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VIDEO. "On en découvre chaque jour de nouveaux": ces restaurants "clandestins" qui ouvrent malgré les interdictions sur la Côte d'Azur

Mis à jour le 25/01/2021 à 11:56 Publié le 25/01/2021 à 06:56
Des résistants de la prohibition de la gastronomie (illustration).

Des résistants de la prohibition de la gastronomie (illustration). Photo AFP

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VIDEO. "On en découvre chaque jour de nouveaux": ces restaurants "clandestins" qui ouvrent malgré les interdictions sur la Côte d'Azur

Une dizaine d’établissements, peut-être beaucoup plus, sont entrés dans la clandestinité sur la Côte d’Azur. Les patrons prennent le risque de la désobéissance civile, s’exposant à de lourdes sanctions, pour ne pas sombrer définitivement.

Comme les "speakeasy" (type de bar clandestin. L'expression trouve son origine dans l'habitude qu'avaient les patrons d'établissements de demander à leurs clients de parler doucement) du temps de la Prohibition aux États-Unis entre 1920 et 1933.

Des restos clandestins! Mais ici et maintenant sur la Côte d’Azur. Nul ne sait combien ils sont exactement à braver les mesures gouvernementales interdisant jusqu’à nouvel ordre l’ouverture des restaurants.

"Au moins dix", assure Trévor, jeune marchand de biens à Antibes qui avoue s’être offert avec des amis au moins une dizaine de "clandos" différents depuis que la France a de nouveau été mise sous cloche sanitaire.

"En vrai, il y en a sans doute dix fois plus. On en découvre chaque jour de nouveaux." Loin du mouvement "IoApro" (Moi, j’ouvre) en Italie, la désobéissance civile se vit ici sous le manteau.

À Antibes, Cannes, Nice ou encore du côté du Cannet et du pays grassois, les "clandestins" restent discrets. Pas de pub, pas de "post" sur les réseaux sociaux. Juste la viralité du bouche-à-oreille.

Le cercle de clients fidèles

Le précédent de la descente de police, fin novembre, au Comptoir 2 Nicole à Nice, les incite à la plus grande des prudences.

Petits restos de quartier, pizzerias avec entrée dérobée mais aussi belle table bénéficiant d’un pas-de-porte loin des grands axes touristiques, ils gèrent les réservations dans leur cercle exclusif de "clients fidèles".

Entre les préoccupations sanitaires, l’analyse bénéfice/risque et leur "mort économique pure et simple", leur choix a été très vite fait: ces résistants de la prohibition gastronomique ont, il est vrai, en commun le fait de tenir la barre d’établissements en grandes difficultés.

Soit parce que l’antériorité de leur société n’était pas suffisante pour bénéficier de toutes les aides gouvernementales. Soit parce que la survenue de la pandémie en mars est tombée au pire des moments: après un gros investissement récent ou au terme d’un bilan 2019 déjà très fragile.

S’il ne peut pas cautionner, Frédéric Ghintran, le patron de la brasserie Félix Faure à Nice qui, au nom de Force Économique Unie (FEU), fut la voix d’une profession en péril, avoue comprendre ces décisions "désespérées": "Comment leur jeter la pierre ? Ils travaillent pour survivre! Malgré ce que croit le gouvernement, l’assistanat ne résout pas tout! "

La clandestinité assumée au menu

Comme un goût de convivialité, de liberté...
Comme un goût de convivialité, de liberté... DR

À l’entrée de ce resto du canton de Villefranche, Jérôme fait sa pause cigarette. Ses mains tremblent un peu. Son regard délavé, comme brouillé par des mois de nuits blanches d’angoisse, nous darde.

Il retient de justesse un si vain "Comment avez-vous su ?". À quoi bon. Son resto est ouvert, malgré la prohibition sanitaire.

La main dans le sac ? Sa première réaction, c’est le déni: "On accueille les gars du BTP. On fait du "à emporter". Quand ça gèle, on leur propose de manger au chaud..."

Un coup d’œil par-dessus son épaule: ses clients n’ont pas le look du maçon épuisé ou de terrassier affamé.

Plutôt de cadres ici, là d’une bande de commerciaux rigolards entre deux missions, au fond des retraités bon chic bon genre.

"Pas plus hors-la-loi qu’un resto d’entreprise"

Changement de stratégie. Jérôme passe en mode "défensif": "Ben quoi, je ne me sens pas plus hors-la-loi que les patrons des grandes entreprises de la Côte qui ont toujours le droit d’exploiter leurs restaurants d’entreprise. Chez eux, c’est parfois une centaine d’employés qui mangent dans la même salle et ici, quand je sers clandestinement quinze clients, c’est un monde ".

Depuis que la flambée de l’épidémie a repris à l’automne, que les restaurants ont dû de nouveau tirer le rideau, le patron de cette "belle table" est "entré en résistance". La culpabilité, oui, il l’a connue. "Mais entre deux maux, je n’avais pas le choix ".

À l’intérieur du "clando" qui, dans le monde d’avant servait à midi plus de quatre-vingt-dix couverts, une douzaine de clients occupent cinq tables qui semblent jouer à l’écarté.

Un couple de retraité se lève pour payer son addition: "C’est notre fils qui nous en a parlé. On le sait, c’est interdit. Mon mari à 70 ans, moi 65. Oui, nous sommes des personnes à risque, mais on a fait très attention et vous savez quoi ? On sort de là, totalement retapés. En vrai, c’est presque moins le menu, délicieux au demeurant, que cet enivrant brouhaha de verres qui tintent, de couverts qui claquent sur l’émail, d’éclats de voix mixé avec la musique d’ambiance qui a illuminé ce repas interdit: le chant de la vie! ".

