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Comment Boris Herrmann vit son premier Vendée Globe? Les confidences du skipper du Malizia, voilier de Monaco

Mis à jour le 18/11/2020 à 08:52 Publié le 18/11/2020 à 08:15
À bord du bateau, Boris Herrmann doit affronter la solitude.

À bord du bateau, Boris Herrmann doit affronter la solitude. Photo Andreas Lindlahr

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Comment Boris Herrmann vit son premier Vendée Globe? Les confidences du skipper du Malizia, voilier de Monaco

Après dix jours de course pour ce Vendée Globe et quelques frayeurs dans l’Atlantique, Boris Herrmann, le skipper à la barre du voilier monégasque, file tout droit vers l’Équateur terrestre. Il raconte sa vie à bord et ses états d’âme.

À l’écran, le visage de Boris Herrmann affiche une sérénité désarmante, qui trancherait presque avec la férocité légendaire de l’aventure "Vendée Globe". L’homme est éreinté et reste sur ses gardes, certes, mais les angoisses personnelles perçues au départ des Sables-d’Olonne ont laissé place à une belle cadence sur l’immensité bleue de l’Atlantique. Sans encombres apparents.

"Depuis deux jours, j’ai trouvé le bon rythme, j’arrive à dormir, à évacuer le stress du départ, confie-t-il, depuis sa cabine, à des milliers de kilomètres de Monaco. La première semaine fut intense, très engagée avec quelques belles frayeurs."

Dieu Eole s’est invité à la partie, malmenant les machines et les estomacs. À la barre du Seaexplorer - Yacht Club de Monaco, Boris Herrmann s’est frotté à trois dépressions, dont la tempête tropicale Thêta. Mais aussi à la pétole. Dans le jargon des marins, il s’agit d’une zone sans vent, un ennemi redoutable lors d’une course de vitesse.

Le bateau en parfait état

"Tout cela est derrière nous. Le bateau est en parfait état, il n’y a rien à déclarer", poursuit celui qui pointait, hier à 17 heures, à la septième place. D’autres concurrents n’ont pas eu la même aubaine: Nicolas Troussel a été contraint à l’abandon après avoir démâté et Jérémie Beyou, l’un des grands favoris, a dû rentrer aux Sables-d’Olonne pour réparer plusieurs avaries, avant de reprendre le large. "Cela te brise le cœur quand tu entends qu’un concurrent est forcé de s’arrêter. Mais voir repartir Jérémie est un beau symbole de résilience", salue-t-il.

Ce mardi, au sud du Cap-Vert et au large de la Guinée-Bissau, le monocoque Imoca de la Team Malizia - 7,6 tonnes à la balance - filait à 16,2 nœuds, poussé par un vent stable et régulier.

Laissant ainsi à Boris Herrmann le luxe de se prêter au jeu de l’interview. "C’est paradoxal, mais c’est quand le vent tombe que je suis le moins détendu, car il faut faire attention à ne pas abîmer le bateau. Quand il est régulier, c’est là où je trouve un peu de temps pour moi-même."

Quand il ne change pas ses voiles ou ne règle pas l’assiette du bateau, qu’il ne surveille pas les changements brutaux de météo ou ne met pas de l’ordre sur son navire, le skipper dégaine son smartphone pour se reconnecter à la terre ferme et joindre son cercle de proches via la messagerie instantanée WhatsApp. "Une fois par jour, je garde le contact avec ma femme [Birte] et mon petit bébé [Marilou] que je vois sourire, qui essaye de taper le téléphone. C’est le meilleur moment de la journée", sourit-il. Ces rares moments d’intimité s’avèrent précieux, d’autant plus quand on sillonne le globe, en solitaire, sans escale et sans assistance.

"La première semaine, la solitude est brutale. ça m’a fait peur, ça m’a angoissé. Nous sommes des êtres humains, une espèce qui se veut sociale. On n’est pas habitué à être seul. Depuis, ça va beaucoup mieux."

