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Vague de polémiques Panique sur la digue sur la Principauté Projet Caroli : un risque à 400 M€ ?

Mis à jour le 26/12/2019 à 10:08 Publié le 26/12/2019 à 10:08
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Vague de polémiques Panique sur la digue sur la Principauté Projet Caroli : un risque à 400 M€ ?

La Principauté n’aime pas faire de vagues. C’est dans son ADN. Sauf que cette année, plusieurs déferlantes, et pas seulement pendant la No Finish Line, ont alimenté le débat public

Ce courrier constitue probablement le clash le plus sanglant de l’année en Principauté. Le mardi 15 octobre, soit deux semaines avant la séance législative au cours de laquelle devait être examiné le projet de loi relatif au Contrat de vie commune, Mgr Bernard Barsi a sorti sa plume la plus acérée pour rappeler les grands principes de la Constitution monégasque, ce pays où le catholicisme est religion d’État.

Dans cette lettre adressée aux élus, au gouvernement et au prince souverain, qui devait rester privée mais dont nous avons eu connaissance, l’archevêque de Monaco n’était pas formellement opposé à ce texte, mais il souhaitait que celui-ci recouvre toutes les situations de cohabitation sous un même toit, et pas seulement celle de deux personnes dans un même lit, qu’elles soient de sexes différents ou pas. Sa crainte étant que cette loi devienne l’antichambre du « mariage pour tous ».

« Légiférer de manière spécifique en faveur de l’union libre va bien au-delà de la portée du texte, écrivait Mgr Barsi. C’est mettre en danger la stabilité de nos institutions, en éloignant toujours davantage la législation monégasque de la doctrine de l’Église. C’est aussi mettre en difficulté la personne du Prince. »

Il enfonçait le clou : « Ce projet tel qu’il est amendé constitue une menace pour l’institution matrimoniale. Créer une loi spécifique à la communauté de lit ne relève plus d’une réponse pragmatique, mais d’une volonté politique et idéologique : l’égalité des couples hétérosexuels et homosexuels qui ne pourra être atteinte, à échéance, que par la légalisation du mariage de personnes du même sexe. »

Depuis, le Conseil national a adopté un texte qui satisfait finalement tout le monde. Le projet de loi relatif aux contrats civils de solidarité constitue une avancée importante pour les couples non mariés hétérosexuels ou homosexuels, qui vont enfin avoir des droits par l’un des deux volets du texte qui concerne le contrat de vie commune. Le second volet du texte intègre donc la cohabitation familiale.

Comme l’archevêque le souhaitait.

Dans un pays qui fait de la sécurité son atout maître, la décision prise le samedi 23 novembre est juste aberrante. Ce jour-là, la France est en alerte orange et s’apprête à virer au rouge, en raison des fortes pluies et d’une houle impressionnante. Le plan Orsec est déclenché, les Français sommés de rester chez eux. Et pendant ce temps-là, à Monaco, les organisateurs de la No Finish Line, avec le feu vert du gouvernement, rouvrent la digue de Fontvieille aux marcheurs et coureurs.

Erreur fatale. Vers 15 h, une vague submerge la digue et balaie une dizaine de participants qui manquent de basculer par-dessus la rambarde. Des images stupéfiantes ont été captées par une caméra de vidéosurveillance et se sont retrouvées sur les réseaux sociaux, avant d’être très largement partagées. Une enquête a d’ailleurs été ouverte pour découvrir comment cette vidéo avait été subtilisée. Une autre vague a réussi à emporter une femme âgée de 40 ans et à la faire chuter de la digue. Cette Française, résidente monégasque, a subi plusieurs fractures en atterrissant sur une voiture - à qui elle doit sans doute son salut -, en contrebas de la digue, côté port de Fontvieille.

