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Michel Fau à Monaco: l'opéra "Wozzeck est une œuvre majeure du XXe siècle"

Michel Fau travaille actuellement à l’opéra pour régler sa mise en scène de l’opéra d’Alban Berg. Une œuvre puissance et onirique présentée pour la première fois à Monte-Carlo

Joëlle Deviras Publié le 23/03/2022 à 16:45, mis à jour le 23/03/2022 à 16:45
Michel Fau règle sa mise en scène de Wozzeck à l’Opéra de Monte-Carlo depuis le début du mois. Les représentations auront lieu les 25, 27 et 29 mars. Photo Jean-François Ottonello

C’est une première à Monte-Carlo! Wozzeck, opéra en trois actes d’Alban Berg d’après le drame Woyzeck de George Büchner est mis en scène par Michel Fau. Pour le metteur en scène français, également comédien et chanteur, bien connu pour l’éclectisme de son talent et la richesse de son travail artistique, l’œuvre qui sera présentée les 25, 27 et 29 mars prochains est une exceptionnelle source d’inspiration.

Rencontre dans les coulisses de l’Opéra de Monte-Carlo.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la mise en scène d’opéra?
C’est une passion depuis que je suis tout petit. Je n’aurais jamais imaginé, enfant, faire de la mise en scène d’opéra. C’était pour moi quelque chose d’inaccessible. J’aime aussi bien l’opéra baroque que contemporain ou encore l’opéra verdiste italien ou wagnérien ; l’opérette également. Je suis très ouvert dans mes goûts. L’opéra est pour moi l’incarnation des sentiments humains puissance dix. Il y a une transcendance, une sublimation, une démesure, une extravagance. C’est ce qui me plaît. À cela se rajoute la force de la voix chantée qui est magnifique, organique. C’est le résultat d’un travail colossal qui s’impose. J’ai une fascination pour les chanteurs, les chefs d’orchestre et les musiciens.

Une tragédie à l’opéra permet-elle plus de libertés, plus d’extravagances dans la mise en scène?
Surtout avec Wozzeck qui est du théâtre expressionniste allemand dès années 1920. On est ici dans le figuratif, le symbolisme, la folie, la métaphysique, l’excès, tantôt dans le grotesque, tantôt dans le pathétique, tantôt dans le mystique. C’est une œuvre majeure du XXe siècle. Il n’y a pas de mélodie. C’est presque du théâtre chanté. C’est une œuvre magnifique qui décline tous les sentiments humains.

 

En quoi Wozzeck vous a inspiré pourtant bien moins grandiose dans sa narration de fait divers qu’une tragédie grecque?
Il y a du tragique dans Wozzeck. Ce n’est pas triste mais possédé, fou, survolté, absurde, inexplicable.

Quelle dimension de l’œuvre souhaitez-vous donner par la mise en scène?
Je vénère cette œuvre, la musique de Berg autant que le texte de Büchner. Je voudrais montrer l’aspect onirique, surprenant, imprévisible et inquiétant de la pièce ; sa poésie aussi. Wozzeck a parfois été ramenée à un fait divers sordide et réaliste alors que l’œuvre est plutôt surréaliste. Le troisième acte est totalement mystique. Comme dans les cauchemars ou dans les rêves, il y a des éléments vrais auxquels se rajoute de l’inexplicable et du déformé. J’ai imaginé que l’œuvre était vue par l’enfant de Wozzeck et Marie. J’ai donc placé un comédien qui voit la catastrophe se dérouler devant ses yeux.

Être également comédien et chanteur permet-il d’avoir une complicité privilégiée avec les interprètes?
Les chanteurs sont surdoués pour interpréter ce registre-là. Ils connaissent la partition; ils peuvent faire une version de concert demain sans problème. Je suis juste là pour les aider à incarner davantage. C’est là où la direction d’acteur rentre en jeu. Comme j’ai chanté dans des opérettes, je connais les difficultés du chanteur.

Cherchez-vous à connaître tout ce qui a été fait sur l’œuvre pour apporter votre lecture nouvelle et préférez-vous être sur un terrain vierge de connaissance des mises en scène antérieures?
J’aime beaucoup me renseigner. Je me suis d’abord informé sur le fait divers puisqu’il y a un rapport médical sur le vrai Woyzeck qui est terrifiant. Je connaissais bien également la pièce inachevée de Büchner. Il y a également la musique de Berg qui me fascine depuis très longtemps. Et enfin l’histoire des mises en scène. J’ai voulu revenir sur un expressionnisme onirique comme à l’origine de la création à Berlin en 1925, puis en France avec Jean-Louis Barrault. Cette poésie a ensuite été perdue ces dernières années pour aller vers quelque chose de plus réaliste. Je trouve intéressant qu’il y ait toutes les formes de théâtre qui existent. J’essaie toujours de partir du style de l’œuvre pour faire rebondir mon imaginaire. Souvent les metteurs en scène plaquent leurs fantasmes sur une œuvre. Évidemment que j’ai des obsessions et une névrose. Et un imaginaire. Mais j’essaie que ce soit à partir de l’œuvre.

Comment trouver la juste conjugaison des arts entre eux?
Il faut une forte personnalité qui soit au service du style du compositeur. Je ne fais que suivre le chemin vertigineux que me montrent Berg et Büchner. Il n’y a que cela d’intéressant. C’est ce que faisait Giorgio Strehler, Luchino Visconti ou Luca Ronconi. Ce sont des personnalités très fortes qui ont toujours été au service du compositeur. Souvent les metteurs en scène se croient plus intelligents que l’œuvre. Moi, je suis modestement au service de l’œuvre.

 

Votre mise en scène est toutefois très présente.
Je n’ai pas envie de faire une mise en scène académique. Mais je n’ai pas non plus envie de moderniser l’œuvre à tout prix ce que font souvent les metteurs en scène ; ce qui est devenu un nouvel académisme. J’essaie de partir de l’époque ; et de la rêver, et de la réinterpréter. Je travaille beaucoup en amont pour avoir un squelette de spectacle. Puis je règle les détails avec les personnalités des chanteurs.

Un lieu comme l’opéra de Monte-Carlo est-il également source d’inspiration?
Ce lieu est sublime, à taille humaine. Il me fascine. C’était cela d’abord l’opéra avant qu’on ne construise des scènes immenses. La proximité avec le public est intime. Et cette œuvre, si elle a quelque chose de démentielle, est aussi dans l’intime avec ce huis clos claustrophobique. Ce lieu sert totalement l’œuvre.

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