"La course en solitaire me rend vivant": les confidences du skipper Boris Herrmann avant son départ pour la Route du Rhum

Le sociétaire du Yacht-club de Monaco s’apprête à s’élancer dans sa deuxième Route du Rhum, une course transatlantique en solitaire. À 41 ans, il va découvrir les capacités de son nouvel Imoca

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Propos recueillis par Joelle Deviras Publié le 04/11/2022 à 11:30, mis à jour le 04/11/2022 à 11:48
L’Allemand Boris Herrmann, à bord du Malizia III - Seaexplorer. Photo Andreas Lindlahr

Il est prêt à prendre le départ de Saint-Malo pour une Route du Rhum qui doit le mener en Guadeloupe. Boris Herrmann, 41 ans- qui est à la barre de son Imoca Malizia III-Seaexplorer de la Team Monaco conduite par Pierre Casiraghi, vice-président du Yacht-club de Monaco - se lance dans sa deuxième course transatlantique en solitaire.

Au total, 138 marins, dont un autre sociétaire du Yacht-club de Monaco - Oren Nataf - sont engagés dans l’aventure, qui commence le dimanche 6 novembre. À quelques heures du lancement de cette 12e édition, l’Allemand nous fait part de ses impressions.

Que pensez-vous des performances de Malizia III Sea-explorer?
C’est une sacrée machine. Le dernier bateau était devenu ma copine durant quatre ans… Celui-là, je ne le connais pas suffisamment pour être confiant en ma course. C’est dommage, mais je savais cela… La Route du Rhum est la première épreuve. Alors, je suis modeste. Le bateau est trop jeune : il a été mis à l’eau le 19 juillet dernier et la première navigation était le 1er août dernier. C’est le début de la campagne.

Dans quel état d’esprit êtes-vous?
J’aborde la course avec un esprit détendu. Nous allons progresser rapidement. Nous avons prévu de faire un tour du monde cet hiver ; ce qui va me permettre de connaître le bateau pour le prochain Vendée Globe.

N’est-ce pas frustrant de partir sur un bateau que vous ne maîtrisez pas totalement, alors que vous avez fini cinquième en 2018 sur Imoca?
Pas du tout ! Je me prépare avec bonne humeur. Nous ne sommes pas capables de viser la performance. Le bateau s’inscrit dans une stratégie durant quatre ans. Je veux faire la Route du Rhum pour me donner de la confiance et me qualifier pour le Vendée Globe. Mes concurrents partent, pour certains, dans un esprit similaire.

Pierre Casiraghi est venu vous voir en Bretagne il y a quelques jours. C’est un soutien précieux?
On échange beaucoup avec lui sur le bateau, les progrès, l’ergonomie. Il fait des commentaires et suit de près le projet. Pierre apporte son avis. C’est sa vision qui nous fait progresser car il a des ambitions fortes. Il a du leadership. Il est challenger mais cadre aussi l’équipe. Ça nous sert énormément et ça nous permet de travailler de manière plus efficace.

Quels contacts avez-vous prévu d’avoir avec la Team Malizia durant la course?
Il faut d’abord savoir que les conseils météorologiques sont interdits. Même s’il est probable que nous restions sans contact durant trois ou quatre jours, nous pouvons être en relation mais nous ne parlerons strictement pas de météo. Je vais échanger avec mon équipe sur des questions techniques car elle peut voir en temps réel beaucoup de données du bateau.

C’est une course en solitaire sans être totalement seul…
Sur le tracking du site de la course, tout le monde peut voir l’avancée des bateaux en temps réel. Nous pouvons même prévoir quelques interviews...

Comment vous êtes-vous préparé?
Physiquement, je cours et fais un peu de wind foil. J’essaie aussi de naviguer le maximum; en Bretagne principalement car on a l’accès au large et l’Atlantique devant nous. Chez moi, c’est trop contraignant. Et à Monaco, durant l’été, il manque souvent le vent; même si la Méditerranée sait être une des mers les plus dures, courtes et cassantes.

Cette Course du Rhum est mythique pour les skippers. Qu’est-ce qu’elle vous inspire?
Elle fait partie de l’histoire contemporaine de la navigation. Je repense aux années 70, l’ambiance très familiale de l’époque, à Mike Birch et son fameux bateau jaune. On se rappelle aussi de Loïck Peyron, Francis Joyon... C’était fabuleux.

Que reste-il de cette époque-là?
Les bateaux étaient simples et efficaces. Aujourd’hui, nous allons trois fois plus vite. Ce sont des machines avec des ordinateurs partout et nous en sommes très dépendants. Ce qui reste, c’est l’esprit des marins, et l’aventure partagée.

L’aventure, c’est la première motivation?
C’est très rare dans nos vies d’aujourd’hui de ne pas savoir ce qui va advenir. Là, je ne sais pas ce qu’il va m’arriver. Quand on part dans la Route du Rhum, la météo, l’état d’esprit des compétiteurs, la situation technique sont autant d’éléments pour lesquels nous n’avons aucune certitude. Chaque heure est faite de surprises. C’est ça l’aventure. S’ajoute à cela la compétition. Dans la course, c’est toujours un arbitrage entre sécurité, ambition, possibilités et capacités. Mais la place n’est pas primordiale.

Être seul, n’est-ce pas déjà une aventure?
Absolument ! En difficulté durant la course, je me sens souvent seul et triste. Ça me manque de ne pas avoir d’équipier. Et il y a des moments où tout va bien. Quand tout est fluide, la solitude peut être très inspirante. Ça me plaît de me challenger, d’explorer les recoins de mes capacités, les extrêmes, de trouver des moments très inhabituels, de sortir de ma zone de confort. La course en solitaire me rend vivant. Elle me réveille. Je suis curieux de voir comment je réagis.

*Le célèbre navigateur canadien Mike Birch, disparu ce mercredi 26 octobre, avait remporté la première édition de la Route du Rhum en 1978 à bord d’un petit multicoque jaune de 12 mètres (Olympus). Il avait coiffé au poteau le Français Michel Malinovsky pour l’emporter avec 98 secondes d’avance seulement, après plus de 23 jours de course.

 

Chiffres

Construction

45.000 heures de travail ont été nécessaires pour construire le Malizia III - Seaexplorer

Durée

Il aura fallu 18 mois pour construire le bateau.

Conception

5.000 heures de travail ont permis de concevoir ce nouvel Imoca.

Une grande équipe

250 personnes ont collaboré à ce projet.

Campagne

Une campagne de 5 ans est prévue sur la nouvelle monture.

Distance

3.543 milles nautiques sont à parcourir entre Saint-Malo et la Guadeloupe.

 

La phrase

"C’est pour nous une grande fierté de voir deux de nos membres engagés dans cette prestigieuse course transatlantique en solitaire, créée en 1978 et organisée tous les quatre ans. Tous deux ont une approche différente: Oren, un amateur, qui va vivre sa première transatlantique en solo ; et Boris, un skipper professionnel qui va disputer son 2e Rhum. Deux personnalités différentes mais animées d’une passion commune, avec la volonté de parcourir en solo les 3 543 milles nautiques du parcours et réaliser ainsi leur rêve.", Pierre Casiraghi, vice-président du Yacht-Club de Monaco

 

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