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Bruno David, président du Museum national d'histoire naturelle: "Nous avons besoin des espèces que nous détruisons"

Mis à jour le 28/02/2021 à 17:42 Publié le 28/02/2021 à 17:00
Légende.

Légende. A. Iatzoura-MNHN

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Bruno David, président du Museum national d'histoire naturelle: "Nous avons besoin des espèces que nous détruisons"

Le président du Muséum national d’histoire naturelle estime qu’une sixième extinction menace la planète, et que l’Homme risque de se retrouver victime de ses actes d’ici quelques décennies.

Le président du Muséum national d’histoire naturelle publie "À l’aube de la 6e extinction. Comment habiter la Terre" chez Grasset.

Ce paléontologue et biologiste marin estime qu’elle menace la planète. L’Homme, comme d’autres espèces, risque de ne pas avoir le temps de s’adapter.

Est-on vraiment à l’aube de la 6e extinction?

Nous sommes à l’aube, car une série de signaux assez négatifs, en ce qui concerne la biodiversité, devraient nous alerter. Mais j’évoque seulement l’aube dans le titre du livre, parce que si l’on compare la situation actuelle avec celle des cinq grandes extinctions du passé géologique de la Terre, nous ne sommes pas encore sur les mêmes chiffres. Aujourd’hui, si l’on regarde le nombre d’espèces qui se sont réellement éteintes, donc qui ont complètement disparu de la surface de la Terre, leur nombre n’est pas si considérable (de l’ordre de 5 %). En revanche, si l’on considère le nombre d’espèces, qui sont déjà en déclin prononcé, donc qui sont en route vers une possible extinction, il y en a beaucoup plus.

Quelle est l’échéance?

Le temps qui nous reste pourrait passer assez vite et nous pourrions être confrontés à une crise majeure de la biodiversité dans quelques décennies car les processus en cours sont beaucoup plus rapides que ceux à l’œuvre lors des grandes crises du passé géologique.

Est-ce que l’Homme est menacé?

A terme, si les écosystèmes dont nous dépendons et auxquels nous sommes vraiment adaptés, étaient trop déstabilisés, nous pourrions in fine, être menacés. Nous sommes une espèce complexe et par conséquent fragile. Ne l’oublions pas.

La Covid-19 en est une preuve?

Cela illustre à quel point un petit virus, qui pourtant n’est pas si méchant que cela, si l’on regarde les choses avec une froideur scientifique, peut faire des dégâts. Et regardez à quel point il déstabilise nos sociétés et imaginez qu’il ait été plus agressif.

Quelle part de responsabilité a l’Homme dans la transmission des virus comme la Covid-19?

Dans ces cas de zoonoses, où un virus passe de l’animal à l’Homme, nous avons une double responsabilité. Nos élevages industriels mettent en présence des milliers d’individus qui, sont tous très semblables, pratiquement issus du même père ou de la même mère, et donc, dès qu’un virus s’introduit dans l’élevage, il provoque un carnage, comme avec la grippe aviaire. L’Homme étant au contact de ces animaux, la probabilité de transmission à des humains devient importante.

"Une étude d’une équipe du Muséum a montré que Blanche-Neige ou Pinocchio étaient très entourés d’espèces animales"

Et la seconde?

La seconde c’est lorsque nous allons au contact de la faune sauvage. Par exemple en pratiquant une déforestation qui pousse cette faune sauvage chez nous, car on la prive de son habitat, ou en allant chercher de la viande de brousse. Cela provoque des contacts avec les virus dont cette faune est porteuse, augmentant la probabilité d’une transmission, d’une espèce animale vers une autre, y compris vers Homo sapiens.

Pourquoi, le changement climatique est-il une menace pour la biodiversité?

La vitesse des phénomènes rend très difficile l’acclimatation de la biodiversité, elle ne peut suivre le mouvement. Les choses vont trop vite pour que cela soit compatible avec les capacités d’adaptation du vivant, qui s’adapte au fil et au rythme des générations. Plus les générations sont longues, plus l’espèce aura des difficultés à s’adapter. Les virus et les bactéries, eux s’adaptent parce qu’ils font un grand nombre de générations chaque jour, mais les espèces d’assez grande taille, qui ont des générations longues, ne vont pas pouvoir s’adapter. Si l’Homme voulait s’adapter biologiquement, cela passerait par une modification de sa descendance. Et une génération chez l’Homme c’est 25 ans.

