Rubriques




Se connecter à

La coupe du monde dans le 06, son dernier titre... les confidences du Cagnois Loïc Bruni

Mi-septembre, le vététiste cagnois a remporté le classement général de la Coupe du monde pour la deuxième fois. Un sacre à l’arraché sur lequel il est revenu, jeudi à Monaco.

Christopher Roux Publié le 10/10/2021 à 17:32, mis à jour le 10/10/2021 à 17:32
Loïc Bruni Photo JFO

Loïc Bruni était invité au Sportel cette semaine. En aparté du rendez-vous monégasque, le Cagnois a pris une demi-heure pour se poser et revenir sur la Coupe du monde 2021 qu’il a enlevée pour la deuxième fois. Deux ans après sa première couronne, ce titre a été conquis au bout du suspense et de haute lutte. Très mal embarqué, gêné par des blessures, la Covid et une perte de confiance, le descendeur de 27 ans s’est sublimé dans une fin de saison canon. Tout s’est joué sur le gong aux Etats-Unis, où il a damé le pion à ses deux grands copains: le Cagnois Loris Vergier et le Peymeinadois Thibaut Dapréla. Il les a doublés pour s’imposer sur un podium 100% azuréen. Du jamais vu.

Loïc, mi-septembre, vous avez remporté la Coupe du monde sur le fil…

La saison a mis du temps à décoller. Je n’étais pas dans le meilleur état d’esprit début juillet après les Gets (la deuxième des six manches, NDLR). Je n’avais pas réalisé ce que j’aurais aimé devant le public français (50) et je n’avais plus de vue sur le général avant l’ultime run. J’étais loin (10 à 248 points de Thibaut Dapréla). Dans les deux derniers mois de compétition, j’ai chopé la Covid et j’ai pris plus cher que prévu. J’ai bien mis quatre semaines pour revenir. Quand j’ai repris, j’ai eu du mal à me concentrer et je me suis cassé le talon sur une petite course. J’ai aussi eu une déchirure en début de saison. Bref, je n’étais pas du tout préparé comme je le voulais.

 

Vous étiez troisième du général avant la dernière manche à Snowshoe (Etats-Unis)…

Je restais assez loin des premières places. Je voulais juste gagner une manche de Coupe du monde. Cela me tenait à cœur. Ce n’était pas une belle saison mais je suis content de ce que j’en ai fait. Si on compare avec les cartes: j’avais un jeu de merde mais j’ai réussi à battre les autres.

Est-ce votre expérience qui a fait la différence?

Elle m’a bien aidé. Pour mes concurrents, il était dur de tenir la pression et ils ont craqué. Je pense que j’étais en position de force puisque je n’avais rien à perdre. Si le titre était au bout, c’était du bonus.

Avez-vous montré à Vergier et Dapréla que "l’ancien" était toujours là?

Ces deux-là sont plus jeunes que moi mais je suis encore là pour un moment (sourire). Entre nous, il y aura encore de belles batailles dans les prochaines années.

 

Ils sont passés près du titre. Qu’avez-vous envie de leur dire?

Thibaut est en convalescence donc j’espère qu’il n’aura pas de séquelles et se remettra vite (il s’est fracturé le pouce et le péroné à Snowshoe). Loris est en confiance. C’est seulement la deuxième année qu’il est proche de remporter la Coupe du monde et n’y arrive pas. Il apprend à la dure mais il apprend. Ce sera l’homme à battre dans les prochaines années. Il est mature et très fort dans la mise au point de son vélo. Il a beaucoup appris de mes erreurs. Quand j’ai encore des lacunes, il a trouvé des réponses plus efficaces à certains problèmes.

Votre bonheur est-il différent par rapport à votre premier sacre?

En 2019, je gagne en étant chassé par Amaury Pierron. C’était le pire des scénarios. Il était en pleine forme en fin de saison quand je perdais confiance. J’étais dans une position de faiblesse et je n’avais pas le droit à l’erreur. J’avais l’impression de subir, je n’étais pas bien dans ma peau. Je faisais exactement ce que je voulais mais Amaury était tout le temps là. Au top de son potentiel, il était imbattable. Cette année, je n’avais pas d’avance à gérer et je ne pouvais pas contrôler les performances de Thibaut (Dapréla) et Loris (Vergier). J’ai pu profiter davantage du moment, aimer la ferveur des spectateurs. En 2019, les gens me parlaient sans cesse du général. Je leur disais d’arrêter parce que je ne voulais pas en entendre parler. Cette année, je me fichais de l’enjeu.

Quel goût à ce titre par rapport au premier?

J’ai plus apprécié le premier parce que ce fut un travail de longue haleine. J’étais premier du général toute la saison et j’ai tellement défendu ma position. J’ai ressenti plus de pression. Je me disais: ‘‘Tu peux gagner, tu peux gagner’’. Là, ça me tombe dans les mains sur le dernier run. C’est une surprise qui m’a pris de court.

