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Une ode à la cohabitation entre urbanisme et nature

Mis à jour le 25/11/2018 à 05:04 Publié le 25/11/2018 à 05:03
Les participants à l'atelier ont réfléchi au concept d'arbres en ville. Évoquant naturellement les magnolias de l'avenue de Verdun, dont l'abattage est imminent.

Les participants à l'atelier ont réfléchi au concept d'arbres en ville. Évoquant naturellement les magnolias de l'avenue de Verdun, dont l'abattage est imminent. Cyril Dodergny

Une ode à la cohabitation entre urbanisme et nature

À l'occasion de la « Journée de l'arbre et des forêts » organisée hier par l'Aspona, le paysagiste urbaniste Jean-Pierre Clarac a proposé des ateliers de réflexion en ville. Focus sur les jardins Biovès

Entouré, devant la gare, d'une grappe de Mentonnais venus participer à la Journée de l'arbre et de la forêt, le paysagiste urbaniste Jean-Pierre Clarac clarifie d'emblée les choses. Pas question pour lui de jouer au béni-oui-oui. « Ce qui nous préoccupe aujourd'hui, c'est l'arbre en ville. Est-ce une aberration ? Oui. On sait qu'il est chez lui en forêt. Mais nous sommes des maniaques et nous avons besoin de nous l'approprier. »

L'un des principaux problèmes à cela, expose-t-il, c'est qu'un arbre n'est dans de bonnes conditions que quand il est en communauté. « Chacun a son rôle. À vingt, ils savent résister à tout. Mais quand un arbre est seul, il est sans interdit, incapable de se réguler. Il devient un invasif. » Et surtout un orphelin, avec des lacunes. Pas question pour autant d'éradiquer la végétation urbaine existante, mais de faire au mieux pour reconstituer son milieu.

Non aux « morts-vivants »

« L'une des questions à se poser, c'est : quelle dimension minimale faut-il appliquer pour que les arbres se sentent en forêt et puissent vivre ? » La réponse oscille entre 35 et 50 mètres. « Il faut retenir une chose. Un arbre n'est pas fait pour mourir. La preuve, le plus vieux d'entre eux a 44 000 ans, en Nouvelle-Zélande. C'est le milieu extérieur qui tue les arbres. » À commencer par un trop faible espace accordé pour qu'il puisse se déployer. L'équation est simple à résoudre : moins il aura de terre, moins il vivra longtemps. « Quand on réserve seulement 3 m3 de sol par arbre, on a pour projet d'installer des morts-vivants. Ils mourront dans 25 à 30 ans. »

À ce titre, la rigueur militaire qu'imposait Haussman est en mesure d'apporter quelques réponses. Du point de vue de ce dernier, les arbres de première dimension (du type platane) devaient en effet être plantés à 10 m des façades. Un arbre de deuxième dimension à 7 mètres. Pour un végétal de troisième dimension, 4 à 5 mètres suffisent. À Nice, les avenues Delfino et Victor-Hugo respectent ainsi ces règles. « Dans ce cas de figure, le bâti se porte bien, les arbres aussi. Tout cohabite à merveille », souligne Jean-Pierre Clarac.

Tandis que la petite troupe se dirige vers l'avenue de Verdun, où un objet d'étude les attend : les magnolias - dont l'abattage annoncé par la mairie pourrait démarrer dès lundi, selon les informations de l'Aspona (Association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune, Menton et environs), organisatrice de l'événement.

Désignant les végétaux menacés, le spécialiste précise que l'espèce fait partie des arbres de deuxième dimension. Autant dire qu'il aurait fallu, selon la logique d'Haussman, qu'ils soient plantés à 7 mètres des immeubles. « Mais en 1903, il n'y avait pas de bâtiments… », souffle-t-on dans l'assemblée.

Pour Jean-Pierre Clarac, le constat est sans bavure : « Ces magnolias sont condamnés, ils ne peuvent s'épanouir ainsi. Ils sont faits pour être déplacés. » Des arbres de troisième dimension, en complément des platanes qui ombragent, pourraient assurer la succession. « Accepter un arbre en ville, c'est accepter de partager l'espace entre cette végétation et l'homme. Dans de bonnes conditions, l'arbre devient véritablement un compagnon de la cité. »

« Il faut faire preuve d'humilité »

Et d'inviter les décideurs politiques à prendre des mesures pour anticiper l'impact du changement climatique. En travaillant à « bio climatiser » leurs villes. Grâce… aux végétaux. « Une commune bien bio climatisée accuse 5 à 6 degrés de moins en été. Il faut notamment rendre les villes perméables, permettre à l'eau de s'infiltrer via des trottoirs aérés, des jardins en creux, des enrobés drainants… », fait remarquer le paysagiste.

Pour qui une autre question s'impose avant de planter à tout va : quelle place accorder à la mondialisation dans le choix des espèces ? « Dans les jardins Biovès, j'ai tous les continents sous mes yeux. Mais les clones ne sont pas dans de bonnes conditions pour affronter les aléas. Entre autres parce qu'ils n'apportent pas de biodiversité ». De l'avis de Jean-Pierre Clarac, l'armature des projets de végétalisation doit donc être locale. À hauteur de 80 % des sujets plantés. Mieux vaut donc privilégier les espèces méditerranéennes, davantage en mesure de s'adapter au milieu et à ses aléas.

« Il faut faire preuve d'humilité devant la nature plutôt que de miser sur le m'as-tu-vu. Le vrai combat à mener, c'est de se battre pour un temps long quand on parle d'arbres ».


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