On vous retrace l'histoire du casino de Monaco

Le casino n’a pas toujours été à son emplacement actuel. D’abord installé sur la place du Palais, il la quitte en 1859 et finit par s’installer dans le nouveau lieu de Monte-Carlo en 1863.

Article réservé aux abonnés
André PEYREGNE Publié le 11/09/2022 à 08:54, mis à jour le 11/09/2022 à 08:31
La façade nord du premier casino. Photo DR

Il ne viendrait à personne, de nos jours, l’idée d’imaginer le casino de Monte-Carlo en dehors du somptueux bâtiment qui l’abrite aujourd’hui, avec son architecture XIXe siècle et sa façade surmontée de clochetons. Pourtant, dans l’histoire de la Principauté, ce n’est pas ce bâtiment qui a toujours abrité les roulettes et les jeux d’argent.

Au milieu du XIXe siècle, Monaco, qui venait de perdre Menton et Roquebrune, était au bord de la faillite. La princesse Caroline, épouse du prince régnant Florestan Ier, eut la première l’idée d’installer un casino.

Une première concession en 1856

Le 26 avril 1856, une concession est proposée à deux journalistes parisiens, Albert Aubert et Léon Langlois, pour ouvrir un établissement de bains "avec salle de jeux, de concert et autres divertissements". Comme l’écrit Paule Druilhe dans le numéro 1 des Annales monégasques (1977), cette concession est accordée "moyennant l'abandon du quart des bénéfices avec un minimum de garantie de 25.000 francs, la construction d'hôtels et de villas, la création d'une imprimerie éditant un journal au moins hebdomadaire, l’instauration de services de bateaux et d'omnibus de Monaco à Nice, sans compter un aménagement du port".

Telle sera l’une des dernières décisions du prince Florestan, mort le 26 juin 1856. Son fils et successeur Charles III prend le relais.

Des affaires peu brillantes

Langlois et Aubert créent la Société des Bains de Monaco et installent un casino sur la place du Palais.

 

Mais les affaires ne sont pas brillantes. Un document d’époque signale qu’entre le 15 et le 20 mars 1857, le casino ne reçoit qu’un seul joueur: il gagne 2 francs!

En novembre 1857, les deux associés cèdent leurs parts à un certain Augustin Frossard de Lillebonne qui, en 1858, les revend à Pierre-Auguste Daval. Celui-ci, nouveau président de la Société des Bains, ambitionne de construire un grand casino sur le terrain inoccupé des Spélugues (les "Grottes") sur l’actuel site de Monte-Carlo. L’endroit sera rebaptisé "Elysée-Alberti". Pour ce faire, Pierre-Auguste achète l'ensemble des terrains du plateau au comte Rey.

La construction sera confiée à l’architecte parisien Godineau de la Bretonnerie. Celui-ci imagine un long édifice de style Renaissance italien, dont la façade s’étalera sur plus de cinquante mètres.

L'Elysée-Alberti

Le 13 mai 1858, le jeune fils du prince Charles Ill, futur Albert Ier, alors âgé de 9 ans, pose la première pierre.

Ce fut une fête somptueuse, à en croire le Journal de Monaco : « Dès l’aube, les navires mouillés dans le port avaient déployé tous leurs pavois. C’est vers 4 heures et au milieu d’une foule considérable que Monseigneur le Prince de Monaco est arrivé en compagnie de son fils. Un arc de triomphe avait été dressé. Partout des fleurs, des guirlandes et des drapeaux se mêlaient aux feuillages des gigantesques et séculaires oliviers de cette Terre promise. C'est sur ce plateau qui désormais s'appellera l'Elysée-Alberti, dans ces enivrants et vastes jardins choisis par la nouvelle direction des Bains que va s'édifier le palais où retentiront bientôt d'harmonieux concerts, et où les arts sèmeront tous leurs trésors d'élégance et de richesse ! »

 

Mais, en avril 1859, la Société des Bains est déclarée en faillite. La construction du nouveau casino est arrêtée.

Pendant ce temps, en mai 1859, le casino quitte la place du Palais pour se retrouver en octobre dans la villa Bellevue à la Condamine, près du ravin de Sainte Dévote. Pour remplacer le casino, sur la place du Palais, s’ouvre l’Hôtel de Russie. Les actions de la Société des Bains sont vendues à la Société Lefebvre-Griois et Cie, qui prend en décembre 1860 le nom de Société Anonyme des Bains de Mer de Monaco. Les travaux du casino sur le terrain des Spélugues reprennent en 1862.

Arrivée de François Blanc

L’inauguration du nouveau bâtiment a lieu le 18 février 1863 en présence des souverains.

Le Figaro de Paris se monte enthousiaste: "Le casino, conçu dans le plus pur style italien, a été construit sur les plans d'un architecte de Paris et décoré par les artistes les plus distingués de l'Italie. La façade principale est tournée du côté du square et regarde la route de Menton. Elle est ornée d'un péristyle dorique auquel on arrive par un perron large de onze mètres et formé de marches en marbre blanc. À la suite de ce portique, s'ouvre un spacieux vestibule conduisant à la salle de bal qui occupe le centre de l'édifice. Mille personnes y tiendront à l'aise. À droite et à gauche de cette enceinte féerique, de larges portes, splendidement ornementées, donnent accès à la salle de lecture, au salon de jeu, au restaurant et au café, enrichis de peintures et de décors d'un goût merveilleux."

Pour administrer cet établissement, il faut à présent un homme digne de la situation. Charles III va faire appel à François Blanc, maître des jeux à Hombourg en Allemagne. Il l’engage pour la somme de 1,7 million de francs-or. Peu à peu, le bâtiment d’origine du casino sera modifié, jusqu’à la venue en 1878 de l’architecte de l’Opéra de Paris, Charles Garnier (lire ci-dessous).

La grande aventure du casino de Monte-Carlo était lancée.

L’évolution du casino de Monte-Carlo en quelques dates.

14 janvier 1864: inauguration de l’Hôtel de Paris.

1866, agrandissement du bâtiment du casino et création d’une salle de spectacle.

1867: création du Café Divan (du nom du célèbre café de Toulouse situé place du Capitole) à l'emplacement d'une ancienne écurie, face à l'Hôtel de Paris. Il s’appellera Café de Paris dès 1868.

Octobre 1868: arrivée du chemin de fer à Monaco.

1er janvier 1869: inauguration d’une nouvelle grande salle de jeux dite Salle mauresque.

1869: ouverture d’une gare de chemin de fer au pied du casino de Monte-Carlo (à l’emplacement de l’Hôtel Fairmont).

Janvier 1870: construction d’un nouveau bâtiment avec salle de billard adjointe au Café de Paris.

Février 1872: inauguration du Tir aux pigeons, en contrebas du casino.

27 juillet 1877: décès de François Blanc.

1878: engagement par Marie Blanc, son épouse, de Charles Garnier pour la construction de l’Opéra de Monte-Carlo.

25 janvier 1879: inauguration par Sarah Bernhardt de l’Opéra de Monte-Carlo.

1889-1890: modification, par l’architecte Charles Touzet, de la façade qui prend son allure actuelle.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.