Ne plus vivre dans la peur

Si ces restaurateurs entrés dans la "clandestinité" avaient besoin d’un avocat, ce couple serait sans doute leur meilleur ténor.

Car le risque qu’il prend, Jérôme le mesure: "Fermé, je suis mort. Une fermeture administrative ? Ça précipiterait l’inévitable ".

Patron d’un autre de ces "speakeasy" azuréens entre Antibes et Villeneuve-Loubet, Richnou dit la même chose: "Oui, on est le village gaulois. César peut nous tomber sur le râble, mais on n’en peut plus de vivre dans la peur. La peur du virus, la peur de tout perdre sans pouvoir se battre ".

Pour autant, le chiffre d’affaires de ses menus interdits est au mieux "une béquille": "Tu crois vraiment que si j’étais millionnaire, je serais là à faire le con, à me mettre hors-la-loi ? Tout ça pour quelques centaines d’euros de plus en caisse ? Je ne me paye plus, mais un resto c’est une équipe, sinon ça ne marche pas. Le chômage partiel, c’est bien beau, mais mes deux filles en salle, quand il n’y a plus de pourboires et qu’à la fin du mois, elles touchent 84 % d’un SMIC, tu peux imaginer comme c’est la fête à la maison ?! Rester ouvert en douce, ça me permet de nous éviter ça."

Spécieux ou pas, l’argument massue que, de sa grosse voix, Richnou assène comme un "circulez, s’il vous plaît" soulève aux quatre tables de son "clando" un tonnerre d’applaudissements: "Regarde, nous interpelle Trevor. Il a mis tellement de bouteilles de gel hydroalcoolique sur les tables que j’ai failli m’en servir un verre à la place de ce super bourgogne. Mais au-delà de ce plaisir interdit d’un resto entre pote, on est là pour soutenir ces restaurateurs qui sont en train de crever dans l’indifférence générale ".

Les risques: amende et fermeture administrative

On ne badine pas avec la prohibition sanitaire. Les restaurants qui bravent les arrêtés de fermeture s’exposent à de lourdes sanctions pour trouble à l’ordre public.

Les clients de ces "clandos" sont également passibles de poursuites, en l’espèce une amende de 135€. En cas de contrôle et de flagrant délit, l’autorité en charge des pouvoirs de police - en l’occurrence, le préfet et/ou le maire - peut alors sanctionner l’établissement pour infraction aux règles sanitaires, voire mise en danger de la vie d’autrui (compte tenu des risques de propagation de l’épidémie).

Le risque : du simple avertissement à la décision de fermeture administrative. Le maximum de la peine encourue est de deux mois maximum (trois mois s’il s’agit d’un établissement ayant l’autorisation de vente de boissons alcoolisées). À cet arsenal dissuasif, des amendes peuvent être également délivrées.

En cas de multirécidiviste (verbalisation à plus de trois reprises dans un délai de trente jours), les contrevenants encourent une amende de 3 750 euros et une peine d’emprisonnement de six mois maximum.

À Cuneo, Fabrice est le porte-étendard du mouvement « IoApro » (« Moi, j’ouvre ») lancé vendredi 15 janvier dans tout le pays.	(DR)
"Moi j'ouvre!", ou la révolte des restos en Italie

"#IoApro!". Sous ce hashtag "Moi, J’ouvre", les restaurateurs italiens avaient décidé en fin de semaine dernière de lancer, partout dans le pays, un appel à la "désobéissance civile".

Le mot d’ordre sur les réseaux sociaux appelait à rouvrir le 15 janvier malgré les restrictions d’ordre sanitaire en vigueur.

À Cuneo, Fabrice Tribbioli, franco-italien, propriétaire du Fuera, un restaurant ambiance tapas, était un de ces rebelles: près de 50 000 professionnels de la restauration avaient inondé le Net du hashtag "IoApro".

À l’arrivée, les "IoApristes" ne furent sans doute que quelques milliers à effectivement sauter le pas. Et surtout à le faire savoir, quoiqu’il leur en coûte. À visage découvert.

Témoins ces centaines de vidéos filmant des salles de restaurant ouvertes, parfois des scènes de liesse en mode "retour à Zombieland" et, quelquefois, des images de clients solidaires repoussant pacifiquement mais bruyamment les carabiniers venus exiger la fermeture immédiate de ces "speakeasy" transalpins.

Désobéir pour ne pas devenir un voleur

À Cuneo, Fabrice Tribbioli est devenu le symbole de cette rébellion. Alors que l’appel à la désobéissance devait se limiter au vendredi 15 janvier, le patron du Fuera a joué les prolongations, jusqu’au mardi suivant.

Ce qui devait arriver arriva. Descente de la police. PV en cascade: 2.000 euros d’amende. Et, fatalement, un mois de fermeture administrative. "Quand les carabiniers sont intervenus, il y avait moins de dix clients auxquels on avait pris la température. Je ne suis pas un fou, moi aussi j’ai peur de la Covid."

Auto-proclamé "civil désobéissant", Fabrice n’entend cependant pas en rester là. Son acte de "résistance" - et les sanctions qui en ont découlé - a suscité une vague de soutien, notamment des parlementaires de Frères d’Italie, mais aussi de nombreux élus de la Ligurie: "Si j’ai désobéi c’est que je ne veux pas aller voler!", plaide-t-il en annonçant que son combat continue et qu’il entend le porter jusqu’au plus haut de l’État.

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