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VIDEO & PHOTOS. On a visité le musée Cocteau pour la première fois depuis que la tempête Adrian a frappé Menton

Mis à jour le 22/03/2021 à 13:17 Publié le 22/03/2021 à 12:00
Les dégâts provoqués par la tempête Adrian sont encore visibles

Les dégâts provoqués par la tempête Adrian sont encore visibles (Photo JFO)

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VIDEO & PHOTOS. On a visité le musée Cocteau pour la première fois depuis que la tempête Adrian a frappé Menton

Depuis la tempête qui l’a inondé en 2018, ce phare culturel de Menton est vide, et sa collection en restauration pour encore longtemps. Pourquoi est-ce si long? Quels sont les dégâts réels? Décryptage et visite inédite du musée sinistré

C’est un phare posé au bout de la promenade du Soleil. Un phare éteint. Soufflé par la lame de fond qui a noyé sa précieuse collection. Ce phare culturel, c’est le musée Jean Cocteau-Severin Wunderman, à Menton. Près de trente mois après la tempête Adrian, ce phare se cherche toujours un nouveau cap.

"Les gens demandent souvent quand ça va rouvrir. Un grand bâtiment comme ça, vide, ça fait mort. Menton et Cocteau, c’est quand même une histoire commune..." Depuis son bien nommé Café du Parvis, Pascal Meyer contemple le musée assoupi. Ce restaurateur y tenait la cafétaria, aussi. Il aspire à le voir renaître. à l’instar de Jean-Claude Guibal. "Monsieur le maire m’a dit qu’il voulait que ça rouvre au plus vite. Il ne veut pas que ça reste à l’abandon."

95% de la collection a pris l’eau

Pour l’heure, le phare se sent bien seul. Et cela ne date pas de la crise du coronavirus. La faute à cette vague monstrueuse qui a envahi ses sous-sols, le 29 octobre 2018. Un "mini raz-de-marée", dixit Rudy Ricciotti. Pour la première fois depuis, l’architecte varois évoque, dans Nice-Matin, le sort du musée qu’il a dessiné (lire en pages suivantes). Un écrin taillé pour la collection unique léguée par feu Severin Wunderman.

Françoise Leonelli, la conservatrice en chef, dévoile le sous-sol convalescent du musée, désormais assaini par un déshumidificateur.
Françoise Leonelli, la conservatrice en chef, dévoile le sous-sol convalescent du musée, désormais assaini par un déshumidificateur. (Photo Cyril Dodergny et Jean-Pierre Rey)

Cette collection, on comprend aujourd’hui qu’elle a souffert bien plus qu’on ne l’a dit. Les chiffres dévoilés par Françoise Leonelli, la conservatrice en chef, disent l’ampleur du désastre. 95 % des œuvres ont pris l’eau. 85 % ont été endommagées. 78 (soit 3%) sont irrécupérables. Et 71 ont été perdues.

"Un énorme gâchis"

"Ça a été un traumatisme pour nous tous", insiste la conservatrice. Dans le monde feutré de l’art, la vague a laissé des traces. Attention, sujet sensible ! Peu d’intervenants consentent à s’exprimer, même en off pour certains. Pourtant, la gestion de crise par le musée a été vertement critiquée. "C’est un énorme gâchis. a fait mal au cœur. Une œuvre d’art est authentique, elle n’est pas remplaçable", soupire un témoin intervenu lors des opérations de sauvetage.

Il y a donc la collection, en cours de restauration, hébergée au musée de préhistoire régionale de Menton. Et puis il y a ce phare. Ce musée dont les piliers blancs ondulent face à la mer, mais dont les portes restent barrées par des grilles. Nice-Matin a obtenu l’autorisation de les franchir. Pour raconter les coulisses d’une lente résurrection.

Le rez-de-chaussée, entièrement vide et privé de faux plafond.
Le rez-de-chaussée, entièrement vide et privé de faux plafond. (Photo Cyril Dodergny et Jean-Pierre Rey)
Visite guidée sur les traces de la tempête Adrian

"Ligne(s) de vie." Le nom de l’exposition temporaire de Valerio Adami accueille le visiteur. L’intitulé résonne comme un message d’espoir face au vide des lieux. Le fil conducteur d’une existence en suspens, pour le musée Jean Cocteau-Severin Wunderman.

