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VIDEO. Exercice de sauvetage en mer grandeur nature au large du Cap-Martin

Ce mercredi 1 mars, dans l'après-midi, les deux entités de sauvetage ont réalisé un exercice grandeur nature dans la baie du Cap-Martin: récupérer une victime sur la vedette pour la transporter en hélicoptère

Thibaut Parat Publié le 03/03/2017 à 08:06, mis à jour le 03/03/2017 à 08:06

Sur le tarmac de l'héliport de Monaco, six hommes sortent de leur mastodonte estampillé Marine. Nom de code: Guépard Victor, de type Dauphin. Un beau bébé à hélices de 4 tonnes.

Ces militaires semblent tout droit sortis du film Top Gun. Uniformes kakis truffés d'écussons, lunettes de soleil à la Tom Cruise, solides carrures… Sur la plateforme "Bravo", la poignée de mains est franche avec les bénévoles en orange de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) de Menton. Quand les hommes des airs collaborent avec ceux de la mer.

Mélange des genres pour un credo commun: sauver des vies des entrailles de la Grande bleue. Cet après-midi-là, l'exercice est aussi spectaculaire - aux yeux d'un néophyte - que routinier pour ces professionnels du sauvetage en mer. Un hélitreuillage en condition réelle. Pas une mince affaire, surtout quand les conditions météorologiques sont dantesques.

 

Et ça tombe bien, si le ciel vire au bleu azur, le dieu Eole lui souffle bien volontiers. "Force 3", confirme Pascal Bellanger, patron de la SNSM. Un léger courant d'air pour ces marins confirmés. "On va tout de même se mettre à l'abri du Cap Martin pour l'exercice."

Direction la baie mentonnaise. 15h22. Le Cross Med est informé du début de la manœuvre. "On a récupéré une victime, soit blessée, soit en état d'hypothermie. Et dans ce scénario-là, le meilleur moyen pour l'évacuer d'urgence est l'hélicoptère", détaille Frédéric Perrier, président de la SNSM locale. "Cap 240. Vitesse dix nœuds", dicte le pilote de l'hélicoptère à la vedette Saint-Michel II de la SNSM. Le militaire aux commandes de la "bête" impose ses conditions. Pour être face au vent.

"C'est pour une meilleure portance de l'appareil", justifie Frédéric Perrier. Un cap qui ne fait pas forcément les affaires de l'embarcation orange. Qui fracasse sa coque sur les vagues. ça tangue à bord. Mais aucun signe de panique apparent. Une fois la victime conditionnée sur le pont et le bilan santé effectué, la silhouette du plongeur descend doucement du ciel pour atterrir à l'arrière du bateau.

L'oiseau de fer n'est qu'à quelques mètres de la vedette. Le souffle puissant provoque des embruns tout autour. Le bruit est assourdissant. Alors que l'homme-grenouille repère les lieux à bord, l'hélicoptère disparaît une première fois. Avant de repointer le bout de son nez, quelques instants après. La civière est descendue par le treuilliste. La fausse victime est alors hissée dessus grâce à la dextérité infaillible de ce dernier. 

15h47. Il a fallu une petite quinzaine de minutes pour sauver une vie. Un geste héroïque pour les badauds que nous sommes. Une normalité déconcertante pour ces hommes de l'extrême, dont les interventions se font parfois dans des conditions bien plus périlleuses (lire par ailleurs).

"Messieurs, merci pour le temps que vous nous avez consacré. C'est toujours un plaisir de faire un exercice à vos côtés". La voix du pilote résonne à la radio comme un épilogue de film. L'hélicoptère s'évanouit dans l'horizon brumeux, non sans avoir effectué quelques cabrioles pour épater la galerie.

 

La classe.


"La première chose qu’il faut analyser, c’est l’environnement qui nous entoure"

Ils forcent le respect par leur flegme apparent. Qu'il pleuve ou qu'il vante, ces hommes de la Marine Nationale peuvent intervenir à tout moment. De jour comme de nuit. Une fois dans le cockpit de "Guépard Victor", le sourire disparaît.

Chacun connaît son rôle sur le bout des doigts. La communication est omniprésente. Par la connexion radio, forcément. Mais aussi par un geste ou un regard. Tour à tour, le trio clé (le pilote, le treuilliste et le plongeur) nous livre les secrets d'une opération maîtrisée de bout en bout.

Mathieu, 35 ans, premier-maître plongeur depuis quatre ans

Photo S.B..

"La première chose qu'il faut analyser, c'est l'environnement qui nous entoure. Il n'est pas toujours facile. Ça demande une grande dissociation d'attention : devoir surveiller l'hélicoptère qui peut subir une panne et travailler dans son souffle avec le treuil qui se balance dans tous les sens.

Le tout en prenant soin du ou des naufragés que l'on secoure. Je suis le seul à ne pas être branché par radio à l'hélicoptère. On communique donc par des gestes simples avec le treuilliste.

