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"La voile est un sport très solidaire": Boris Herrmann, le skipper de Monaco, se livre avant un passage difficile dans le Vendée Globe

Mis à jour le 03/12/2020 à 18:04 Publié le 03/12/2020 à 17:59
Une succession de dépressions attend Boris Herrmann dans l’océan Indien.

Une succession de dépressions attend Boris Herrmann dans l’océan Indien. Photo Pierre Bouras / Team Malizia

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"La voile est un sport très solidaire": Boris Herrmann, le skipper de Monaco, se livre avant un passage difficile dans le Vendée Globe

Après avoir participé aux opérations de sauvetage d’un concurrent direct, Boris Herrmann, à la barre d’un voilier monégasque, s’attend à des heures difficiles au cœur de l’océan Indien.

Sur le Vendée Globe, les journées se suivent mais ne se ressemblent guère. Après avoir dérouté son Sea Explorer Yacht-club de Monaco pour participer aux opérations de sauvetage du skipper Kévin Escoffier, Boris Herrmann poursuit sa route – toujours avec une philosophie de prudence – dans l’océan Indien.

Mercredi, à 4 h 35 du matin (heure française), il passait le cap de Bonne-Espérance, direction le cap des Aiguilles, à environ 80 milles au sud-est.

La porte d’entrée de cet océan tumultueux. Devant lui, des conditions dantesques : une succession de dépressions et de grosses vagues. "Un champ de bossesé, comme l’a imagé Charlie Dalin, leader de la course.

Ce mercredi, alors qu’il pointait à la 7e place sur 31, Boris Herrmann s’est confié sur ces derniers jours et les défis à venir. En toile de fond : une mer agitée au cœur des Quarantièmes Rugissants.

Vous avez participé à l’opération de sauvetage épique de Kevin Escoffier (PRB). Qu’avez-vous ressenti en apprenant qu’il était sain et sauf ?
Ce fut un énorme soulagement. On était désespéré. On a vraiment eu très peur pour lui. Quand il se trouvait dans le bateau de Jean Le Cam, j’ai parlé avec lui par radio VHF. Sa voix était très bonne, il était excité et avait des choses à dire. Il n’est pas abîmé physiquement, ce qui est une très bonne nouvelle.

Mentalement, comment se remet-on dans la course après un tel épisode ?
Le jour d’après, ce fut dur. J’ai un peu pleuré. J’ai compris que c’était vraiment dangereux et qu’on n’est pas passé loin de la catastrophe pour lui. J’ai partagé l’expérience et mes émotions avec quelques proches par téléphone. Cela m’a aidé à digérer. J’ai laissé passer le temps et l’émotion s’évacuer au fur et à mesure. On est heureux de laisser ça derrière nous.

Emmanuel Macron, lors d’une visio avec les deux skippers, a salué l’esprit de camaraderie régnant dans le milieu marin. Ce n’est donc pas un mythe, malgré la compétition acharnée ?
La solidarité entre les coureurs est réelle. Elle a toujours existé, cela fait partie de l’histoire du Vendée Globe. On a eu d’autres éditions où un bateau en sauve un autre. L’ironie de l’histoire, c’est qu’en 2009, le bateau PRB (avec Vincent Riou à la barre, cette fois-ci, ndlr) avait sauvé Jean Le Cam près du cap Horn. Cette fois, c’est l’inverse. C’est beau de voir que Jean Le Cam a pu prendre sa revanche dans le sauvetage. Pendant la course, je parle avec les skippers. On partage nos douleurs, nos soucis, nos peurs. C’est un sport très humain, tu ne peux pas te cacher, tu ne peux pas pleurer devant ton coach pendant un moment de pause. On est donc très solidaire. On a vu que, nous les coureurs, étions le meilleur moyen pour être réactif et sauver quelqu’un sur zone.

De quel matériel de survie disposez-vous en cas de péril imminent ?
Des combinaisons de survie, deux radeaux de survie… J’ai entendu l’histoire de Kévin. Il était dans son cockpit avec son radeau et son grab bag (sac de survie, ndlr) qui contient un téléphone satellite avec une deuxième batterie. Le bateau coulait rapidement. Une vague a éjecté Kévin à l’eau, hors de son bateau. Il a réussi à tenir le radeau dans sa main mais a perdu son grab bag. Il avait donc très peu de moyens de communiquer sa position. Un moment critique… De plus, normalement, le bateau est insubmersible. Si tu le remplis d’eau, il ne coulera pas. Bien sûr, s’il se casse en deux, c’est une tout autre histoire.

La compétition a repris. Vous pointez à la 7e place avec des conditions délicates à venir…
C’est un challenge permanent, d’autant qu’il me manque une voile avant principale, la J2. Je ne peux pas l’utiliser. Je dois résoudre le problème quand il n’y aura pas de vent mais les prévisions indiquent qu’il y en aura jusqu’en Australie. Je reste patient, puis, quand il y aura une petite brise, je grimperai pour recoudre cette voile. En attendant, j’utilise soit une trop grande voile, soit une trop petite. Celle qui est intermédiaire me manque, ça me pénalise. J’espère pouvoir garder ma place dans le peloton de tête.

Dessinez-vous votre route par rapport à la trajectoire de vos adversaires ou uniquement en vous fiant à la météo ?
Je joue ma carte à moi. J’observe les adversaires mais ça ne m’influence pas car, déjà, il me manque une voile. Cela change ma route. On la dessine en fonction de nos capacités et des prévisions météorologiques. Après tout ce qu’il s’est passé, la mer reste encore hachée. On n’a vraiment pas envie de marcher à 30 nœuds et que tout s’arrête brutalement en bas d’une vague. C’est ça la peur de notre métier : trouver des compromis, un équilibre. C’est parfois difficile à accepter que le bateau ne soit pas parfaitement réglé.

Le laboratoire embarqué récolte toujours des données  ?
La machine ne présente aucun signe de dysfonctionnement pour l’instant. Elle transmet, en temps réel, les données, ce qui permet des discussions avec les scientifiques qui nous suivent. Ici, on croise les courants des Aiguilles. On a vu la température chuter à 19°C avec des grandes amplitudes dans le CO2 et la salinité. C’est sans doute, biologiquement, une région assez riche. Toutefois, je serai content de m’éloigner de cette zone, car à cause des courants, la mer est plus difficile que d’habitude.

L’océan Indien est-il le passage le plus à craindre dans cette longue course ?
Je pense qu’il est l’océan le plus difficile. De mémoire, je n’ai jamais vu des prévisions comme celles qui m’attendent, avec dix jours de tempête à venir. C’est fou. Une période compliquée m’attend. À l’approche de l’Australie, ce sera un peu clément. Et peut-être dans le Pacifique qui, lui, porte bien son nom. Après, une forte dépression peut se former dans chaque région. On ne sait jamais. Si les dieux de la mer sont avec nous, ils devraient nous laisser tranquilles dans le Pacifique (rires).

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