Rubriques




Se connecter à

Will Conquer : missionnaire 2.0

Hier, la cathédrale de Monaco a accueilli un événement rare : l'ordination d'un nouveau diacre. Il a choisi les ordres, mais ça ne l'empêche pas d'être un jeune homme de son temps

Ludovic Mercier Publié le 17/09/2017 à 05:11, mis à jour le 17/09/2017 à 05:11
Lors de son séminaire à Monaco, Will Conquer a rencontré « des gens pour qui tout ne va pas bien, que l'on oublie, parce qu'ils servent dans les restaurants, les hôtels ou la sécurité, et qui méritent qu'on les reconnaisse et qu'on les aime ».
Lors de son séminaire à Monaco, Will Conquer a rencontré « des gens pour qui tout ne va pas bien, que l'on oublie, parce qu'ils servent dans les restaurants, les hôtels ou la sécurité, et qui méritent qu'on les reconnaisse et qu'on les aime ». Jean-Sébastien Gino Antomarchi

Marcher dans les rues de Monaco, s'attabler dans un bar avec Will Conquer, c'est un peu comme accompagner une autorité. La soutane noire de séminariste lui va comme un gant, et impose une forme de déférence plutôt surprenante.

Quelques jours avant son ordination, il est « dans l'émotion ». Un peu nerveux. Il va consacrer sa vie aux autres. On le serait à moins : il sait qu'il deviendra missionnaire dans un pays d'Asie pour tout le reste de sa vie, mais il ignore encore lequel. Un citron pressé, commandé en italien, et l'interview peut commencer. Le jeune homme de 28 ans, aux faux airs de Richard Chamberlain, la star de la saga « Les oiseaux se cachent pour mourir ». Lui aussi est américain, mais il a grandi en France, et parle sans le moindre accent.

La loi de Dieu plutôt que celle de l'argent

 

Will est un jeune homme brillant, titulaire d'une maîtrise de droit, qui a étudié en Irlande et à Paris. Et alors qu'il s'apprête à devenir avocat fiscaliste, un métier qui permet aux plus riches d'éviter l'impôt qui sert aux plus nécessiteux, un voyage bouleverse sa vie. On est en 2010. « Je pensais passer quarante jours en humanitaire avec mon meilleur ami. En fait, j'ai passé un été qui a changé ma vie. »

Pourtant, il a un boulot qui l'attend aux États-Unis, et une petite amie. « Une question habitait mon cœur : "Qui nous fera voir le bonheur ?" J'ai cherché beaucoup et très longtemps. La réponse, je ne l'ai pas trouvée dans le village où j'ai grandi de façon très privilégiée. Ni dans le regard des filles qui me séduisaient en soirée. Ni dans l'ambition des personnes puissantes que je fréquentais quand je me préparais à devenir avocat fiscaliste. Cette réponse, je l'ai trouvée à Calcutta, dans le visage des pauvres gens que j'ai rencontrés et qui m'ont bouleversé. J'y ai reconnu le visage du Christ. »

Bien dans son époque

À l'heure de la crise des vocations de l'église européenne, lui est certain que la passion du Christ peut encore animer le cœur des jeunes : «On voit en Asie des générations entières se lever pour suivre le Christ. Aux États-Unis, les séminaires sont pleins. »

Pour lui, les jeunes ont changé, mais seulement en apparence. Il voit la foi comme un socle inaltérable. Un matériau dont on peut changer la forme, mais dont le noyau reste la même. « Je crois qu'il faut répondre à l'appel du pape Jean Paul II pour une nouvelle évangélisation. Si on a réussi à traduire l'évangile en vietnamien ou en farsi, on doit pouvoir le faire en langage texto ou la mettre sur Snapchat. »

Pieux mais pas poussiéreux, Will a le bréviaire sur son smartphone, entre l'application de messagerie, Blablacar et easyJet. Un vrai truc de jeunes. Il est d'ailleurs convaincu que les jeunes aimeraient renouer avec l'église et se dit « affligé de voir les églises fermées à l'heure où les jeunes sortent dans les bars. »

 

Charitable mais intransigeant

Quand on évoque la mauvaise image d'un christianisme rance qui enferme une partie de la société dans des schémas rétrogrades, et marque clairement le rejet de la différence, le jeune religieux se passe les mains sur le visage. Il marque un temps d'arrêt et balance : « L'Église n'a pas canonisé Charles Martel, ni les terroristes de l'Inquisition, ni les gentils petits bourgeois des années quatre-vingt qui savaient juger tout le monde et aimer personne. Elle a canonisé Mère Thérésa, qui a donné sa vie pour réconcilier les hindous et les musulmans, et pour soigner les intouchables. » Le jeune Américain n'a pas la langue de Molière dans sa poche, et n'hésite pas à marteler qu'être chrétien, c'est suivre le Christ, et pas un code moral opportuniste. « Il ne faut pas considérer la foi comme un truc qu'on peut ranger dans la boîte à gants et ressortir quand ça va mal. Il ne faut pas non plus la réduire à une sirène qui sème la panique. On n'est pas là pour poser des jugements politiques intempestifs au nom d'une Église dont on n'a pas le monopole. On est là pour suivre le message du Christ et se mettre au service de nos frères. »

Au service des pauvres

Et c'est bien ce qu'il fera. Même s'il sait que ce sera parfois difficile, Que parfois, la charité peut troubler. « Quand on est chrétien et qu'on aide les Rohyngias en Birmanie, on dérange. J'y étais, je peux en témoigner. » Mais peu lui importe. Hier, à l'issue de son ordination, le Supérieur des Missions étrangères de Paris lui a appris qu'il irait au Cambodge, où il servira l'évangile et les pauvres. Avant cela, il passera deux ans à Rome où il étudiera la théologie et le catholicisme dans sa rencontre avec l'Islam.

Alors, il s'envolera pour Phnom Penh. Comme les missionnaires de la charité, il devra mener une vie simple, « au niveau des populations que l'on sert, et peut-être même un peu en dessous ». Un changement qui pourrait s'annoncer comme un défi pour un jeune homme issu d'un milieu aisé. Mais quand on s'appelle Will Conquer (qui signifie « conquerra » en anglais), on est déjà armé pour gagner le cœur du peuple qui nous accueille.

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.