Des visiteurs, il n’en passe plus guère depuis le 29 octobre 2018. Nous comptons parmi les rares privilégiés à découvrir l’envers du décor. La conservatrice, Françoise Leonelli, nous a ouvert les portes, dont l’accès reste barré par une grille de chantier. Visite guidée inédite depuis la tempête Adrian.

Première impression ? Le vide, ou presque. Une étagère de chantier, un filet qui coupe en deux le rez-de-chaussée, un transpalette, une poubelle. Et l’entêtant "bip bip" de l’alarme qui rythme nos pas. Le grand comptoir blanc semble bien esseulé. Le sol est sali, sans être crasseux. Depuis l’évacuation du musée, le temps semble y avoir suspendu son vol. "Il y a encore nos bottes, voyez..."

Le faux plafond éventré

à vrai dire, "le rez-de-chaussée a été relativement épargné", souligne Françoise Leonelli. De l’eau s’est bien infiltrée par l’issue de secours, côté mer. Mais rien à voir avec la vague qui a envahi la coursive pour s’engouffrer au sous-sol. La baie vitrée qui a cédé sous son poids est à présent murée. Face à elle, des caillebotis en bois empilés et du matériel de chantier.

"Ligne(s) de vie." L’exposition temporaire a été surprise à une semaine de son terme. Elle laisse derrière elle des cimaises orphelines et un faux plafond éventré – "pour vérifier qu’il n’y avait pas d’infiltration". La collection permanente, elle, patientait au sous-sol. Nous y suivons Françoise Leonelli, avec prudence : la dalle a été retirée, ne laissant derrière elle que quelques gravats – "de l’eau s’était infiltrée en-dessous".

On craignait d’être pris à la gorge par des relents de moisissure. En baissant le masque, on ne perçoit finalement qu’une légère odeur de renfermé. Comme dans une cave relativement ventilée. L’explication tient à cet engin jaune qui turbine, depuis peu, dans la salle des ateliers d’encadrement. Françoise Leonelli précise : "On a récemment installé des déshumidificateurs pour permettre au bâtiment de respirer, étant donné qu’il est clos et hermétique. Pour éviter que l’humidité ne continue à endommager ce qui peut l’être. On est à proximité de la mer, les taux d’humidité montent très rapidement."

Au bas des marches, dans la semi-pénombre, Françoise Leonelli désigne un point invisible, à hauteur d’homme : "L’eau est arrivée jusque-là." On imagine la marée nocturne qui a submergé la collection Wunderman. Et les sapeurs-pompiers s’immergeant sans relâche pour sauver tout ce qui pouvait l’être, plongeurs à l’appui.

De l’eau à hauteur d’homme

On pénètre dans ce qui fut le centre de documentation. "On a malheureusement perdu beaucoup de choses, pour se concentrer sur les œuvres." Justement. La salle suivante abritait les œuvres non encadrées, dans des rayonnages et de grands meubles. L’eau est montée à 1,70 m de hauteur. "Ce sont les œuvres qui ont le plus souffert", relève la conservatrice.

Après l’inondation, il a fallu "retirer les sols, les portes, les cloisons moisies..." Le faux plafond a subi le même sort qu’au rez-de-chaussée. Un peu partout, les cloisons décharnées pleurent le temps où s’y affichaient dessins et peintures de Cocteau. Notamment dans la grande réserve des œuvres encadrées, située côté mer. "Elles étaient plongées dans l’eau..."

Visite d’expert imminente

Aujourd’hui, la collection Severin-Wunderman se refait une santé au musée de préhistoire régionale. L’édifice dessiné par Rudy Ricciotti, lui, est confronté à plusieurs inconnues. Quels travaux y seront réalisés ? Quand ? Pour combien ? Et quand reverra-t-il la collection auquel il doit son nom ?

Les assurances ont pris en compte la restauration des œuvres. Pour le musée, la bras de fer ne fait que commencer. "Un expert judiciaire doit venir dans les prochains jours, pour évaluer l’état du bâtiment et établir un diagnostic", annonce Françoise Leonelli. Cette visite était prévue il y a un an. Selon elle, le confinement a tout retardé.

Face aux stigmates d’Adrian, la conservatrice éprouve "un sentiment de tristesse". Mais elle assure que le musée retrouvera bien sa ligne de vie. Question de temps. Elle veut y voir "l’occasion de repartir sur des bases différentes."

L’accès à la porte close du musée, face au parvis, reste barré par des grilles de chantier.
L’accès à la porte close du musée, face au parvis, reste barré par des grilles de chantier. (Photo Cyril Dodergny et Jean-Pierre Rey)

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