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Il espère lancer une navette à hydrogène entre Saint-Tropez et Monaco

Le projet d’Alain Thébault de navettes à hydrogène transportant rapidement des passagers sur le littoral est en développement. Et il veut que la Principauté en soit le centre névralgique.

CEDRIC VERANY cverany@monacomatin.mc Publié le 12/08/2021 à 20:00, mis à jour le 12/08/2021 à 22:35
Dans la baie de Saint-Tropez, le concepteur de Bubblefly présente sa maquette. La même qu’il montre aux investisseurs qu’il essaye de séduire activement pour financer ce projet. Photo Patricia Faure

Fou, peut-être. Passionné, assurément. Alain Thébault est à classer parmi ces concepteurs qui entendent concrétiser leurs idées pour changer le quotidien de leurs concitoyens et trouver des solutions pour éviter à la planète son lent déclin.

Une volonté qu’il partage avec son ami Bertrand Piccard. Mais à la différence du Suisse qui a fait du ciel son terrain d’expérimentation, le Français lui a choisi la mer.

Avec une idée singulière: faire voler des bateaux au-dessus de l’eau, offrant une alternative écologique et pratique pour circuler entre Monaco et Saint-Tropez.

Nom de code : Bubblefly, patronyme d’une idée qui lui a été soufflée par ses filles.

 

"Elles ont remarqué que toutes les grandes villes ont été construites sur l’eau mais en Europe et aux États-Unis, on utilise peu l’eau pour se déplacer au quotidien. C’est cette mobilité que nous voulons proposer avec Bubblefly en faisant ni bruit, ni vague, ni pollution", détaille-t-il en pointant une maquette de ce à quoi devrait ressembler son engin.

Un petit bateau couvert et ovale, équipé d’un foil qui permet - comme pour les voiliers - de se soulever en pleine vitesse pour voler au-dessus de l’eau. Le tout propulsé à l’hydrogène.

"Le prince Albert II a eu cette idée"

Alain Thébault avait déjà maturé un premier projet, baptisé Seabubble, se résumant à des petites navettes maritimes électriques, transportant rapidement trois à cinq personnes sur l’eau. Ce concept, il l’a aujourd’hui cédé pour se focaliser sur Bubblefly.

"Je dois dire que c’est le prince Albert II qui a eu cette idée. Depuis des années, il me soutient dans mes projets et quand je lui ai présenté Seabubble, il m’a soufflé que l’idée était bonne mais que je devais penser un engin de plus grande capacité, pour transporter plus de monde à la fois". C’est l’esprit du Bubblefly, qui pourra accueillir jusqu’à douze personnes par trajet.

Deuxième contrainte, en revoyant sa copie, Alain Thébault a délaissé le tout électrique de Seabubble, pour une alimentation à l’hydrogène sur Bubblefly.

"Le temps est venu, nous arrivons à maturité pour faire voler des bateaux à hydrogène. Ce qui aussi résout le problème du temps de charge par rapport à l’autonomie", explique le concepteur. Donnant un exemple pioché dans le secteur automobile.

 

"Une Tesla électrique c’est 1 heure de charge pour 500 kilomètres. Un Hyundai à hydrogène, c’est trois minutes de charge pour 700 kilomètres. Je crois que l’hydrogène c’est le pétrole de demain. Les batteries électriques, c’est juste une transition. Demain, ce sera de l’hydrogène vert pour tous".

Techniquement, l’hydrogène stocké sous pression dans les réservoirs de l’engin, mis en contact avec l’oxygène provoque une réaction électrochimique à l’intérieur d’une pile à combustible qui développe de l’énergie, et rejette de la vapeur d’eau.

À la recherche de cinq millions d’euros

Le Bubblefly aura cette pile à combustible pour alimenter ses moteurs et tenir une autonomie de trois heures. Par tous les temps?

"Le bateau peut voler à 40 nœuds avec 1m50 de creux dans la mer, mais il y aura des règles de vol défini. Comme un avion ou TGV, s’il y a une tempête on ne pourra pas fonctionner, mais on parie qu’on pourra être actifs 90 % du temps en Méditerranée", espère son concepteur.

