

Avez-vous senti un changement dans votre jeu après avoir passé beaucoup de temps sur les planches?

Je vais vous répondre dans l’autre sens: j’ai souvent pensé que le cinéma apportait beaucoup au théâtre. Parce qu’au cinéma, on est obligé d’être très économe dans les intentions. Moi qui fourmille d’idées, j’ai appris à les rassembler. Au cinéma, la puissance de feu d’un personnage tient dans son efficacité, sa sincérité. Sinon, oui, le travail sans doute plus burlesque que je peux pratiquer dans mes spectacles m’a fait travailler ce clown que je chéris tant.

Jacques Gamblinn Pascale Arbillot, Agnès Hurstel et Pablo Pauly.

Un bon air de vacances

L’histoire: Thierry (Jacques Gamblin) est tellement obnubilé par le classement de ses photos de famille qu’il ne voit pas sa femme (Pascale Arbillot) s’éloigner de lui pour de bon. Quand elle finit par lui dire qu’elle va le plaquer, il imagine une improbable remontada. Direction la Grèce pour revivre les superbes vacances de 1998, en reproduisant les moindres détails de cette aventure, avec les enfants.

Des enfants devenus grands pas du tout enchantés par l’idée (Pablo Pauly en web entrepreneur flemmard, grand gamin et dragueur foireux ; Agnès Hurstel en avocate toujours à cran, accro au boulot et embarquée dans une histoire de couple plan-plan). D’autant plus que Thierry n’a pas souhaité convier Christophe (Ludovik), son futur gendre. Comme on le verra assez vite, les plans du papa vont sévèrement morfler en cours de route…

Notre avis: Pour son premier long-métrage, François Uzan déjà bien rodé à l’exercice de la farce familiale avec l’écriture de la série Family Business, a trouvé le bon ton pour donner forme à une comédie sans prétention, bien rythmée, qui donne envie de s’échapper sur une petite île grecque. Le choix des acteurs y est sans doute pour beaucoup dans le plaisir qu’on prend à suivre ce séjour à marche forcée.

Jacques Gamblin est parfait en papa aussi lourdingue qu’attachant. Pascale Arbillot est également très en forme. Tandis que le duo frère-soeur formé par Pablo Pauly et Agnès Hurstel, qui passe son temps à se chamailler, fonctionne très bien.

L’enchaînement des tableaux au gré de l’envie de Thierry de reconstituer les images de son album-photo vintage fonctionne aussi très bien. Tout comme le running gag sur ses t-shirts kitsch au possible. C’est aussi ça, les vacances.

>>On sourit pour la photo, de François Uzan (France). Avec Jacques Gamblin, Pascale Arbillot, Pablo Pauly, Agnès Hurstel et Ludovik. Comédie. Durée: 1h35.

L'affiche du film "On sourit pour la photo"

Offre numérique MM+

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