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Un forgeron met les métiers d'antan au musée à Gilette

Mis à jour le 11/12/2019 à 20:35 Publié le 11/12/2019 à 18:00
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Illustration Photo F.C.

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Un forgeron met les métiers d'antan au musée à Gilette

À Gilette, le forgeron Pierre-Guy Martelly et son épouse Sylviane font vivre depuis 20 ans un sanctuaire des métiers manuels afin de transmettre aux jeunes générations les savoir-faire anciens.

Elle est là, la fameuse « ferouil » qui donne son nom au musée de Gilette, petit village perché entre la vallée du Var et celle de l’Estéron.

"Il s’agit d’une grande serrure en bois inventée en Kabylie", souffle Pierre-Guy Martelly en montrant son fonctionnement. Point d’orgue d’une jolie plongée dans l’univers collectionneur du forgeron de Gilette. Une visite dans les souvenirs comme un roman de Pagnol où l’on plonge avec délice.

"Avec Pierre, on est vite au spectacle. Il n’a pas son pareil pour raconter les histoires. Vous le verriez, quand il explique les métiers anciens, quand il amène les groupes au village pour évoquer les commerces, les artisans qui ont aujourd’hui disparu... Les gens badent devant les portes fermées."

C’est ça, le bonheur, le vrai, pour Sylviane, son épouse. Laisser Pierre-Guy donner libre cours à ses envies, à son talent, à son art. L’entendre diffuser ces petits bouts de joyeuse nostalgie aux autres. Le voir rendre l’"antan" plus vivant que jamais.Une passion contagieuse concrétisée il y a tout juste 20 ans.

Comme un dictionnaire, cette histoire a commencé par un "a". Celui du mot amour. Il aimait le fer. Elle l’aimait dur comme fer. De là est né Lou Ferouil. Fusion parfaite.
Pierre-Guy, enfant de la forge, fourré dès ses 6 ans dans le tablier du dernier maréchal-ferrant de Gilette, Roger-Séraphin Borrelly, y apprendra sa passion.

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Illustration Photo F.C.

Fraiseur-ajusteur de profession, puis ouvrier forestier pendant 19 ans, Pierre-Guy depuis toujours collectionne, restaure, façonne, invente. Et ce musée qui lui trottait dans la tête l’a, depuis 20 ans, dévoilé, transcendé.

"Quand on a eu l’idée de Lou Ferouil, ça ne se passait pas très bien pour Pierre au travail, retrace Sylviane. Nous avions hérité de ce terrain familial sur la route de Gilette. Je n’ai pas hésité une seconde à le pousser vers ce projet de musée."

Avec les pelotons de Gilette

Elle lui fait confiance pour réaliser son rêve. Bénévole, à fond. Elle assure la promotion. Un parcours du combattant pour que le musée trouve sa place auprès des 2 000 à 3 000 visiteurs qui s’y rendent chaque année.

Montage financier, organisation de circuits touristiques, relations publiques… Sylviane, secrétaire de mairie, relève tous les défis, pratique tous les métiers et ne compte pas ses heures.

Elle organise des journées et demi-journées de découverte du village. "Avec dégustation de raviolis et de pelotons de Gilette... Ce sont comme des raviolis mais sans la pâte."

Plus authentique, tu meurs. Cette même véracité fuse à tous les coins du musée. À deux pas de son atelier où il modèle le fer, sur commande et suivant son inspiration, Pierre-Guy Martelly accueille les touristes, les enfants. Il leur parle des vieux métiers. Leur raconte la vie d’avant à travers une impressionnante collection d’ustensiles métalliques.

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Illustration Photo F.C.

"on imagine celui qui a travaillé dessus"

Ici, le trépan du chirurgien. Là, le pulvérisateur du coiffeur. Plus loin, les outils du vannier, du puisatier, du luthier, du chaisier, du tailleur de pierres, du rémouleur... "J’ai démarré avec quatre métiers, aujourd’hui, j’en ai plus de 40", glisse malicieux et volubile, Pierre-Guy Martelly.