Autre aberration de la journée, les clients du restaurant « Les Perles de Monte-Carlo », posé tout au bout de la digue et curieusement resté ouvert pendant cette alerte météo, ont fait l’objet d’une opération de sauvetage par les sapeurs-pompiers de Monaco, qui aura duré plusieurs heures. Une débauche de moyens qui aurait pu être évitée, si les bonnes décisions avaient été prises à temps…

Le prince Albert II, dans le long entretien accordé à Monaco-Matin quelques jours avant la Fête nationale (lire notre édition du 19 novembre), s’est voulu rassurant. « Je ne suis pas inquiet parce que les premiers éléments de l’expertise démontrent le bien-fondé de la décision qui a été prise de ne pas donner suite à ce projet. Je ne suis pas opposé à ce qu’un accord à l’amiable soit recherché, à condition qu’il rétablisse l’État dans ses droits légitimes. »

Certes, la recherche d’un tel accord serait une solution apaisée et, surtout, économique pour l’État monégasque. Car les sommes en jeu sont considérables. Un mois plus tôt, le Ministre d’État Serge Telle, au Conseil national, reconnaissait même que « les enjeux de ce dossier sont importants pour les finances publiques ». On parle en effet de la somme astronomique de 423 millions d’euros !

Pour ceux qui montent dans le bateau en marche, rappelons de quoi il s’agit. Début 2016, le groupe Caroli dévoilait son projet sur l’esplanade des Pêcheurs, au bout du quai Antoine-Ier. Chiffré à 500 Me, il se composait de deux musées et d’un immeuble d’habitation de 40 logements, le tout pensé par l’architecte star Rudy Ricciotti.

Seulement voilà, l’emprise du projet met en péril l’organisation du Grand Prix de Monaco. Michel Boeri, le président de l’Automobile Club, le dit très clairement, dans nos colonnes et en coulisses, au plus haut niveau de l’État. Le souverain ne peut pas prendre le moindre risque concernant l’événement phare de la Principauté. Le permis de construire n’est pas accordé. Débute alors un bras de fer sur la question des dommages et intérêts que réclame le groupe Caroli après qu’un protocole d’accord a été signé en 2014 entre l’État et lui. Sans compter que le Tribunal Suprême, le 30 novembre 2018, jugeait illégal le retrait de la signature de l’État. Dans son droit, le promoteur réclamait donc une indemnisation pharaonique.

La voie de la recherche d’un accord à l’amiable, prônée par le souverain, serait la plus sage, en tout cas pour les finances publiques de la Principauté.

Habituellement, c’est dans l’enceinte du Conseil national que s’affrontent élus et membres du gouvernement. Mardi 18 juin, Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre de l’Equipement, et Stéphane Valeri, président du Conseil national, ont répondu à l’appel non pas du général De Gaulle mais de la Jeune chambre économique de Monaco, pour participer à un petit-déjeuner sur le thème « Peut-on concilier qualité de vie et développement économique en Principauté ? ».

Les discussions se sont avérées très houleuses. Sur les travaux menés au bas du boulevard du Jardin-Exotique, d’abord. « Nous sommes entrés dans le Guinness des records, attaque Stéphane Valeri. Parfois, il y avait plus d’ouvriers pour faire la circulation que pour travailler. On ne peut pas bloquer la circulation sept mois pour 200 mètres de travaux. » Aux réponses techniques de la ministre, l’élu rétorque : « Ce n’est pas recevable par les élus des Monégasques. »

Sur la gratuité des bus, ensuite. « On a vingt ans de retard sur le sujet », clame le président du Conseil national, qui défend cette idée. « Une fausse bonne idée, répond Marie-Pierre Gramaglia. La gratuité des bus n’aura aucune incidence sur la circulation. » « Donc, au Luxembourg, qui va décréter la gratuité sur son territoire, ce sont des abrutis ? » « C’est de la démagogie ! », s’agace la ministre. Quelques mois plus tard, le gouvernement a toutefois décidé d’expérimenter la gratuité des bus sur une ligne, probablement la ligne numéro 4, pour six mois à partir d’avril 2020.

Une partie de la soirée, les pompiers ont secouru, une à une, les victimes coincées dans le restaurant Les Perles de Monte-Carlo.
Une partie de la soirée, les pompiers ont secouru, une à une, les victimes coincées dans le restaurant Les Perles de Monte-Carlo. Cyril Dodergny
Deux musées et un immeuble de 40 logements étaient en projet.
Deux musées et un immeuble de 40 logements étaient en projet. Groupe Caroli
J.-F.O.

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