Un résident monégasque amateur de voile se lance dans la Route du Rhum

Oren Nataf, sociétaire du Yacht-Club de Monaco et résident monégasque, relève le défi de la transatlantique en solitaire. Il partira ce mercredi 9 novembre de Saint-Malo. Direction la Guadeloupe.

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Joëlle Deviras Publié le 05/11/2022 à 14:00, mis à jour le 06/11/2022 à 15:05
Le trimaran Rayon vert d’Oren Nataf s’apprête à traverser l’Atlantique. DR

À 50 ans, Oren Nataf se lance dans la Course du Rhum avec son propre bateau, Rayon vert, un trimaran de 50 pieds acquis il y a deux ans et demi. Il prendra le large ce mercredi 9 novembre pour aller de Saint-Malo en Guadeloupe.

Compétiteur dans l’âme, ce résident monégasque, sociétaire du Yacht-Club de Monaco, avoue lui-même "être totalement amateur". "J’ai commencé la voile il y a douze ans. Très vite, j’ai été attiré par la course au large. En croisière, on s’ennuie un peu. On ne pousse pas le bateau."

Se préparer… et y aller

Un projet qui peut sembler extraordinaire. Mais le Français pondère : "Il y a 138 concurrents qui font la même chose… Souvent, on ne sait pas trop pourquoi on fait les choses et on les fait. Il fallait que je m’améliore en tant qu’homme. Pour être au départ, il a fallu passer beaucoup d’étapes et faire sauter beaucoup de fusibles dans la tête qui nous freinent. Il faut avoir le bateau, le niveau, être préparé sur plein de domaines. Et puis après, il faut y aller."

Une conjugaison d’éléments qui ne se réalise pas en un claquement de doigts.

"Je ne suis pas sportif. J’ai donc dû m’y mettre. Je fais une heure de sport chaque jour depuis 3 ans. Il faut naviguer un maximum dans des conditions différentes en double au début, puis en faux solo et enfin en solo. Le mental est primordial. Ça demande un peu de courage car ce n’est pas naturel d’aller tout seul en mer. Une fois qu’on y est en revanche, c’est que du bonheur. Le plus dur en réalité, c’est de quitter le quai !", avoue celui qui a désormais hâte de laisser la cité corsaire de Saint-Malo derrière la poupe de son bateau pour rallier les Antilles.

Prendre du plaisir

Entre les deux ports, Oren Nataf aura un compagnon de route qui doit lui permettre de traverser l’Atlantique dans des conditions optimales.

"Le bateau a été construit en 2004 et dessiné par l’architecte naval Erik Lerouge. C’était la commande d’un couple qui voulait faire le tour du monde. Le trimaran a ensuite été transformé en bateau de course. Il a fait deux Routes du Rhum et s’avère extrêmement rapide. Mais il est aussi très confortable, dans l’esprit croisière, avec une vraie coque centrale. Je ne serais pas parti sur un autre bateau. Il ne faut pas oublier que c’est une épreuve où l’on doit se faire plaisir."

Et le plaisir, même en solitaire, passe nécessairement par l’encadrement de la course, un facteur d’émulation et de sécurité.

"C’est bien de partir avec d’autres marins dans de bonnes conditions. Tout seul, c’est un peu tristounet. Quand j’ai fait la qualification, j’ai trouvé le temps long."

Si l’objectif premier d’Oren Nataf est d’emmener Rayon vert aux Antilles, le navigateur sait qu’il va rentrer dans une compétition rude. Le plateau dans sa catégorie - Classe Rhum « Multi » - est particulièrement relevé cette année, avec la présence de figures emblématiques de la voile océanique, telles que Philippe Poupon, Roland Jourdain ou encore Marc Guillemot.

"La voile, c'est une drogue dure"

Après de longues années à Paris, Oren Nataf s’est installé à Monaco il y a dix ans. Une ville qu’il dit "adorer parce qu’elle a une vraie activité et que s’y croisent beaucoup de gens très différents. Et puis il y a la mer…"

La Course du Rhum, c’est un défi que vous vous lancez ?
Forcément ! Mais je ne peux pas dire pourquoi exactement… J’ai découvert la voile en 2010. C’est une drogue dure. Si on aime la voile, on a forcément envie de naviguer en solitaire. C’est le Graal. Contrairement à un équipage, naviguer en solitaire ce n’est que de la préparation.

C’est une première pour vous ?
Oui.

Qu’est-ce que vous attendez de cette expérience ?
Je ne sais pas. Passer les étapes les unes après les autres ; et y arriver. Pour l’instant, je pense à passer le golfe de Gascogne. Dès qu’on passe l’anticyclone des Açores, c’est une autoroute : j’appuierai sur l’accélérateur.
La première phase est du vent de face et après du vent portant. Ce sera alors plus simple.
Il y a beaucoup de données qui font que la course peut être un succès ou un échec. Les marins professionnels savent mieux négocier que moi. Je ne serai jamais un grand marin.

Ce qui semble impossible pour tout un chacun, vous le réalisez. Incroyable !
C’est vrai qu’on se dit que ce sont des choses impossibles. Il faut se mettre en condition. C’est une question d’envie. Et se donner les moyens. Si on m’avait dit, au départ de la dernière Course du Rhum il y a quatre ans, que je serais moi, je n’y aurais jamais cru.

Oren Nataf s’est installé à Monaco il y a dix ans. DR.

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