La diminution du succès de la reproduction peut-elle entraîner la disparition de certaines espèces?

Le déclin du succès reproducteur est le mécanisme central des crises. Les extinctions ne font pas des hécatombes, on ne marche pas sur des cadavres. Les espèces, en fait, ont plus de difficultés à se reproduire, leurs descendants survivent moins, ce qui fait que de génération en génération, il y a de moins en moins d’individus. Et si le processus se poursuit, il se termine par une extinction.

Cela pourrait se passer chez l’Homme?

Oui, mais en y ajoutant d’autres facteurs. En attendant, on constate un déclin de la fertilité, notamment masculine, en Europe et aux États-Unis, sous l’effet de perturbateurs endocriniens, qui viennent de certaines pratiques agricoles, donc issus de la nourriture que l’on consomme et des polluants que l’on absorbe. Nous sommes loin du seuil limite et on peut pallier à cela par la fécondation artificielle. Mais si nous arrivions au bout de ce processus, avec des individus qui seraient complètement stériles, cela poserait de grandes difficultés.

C’est ce qui est arrivé aux dinosaures?

Pour les extinctions du passé géologique de la Terre, y compris celle qui a concerné les dinosaures, c’est plus compliqué. Le changement climatique a souvent, en dernière instance, provoqué des oscillations chaud-froid, froid-chaud et qui ont fait qu’un grand nombre d’espèces se sont éteintes. Mais il n’y a pas que cela. Il convient de prendre en compte les facteurs qui ont provoqué ce changement climatique, et qui sont multiples.

Quelle est la différence avec les menaces actuelles?

La différence avec les autres extinctions, c’est que nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. Nous faisons partie de la biodiversité, du monde vivant, nous sommes une espèce parmi d’autres espèces, nous dépendons des autres espèces pour vivre, que ce soit pour respirer, nous nourrir... Nous avons besoin des autres espèces que nous sommes en train de détruire. L’Homme risque de se retrouver en position de victime de ses propres actes.

"La différence avec les autres extinctions, c’est que nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis"

Est-ce qu’il y a aujourd’hui une compétition pour la survie entre tous les êtres vivants?

Il y a toujours eu de la compétition entre les espèces. C’est le fondement même du fonctionnement du vivant. Mais entre l’Homme et les autres espèces, ce qui se surajoute, c’est que nous avons conscience de nos actes. Du coup, il nous incombe une responsabilité sur les conséquences de nos actions. D’où le sous-titre du livre : "Comment habiter le Terre".

Les dessins animés, dites-vous, montrent la perte de biodiversité, c’est si frappant?

Ils mesurent surtout le manque d’intérêt que l’on porte à la biodiversité. Cela souligne un déficit culturel. Une étude d’une équipe du Muséum a montré que Blanche-Neige ou Pinocchio étaient très entourés d’espèces animales, plus de 20. Mulan pas plus de 6 et Ratatouille encore moins. Nos prédécesseurs d’il y a 50 ou 70 ans, connaissaient mieux la biodiversité. Ils étaient moins urbains et l’instruction publique ouvrait plus largement ses programmes à la biodiversité qu’aujourd’hui. On devrait d’abord apprendre à reconnaître et à comprendre ce que l’on a sous les yeux. Une telle pratique forge une éthique intellectuelle, dans la mesure où elle apprend à respecter les faits, à être lié à ce que l’on observe.

Peut-on encore éviter cette 6e extinction?

Oui, je reste relativement optimiste parce que nous en sommes encore à l’aube, comme le dit le titre de mon livre. Pour le moment, les déclins sont plus nombreux que les véritables extinctions, mais attention au bout d’un déclin il risque d’y avoir une extinction. On sait quelles sont les pressions que l’on exerce sur la biodiversité, donc si nous les diminuons, cela ira mieux. Mais il faut agir, changer la façon dont nous nous comportons et réduire ces pressions.

Bio express

21 septembre 1954: naissance à Lyon

1981: recruté comme chercheur au CNRS

1985 à Dijon: thèse d’État en sciences de l’évolution

De 1996 à 2007: directeur du laboratoire de recherche Biogéosciences

Depuis 2015: président du Muséum national d’histoire naturelle

Janvier 2021: parution du livre "A l’aube de la 6e extinction" chez Grasset.

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