Les études réalisées en Suisse sont avancées, aujourd’hui, ce qu’il manque à l’idée d’Alain Thébault, c’est un financement.

Sa stratégie: lever 5 millions d’euros pour boucler les études et construire deux jets, afin de les mettre en service dans un an auprès d’établissements de luxe pour offrir une alternative écologique à une clientèle habituée à utiliser l’hélicoptère entre Monaco, l’aéroport de Nice, Cannes et Saint-Tropez.

 

Le concepteur y croit. "Nous avons été contactés spontanément par le groupe japonais Hitachi qui fait des piles à combustible, un autre grand groupe japonais qui maîtrise l’hydrogène est intéressé. D’autres investisseurs américains et russes ont aussi montré leur intérêt. Mon idéal serait de pouvoir réunir 30 à 45 millions d’euros pour lancer la conception d’une dizaine de jets à hydrogène".

Autre contrainte, celle de la législation. Le patron de Bubblefly espère la voir évoluer pour pouvoir installer son business sur la Riviera. Notamment pour faire des liaisons entre Monaco et l’aéroport de Nice - estimée en 15 minutes avec le jet marin - où il était interdit d’accoster près des pistes. Eric Thébault en a vu d’autres avant de se décourager…

Désormais sa volonté est d’ancrer son projet en Principauté pour faire de Monaco le port d’attache de la start-up. Des discussions avec le gouvernement, pour un éventuel investissement, doivent avoir lieu à la rentrée.

Car derrière ce service de jet réservé à une clientèle aisée, un deuxième projet, baptisé Liner, est en cours de conception pour le grand public, capable d’embarquer une cinquantaine de passagers.

"Avec cet engin, nous envisageons d’ailleurs de postuler à l’appel d’offres pour un service de navettes maritimes entre Nice et Monaco, mais nous voulons démarrer de manière humble, une chose à la fois, en commençant par nos jets".

C’est ce genre de navettes que la start-up entend faire naviguer, dès l’an prochain si les prototypes sont construits, sur un arc maritime allant du golfe de Saint-Tropez jusqu’en Principauté. Photo DR.

Un recordman du monde en voile en 2009

C’est un marin attiré par les airs, qui compte à son palmarès le record absolu de vitesse, à la voile, sur 500 mètres avec une pointe à 55,5 nœuds (soit un peu plus que 100 km/h) homologué en septembre 2009 au large d’Hyères.

Ce record, Alain Thébault l’a atteint à bord de l’hydroptère, voilier singulier qu’il a aidé à concevoir pouvant, à pleine vitesse, naviguer au-dessus de l’eau. Un voilier imaginé en son temps par Éric Tabarly.

Car Alain Thébault a été proche du légendaire marin français au début des années 80.

"Je suis Bac moins deux, j’ai arrêté mes études pour faire de la planche à voile et du planeur et à 18 ans, j’ai rencontré Éric Tabarly. Il m’a demandé où j’habitais, j’ai répondu dans ma 2 CV. Il m’a proposé de m’installer chez lui. Pendant trois ans, j’ai côtoyé cet homme hors normes. Il m’a marqué et je me suis forcé d’appliquer ses leçons, dont celle de toujours rester libre".

Une liberté qui guide ces idées comme celle de vouloir faire voler un bateau, et de battre le record mondial de vitesse à la voile. Non sans mal. "Le bateau a explosé trois fois à l’époque. Dassault et Airbus m’ont aidé à chaque fois à le reconstruire jusqu’au succès de 2009".

Ensuite, Alain Thébault a eu l’envie de traverser un océan. Là encore, en misant tout sur son projet fou.

"J’ai vendu mon appartement parisien pour financer cette traversée du Pacifique. C’était le prix de la liberté. À l’époque la fondation Prince Albert II m’a aidé. Mais arrivé à Hawaï, je n’avais plus un sou pour payer le port et l’état a saisi le bateau" raconte-t-il, malgré tout, avec le sourire.

Épilogue malheureux qui n’a pas abattu l’aventurier, qui a rebondi ensuite sur son projet Bubblefly!

Offre numérique MM+

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