Il faut une vraie complémentarité entre lui et moi. On le sait par un regard si une chose ne tourne pas rond. À la base, je suis le seul issu du monde des bateaux. Nous ne sommes plus trop surpris par les conditions en mer. La détresse des gens peut nous marquer.

Certains n'ont pas la perception du danger. Je me rappelle être allé chercher des gens qui étaient bloqués sur une digue au Touquet, ils étaient presque surpris des moyens déclenchés pour aller les secourir…"

 

Jérémy, 36 ans, premier-maître et treuilliste depuis 2004

Photo S.B..

"Le treuilliste va être d'une aide précieuse au pilote et au copilote pour la tenue de la machine. Je surveille les paramètres et la mécanique. On s'occupe aussi du personnel qui va embarquer dans la machine, en tant que passager, mais aussi du plongeur.

Les qualités requises sont le calme, avoir une aisance au niveau des mouvements de l'hélicoptère, être très attentif à l'environnement et aux fréquences radio. Il y a une vraie symbiose entre le plongeur et le treuilliste. On s'adapte en fonction des obstacles que l'on rencontre sur le bateau. Dernièrement, le voilier d'une personne a coulé. Nous sommes intervenus en pleine nuit.

Il était seul dans son canot individuel de survie. Nous avons dû l'hélitreuiller. C'était assez particulier car l'hélicoptère n'a pas de tenue en stationnaire automatique.

Le pilote a dû pourtant maintenir en stationnaire, sans lumière ambiante. Sans repères, c'était plus compliqué pour le treuillage, d'autant plus dans un lieu exigu sans connaître l'état de la victime. C'était un cas auquel je n'avais pas été confronté."

Landry, 35 ans, lieutenant de vaisseau et pilote depuis douze ans

Photo S.B..

"La principale difficulté pour le pilote, c'est la taille du bateau car il faut avoir des repères pour tenir l'hélicoptère en stationnaire. Il faut voler très bas vers le bâtiment pour le voir bouger. Poser un homme sur une surface qui se déplace à 20 km/h et qui fait 1m², c'est délicat.

Mais c'est un travail d'équipe. Avec l'expérience et l'entraînement, on connaît nos rôles par cœur. Je me souviens d'une opération effectuée sur un cargo, au sud de Marseille.

En pleine nuit, à trois heures du matin, il y a eu une avarie. Le capitaine s'est levé très rapidement, mais a chuté et s'est ouvert le crâne. La mer était démontée, il y avait un vent de folie. Il était surpris qu'on vienne le chercher au vu des conditions dantesques.

Pour lui, ce n'était pas faisable un sauvetage dans ces conditions-là."

 

"I want you for SNSM" : les sauveteurs recrutent

La station SNSM de Menton espère engager prochainement entre dix et quinze sauveteurs bénévoles. Photo S.B..

"On a tout le temps des postes à pourvoir", souffle Frédéric Perrier, le président de la station mentonnaise des sauveteurs en mer. Avec la ferme intention de rajeunir et de diversifier ses effectifs, il a lancé il y a quelques semaines une vaste opération de recrutement de bénévoles. "Nous avons réalisé une campagne d’affichage dans les différents quartiers de Menton. Une dizaine de personnes se sont présentées, mais il nous faudrait une dizaine ou une quinzaine de personnes en plus pour un fonctionnement optimal", explique-t-il.

L’âge moyen des sauveteurs s’élevant à 49 ans, Frédéric Perrier espère avant tout que ce soit "des jeunes qui frappent à la porte". "Nous devons recruter principalement des jeunes de 18 à 25 ans pour les former. Notre objectif actuel, c’est de recruter les patrons de demain", explique le quarantenaire avec aplomb.

Seconde ambition du président, donner plus de poids aux sauveteuses dans l’effectif. Pour cause, la gente féminine ne représente que 7% des effectifs nationaux de la SNSM. "Il nous faut plus de femmes. C’est important pour la parité d’une part, mais aussi car il nous faut diversifier les compétences, sur le plan physique ou psychologique", insiste-t-il.

Malgré la solide volonté affichée, Frédéric Perrier s’inquiète. "Comment recruter des bénévoles alors que l’activité de la SNSM présente beaucoup de contraintes au niveau individuel?", s’interroge-t-il. En effet, "les sauveteurs peuvent être appelés à tout moment, 24 h sur 24, 7 jours sur 7". Néanmoins, il table sur les formations proposées aux sauveteurs pour convaincre.

"Certes, c’est une activité qui exige de l’altruisme, de la solidarité, du partage… Mais aucune compétence n’est prérequise à part la condition physique. Avant de devenir sauveteurs embarqués, les postulants bénéficient d’une formation de trois mois qui peut ensuite être complétée par des diplômes officiels", conclut le président.

Pour postuler, rendez-vous à la permanence de la SNSM sur le Vieux-Port de Menton, près de la cale de halage, quai Napoléon-III, tous les vendredis de 17 h à 20 h. Rens. 06.75.85.04.20.

Offre numérique MM+

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