Vous avez beaucoup douté…

 

J’ai pris beaucoup sur moi. J’ai douté et ce n’était pas facile. Même quand j’avais l’impression que tout allait bien se passer, ça n’allait pas.

On vous sent sûr de vous et l’on vous pensait invulnérable…

Le doute est essentiel. Sans lui, tu ne peux pas apprendre, passer des caps et durer dans le temps. Tu peux gagner un championnat du monde mais l’année d’après le contexte peut changer. Tu te seras peut-être engueulé avec ta copine, la météo sera différente et si tu n’as pas l’habitude de répondre aux questions ou aux doutes qui peuvent survenir au dernier moment, tu ne pourras pas performer. J’aime douter, c’est devenu ma force. Parfois je subis, il y a beaucoup de doutes et peu de réponses. Dans ce cas, se remettre dans le droit chemin prend du temps. Mais quand tes doutes s’accompagnent à chaque fois de réponses, que plus rien n’est laissé au hasard, ta concentration et ton coup de pédale ne sont plus entravés. Ma force est de répondre à ces doutes.

Vous avez confié ne pas avoir assez écouté votre corps cette saison pour soigner des bobos…

Beaucoup de facteurs extérieurs entrent en jeu. Je gagne plus d’argent, mes sponsors m’en demandent plus et parfois il y a des conflits dans les contrats, des sponsors qui font des choix dont je ne veux pas. Avant la saison, il y avait pas mal de choses nouvelles. Je n’arrivais pas à passer au-delà des problèmes du Team (Specialized) et à me concentrer sur mes performances. Cela a entraîné des chutes. Tout ça ajouté à la Covid, il y a eu un effet boule de neige. Les doutes s’enchaînent et s’accumulent. Je voulais rouler vite alors que je n’étais pas prêt.

"La Coupe du monde dans le 06 ? Il faut y aller franchement"

Cela fait plusieurs années qu’on évoque les Alpes-Maritimes et Valberg pour accueillir une manche de la Coupe du monde. Ce projet aboutira-t-il un jour?

Le département y croit mais il ne met pas les deux pieds dans le plat. C’était bien d’avoir les championnats de France à Valberg cet été. On m’a bien impliqué. Les gens d’ici et les élus nous ont fait confiance. C’était super important d’avoir ce premier pas mais le vélo a du mal à démarrer dans les stations du 06. Je n’habite plus ici, je suis entre Andorre et l’Espagne. Charles-Ange Ginésy (le président du conseil départemental, NDLR) a été super mais il manque une vraie culture ici. Les gens qui travaillent à Valberg y croient à moitié par exemple. Je fonde beaucoup d’espoirs en Isola. C’est une superbe station.

Pour vous, Isola doit être l’option n°1 ?

La piste porte mon nom à Valberg. Elle est top mais aussi très exigeante. Elle a du mal à être entretenue. Isola a plus de potentiel. Les Isoliens sont chauds et il y a un réel engouement. Il faut surfer sur la vague et y aller franchement. Il faut faire de la publicité, inciter les gens à venir avec des vidéos promotionnelles de nos stations, comme le font celles de Haute-Savoie. Ici, on est un peu à l’ancienne, on se repose sur le tourisme classique de la Côte, les randonneurs de l’arrière-pays. Il manque une réelle mise à jour parce qu’il y a tout pour faire de la descente ici. Il faut juste mettre de l’argent et vraiment y croire. Fabien Barel travaille à la Métropole pour développer le vélo. C’est l’un des ambassadeurs du VTT dans notre région comme Nico (Vouilloz). Il a les connexions, à lui d’aller voir les politiques.

Valberg a-t-elle mis la charrue avant les bœufs en ciblant 2022?

La station a eu l’ambition sans avoir les bases. Ils se sont dit: ‘‘On a Loïc Bruni à nos côtés. Il est chaud, on a une belle montagne, une station donc on veut faire une Coupe du monde’’. Sauf que cela prend du temps. Il faut que les gens viennent dans la station, l’aiment et en parlent. Il faut que le lieu devienne célèbre avant même d’y accueillir une Coupe du monde. L’UCI a un cahier des charges pénibles. Là, on est partis de rien. Après la Coupe de France (2019) et le championnat de France (2021), on a eu de bons retours mais la piste était trop radicale pour beaucoup de gens. Avec tous les passages et l’érosion, il y avait des pierres tout le temps. Il faut aussi qu’une piste mûrisse.

Vous considérez qu’il est compliqué de vous impliquer dans ce projet pendant votre carrière…

Je ne veux pas m’impliquer à 100%, c’est vrai. Je réponds présent quand on me sollicite mais je ne peux pas tout faire non plus. Je m’entraîne tous les jours et je ne peux pas répondre à toutes les attentes si je veux être compétitif. Par exemple, venir au Sportel, ce n’est pas ce que je préfère. Je suis rarement à Nice et je pourrais profiter de ma famille. Si je le fais, c’est pour la médiatisation du vélo et le faire grandir.

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.