Pas vraiment seul à bord

Petite entorse au règlement, Boris Herrmann n’est pas réellement seul à bord. Alphonso, à ses côtés depuis plus d’une décennie, est sans doute l’ours en peluche qui détient le record du plus grand nombre de milles nautiques avalés sur les mers et océans de notre globe. "C’est une école en Allemagne qui me l’a donné. Il a déjà fait le tour du monde", se marre-t-il.

Point positif de ce millésime 2020-2021: voguer à mille lieues d’une pandémie galopante et d’un contexte pour le moins anxiogène. "J’ai vu un dessin rigolo montrant les skippers qui partaient des Sables-d’Olonne et qui disaient aux gens restés à terre: ‘‘Bon courage’’, raconte Boris Herrmann. Il y a un fond de vérité. C’est le meilleur moment pour s’échapper en mer. Oui, j’ai l’impression de louper une vie sociale normale. Mais la situation, dans ce contexte, n’est pas évidente. Il y a beaucoup moins d’échanges sociaux, moins de fêtes, de marchés de Noël en Allemagne. J’espère que cela va s’améliorer."

L’Équateur bientôt franchi

Dans la journée, les skippers devraient franchir l’Équateur avant de se frotter au Pot-au-Noir, une zone dite de "convergence intertropicale", délicate à appréhender. Là, entre le 8° et le 3° Nord, les flux des deux hémisphères s’y rencontrent, rendant les conditions particulièrement instables. "Cette année, le Pot-au-Noir n’a pas l’air trop méchant. Je me positionne, pour le moment, du bon côté. L’idée est de descendre plein sud en faisant fonctionner le bateau le plus rapidement possible."

On le sait, Dame Nature sait se montrer pernicieuse et les dangers sont encore légion, à l’instar du redoutable cap Horn, icône de la course, que Boris Herrmann a, par le passé, déjà franchi à quatre reprises. "Je me sens en sécurité dans mon bateau. Si je chavire, il y a la quille. Je ne peux pas couler. Le danger, c’est d’avoir une casse mécanique dans le mât ou de faire une connerie." Pas une option envisageable pour Boris Herrmann.

Le monocoque de Boris Herrmann est équipé d’un laboratoire.
Le monocoque de Boris Herrmann est équipé d’un laboratoire. Photo Jean-Marie Liot
Quand la science se mêle au volet sportif

La réputation écologique du Malizia – renommé Seaexplorer-Yacht Club de Monaco pour le Vendée Globe – n’est plus à faire. Outre ses panneaux solaires et ses générateurs hydroélectriques lui évitant de dépenser des combustibles fossiles, le monocoque Imoca a escorté, à l’été 2019, Greta Thunberg pour une traversée de l’Atlantique jusqu’à New York. La jeune militante écologiste suédoise excluant alors la voie des airs pour se rendre au siège des Nations Unies.

Pour cette édition du Vendée Globe, Boris Herrmann apporte sa contribution à la recherche scientifique sur le réchauffement climatique. Comment? Grâce à un laboratoire automatisé, fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Une machine qui mesure des données océanographiques précieuses pour les scientifiques: la température, la salinité, le PH et le CO2 de l’eau.Ces data viendront abreuver les programmes de l’Institut Max-Planck de météorologie à Hambourg, de Géomar à Kiel et de l’Ifremer à Brest.

"Une fois par jour, je vérifie que les paramètres fonctionnent bien. Je prends aussi un peu d’eau, une fois par semaine, pour vérifier la calibration de la salinité, confie Boris Herrmann. Aujourd’hui ou demain, je vais déployer un flotteur Argos, qui peut plonger et rester cinq ans en mer."

Un dispositif qui permettra de mesurer la température et la salinité de l’eau en surface et jusqu’à 2 kilomètres de profondeur et, de fait, d’aider les scientifiques du monde entier à comprendre le changement climatique et l’impact sur l’océan.

Ce mardi , Boris Herrmann nous confiait observer un tapis de sargasses à la surface de l’eau, des algues brunes particulièrement invasives.

"Je n’en ai jamais vu autant, partout. Cela rend impossible l’utilisation de mes hydrogénérateurs, sinon les hélices se prennent les algues en permanence. Heureusement, il y a du soleil et je peux utiliser mes panneaux solaires pour avoir de l’énergie."

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