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Cette Azuréenne, victime du Bataclan, raconte sa lente reconstruction. Son témoignage est bouleversant

Mis à jour le 25/05/2016 à 07:44 Publié le 25/05/2016 à 07:42
Six mois après les attentats de Paris, les victimes sont conviées cette semaine par les juges d’instruction. Valentina, miraculée monégasque, raconte sa reconstruction.

Six mois après les attentats de Paris, les victimes sont conviées cette semaine par les juges d’instruction. Valentina, miraculée monégasque, raconte sa reconstruction. Photo Ch. Perrin

Cette Azuréenne, victime du Bataclan, raconte sa lente reconstruction. Son témoignage est bouleversant

Six mois après les attentats de Paris, les victimes sont conviées cette semaine par les juges d’instruction. Valentina, miraculée monégasque, raconte sa reconstruction.

Valentina, 30 ans, était dans la fosse d'orchestre du Bataclan devenue fosse commune ce vendredi 13 de novembre 2015. "Adrien, mon petit ami, s'est allongé sur moi pour me protéger. Il m'a répété de très belles choses…" 

Un terroriste, à deux pas du couple, exécutait à tour de bras. Il a fallu faire les morts au milieu des cadavres puis courir, courir vers la sortie.

On retrouve Valentina, mardi en fin d'après-midi, dans le décor idyllique du port de Fontvieille baigné de soleil. Valentina, chignon sage qui masque sa passion du rock endiablé, boit un cappuccino et allume une cigarette. "C'est une vraie chance de travailler ici", confie-t-elle.

Sur son sac à main, il y a grand cœur et le mot "Love". "On dit toujours dans les films qu'en échappant à la mort, les plaisirs de la vie décuplent. Ce n'est pas si simple…", explique-t-elle en tirant sur sa clope.

"Peut-on se remettre d'une chose pareille?"

Aujourd'hui, Valentina dit aller mieux. Elle se reprend: "Bien… On fait tout pour." 

Il y a d'abord eu la phase "zombie", se remémore-t-elle dans un sourire. "Une sidération extrême pendant une semaine." 

Cette douleur physique, cette boule au ventre, les sensations que l'on revit en boucle allongée sur le parquet du Bataclan. La culpabilité du survivant alors que 130 personnes ont été massacrées.

Comment Valentina, Adrien, Stéphane, Fabien, Claire, Anthony, six amis très proches, s'installant au plus près de la scène où se produisaient les Eagles of Death Metal, ont-ils pu tous sortir vivants d'un tel enfer?

Valentina reste incrédule, parle "d'une chance infinie" en alternant la gravité et le sourire éclatant d'une jeune fille amoureuse qui renaît, peu à peu, des cendres du Bataclan. "Je me revois dans le bus qui nous amenait au Quai-des-Orfèvres pour être questionnés par la police. Et je me disais: comment se remettre de ça? C'est la première question que j'ai posée en arrivant devant la psy à l'Ecole militaire: peut-on se remettre d'une chose pareille? Elle m'a dit oui."

Valentina et Adrien quittent vite Paris pour se retrouver pendant quinze jours à la campagne: "Une bénédiction.Ça nous a beaucoup aidés dans notre guérison. On a parlé. Il fallait rationaliser des faits incroyables, extraordinaires au sens premier du terme. Personne n'est censé vivre cela dans sa vie. Les policiers, eux-mêmes, semblaient perdus, ils n'avaient jamais vu une scène aussi horrible."

Valentina a d'abord fui les photos d'une réalité trop crue. Elle évite, encore aujourd'hui, dans son récit pudique, les détails morbides et sordides: "Dans un instinct de survie et de protection, quand j'ai traversé un spectacle aussi désolant, mon cerveau a fait le tri."

"D'un malheur est née une amitié très forte"

Dès le 2 décembre, elle reprend son travail de webmaster. "Avec des collègues très compréhensifs", précise-t-elle. "J'avais beaucoup de mal à me concentrer. Pour moi, prendre le métro tous les jours aurait été inimaginable."

Un intermède en Birmanie, pour le mariage de son frère expatrié, sera une nouvelle étape dans sa reconstruction. Alors que les Eagles Death Metal remontent sur scène en février, Valentina préfère s'abstenir: "C'était beaucoup trop tôt."

En avril, en revanche, pour son anniversaire, elle est revenue avec ses amis se recueillir devant la salle de concert parisienne : "Il n'y a pas une journée sans que je pense à ceux qui sont morts. Et à ceux de ma génération, qui en sont arrivés à un tel désœuvrement moral qu'ils ont assassiné leurs frères, leurs sœurs."

Si elle confie ne rien attendre du procès, des hypothétiques confessions d'Abdeslam et de ses éventuels coaccusés, elle se focalise sur sa guérison. "J'ai remis de l'ordre dans mes idées pour avancer. Tout le travail est de se réincarner, retrouver ce qu'on aime, redevenir soi-même. Aujourd'hui, je reprends le contrôle de ma vie." 

"On se demande comment le monde continue de tourner"

Elle regarde les documentaires sur les attentats, suit de très près l'évolution de l'enquête tout en faisant en sorte que cela ne prenne pas trop de place dans son quotidien: "L'assaut à Saint-Denis, les arrestations, savoir que l'étau se resserrait alors qu'on pensait qu'Abdeslam était en Syrie, tout ça était essentiel mais je ne sais pas si j'assisterai au procès."

Dans le même esprit, elle ne juge pas utile de monter, aujourd'hui, à Paris à l'invitation du juge d'instruction: "Me Baudoux y sera, il me fera un compte-rendu. Je préfère vivre les événements à mon rythme."

"Mon psy parle du syndrome de Lazare. Ce réel décalage entre la vie qui continue et ce qu'on ressent à l'intérieur de soi. Pendant des semaines, on se demande comment le monde continue de tourner. On se sent seul. Et puis avec l'aide du temps et du psychiatre, on revient petit à petit à une vie normale."

Alors que le leader des Eagles of Death Metal tient un discours anti-musulman radical, Valentina préfère évoquer la famille musulmane qui l'a recueillie alors que les tirs se poursuivaient: "De ce terrible malheur est née cette amitié, cette fraternité très forte avec cette famille musulmane qui nous a aidés à nous cacher, qui nous a recueillis avec 25 autres rescapés dans son petit appartement qu'on a ravagé, en nous donnant à boire, à manger, en nous réconfortant."


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