Dehors, les petits bijoux de voitures anciennes de sa rue Belle-Epoque font de l’œil aux engins agricoles. "J’ai recréé le jour de foire!"

Avec sa carrure de rugbyman – "la forge, ça muscle!" – Pierre-Guy Martelly est un collectionneur. Insatiable. Sur les murs de son atelier, des séries se succèdent. Jusqu’au plafond

"Des rabots, j’en ai 500. Mais il m’en manque toujours un. Mes 30 enclumes c’est pareil, je les adore. Elles sont émoussées, abîmées, on imagine celui qui a travaillé dessus. Comme ce marteau, usé par une vie de travail, ils ont une histoire."

PIERRE GUY MARTELLY ET SILVIANE MUSEE DE LA FORGE
PIERRE GUY MARTELLY ET SILVIANE MUSEE DE LA FORGE Photo F.C.

Chaque outil a ici son souvenir. Car les objets de la collection Martelly résultent en grande majorité de dons.

"Ça a commencé quand je dépannais les gens, avec des petits ouvrages de ferronnerie. Ils me donnaient des choses... Aujourd’hui, les particuliers qui connaissent le musée m’offrent encore leurs objets avec beaucoup de cœur car ils savent qu’ici, les souvenirs seront valorisés. Je ne compte plus les moments de larmes aux yeux!"

Le passeur de mémoire a aussi hérité des outils, des machines des anciens artisans du village, à l’heure de remiser leurs tabliers. Lui donnant aussi une lourde responsabilité: celle de transmettre. Son propre savoir-faire, d’abord.

"Les ruines sont l’avenir du musée"

Car pendant les visites, Pierre-Guy fait jaillir du feu des outils certes, mais aussi, des violons, des roses dont la finesse éblouit et "qui bernent même les abeilles!".

"J’aime les choses qui sortent de l’ordinaire. Comme cette girouette avec un plongeur que j’ai imaginée. Ou une ancienne voiture coupée en deux dont les phares éclairent la piscine et le moteur laisse jaillir de l’eau."

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Illustration Photo F.C.

Sa passion engendre les objets les plus fous, comme des serrures géantes, ces mini-tronçonneuses, ces porte-téléphones et tablettes sur lesquelles il planche pour le prochain marché de Noël de Gillette. "Je fais ça pour faire plaisir aux gens, parce que moi, ne me demandez pas de brancher un ordinateur!"

Il préfère le vrai. Le sensuel. La chaleur de la forge. L’odeur de la pomme de pin qui s’embrase. Le poids du marteau.

Quitte à le recréer, le réimaginer, ce "vrai". "Venez, on va voir les ruines", invite-t-il.

Dehors, Pierre-Guy a recréé des ateliers qui, au cœur de blocs de vieilles pierres répartis en pièces à ciel ouvert, présentent de nouveaux univers. On y retrouve la forge – forcément ! – l’espace mécanique, l’ancienne station-service, l’établi menuisier...

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"Pour l’instant, j’ai créé une série de douze ruines mais je voudrais en faire 40, ambitionne le forgeron. Ces ruines, pour moi, sont l’avenir du musée. Je les ai créées comme j’aurais aimé les trouver. Avec un peu de dentelure, de rouille... Là, on attend que le lierre que l’on vient de planter pour leur inauguration, dévore la pierre."

C’était en octobre dernier, à l’occasion des vingt ans du musée. Un joli cadeau orchestré par Sylviane, qui a peaufiné les détails de cette journée de fête pendant six mois, mis en œuvre une équipe de trente bénévoles – Fanny, leur fille et Marie-Caroline, une amie, en tête.

"L’idée de base, c’était de mettre en vie ce musée et ces métiers manuels que Pierre promeut toute l’année. Sculpteur sur pierre, vitrailliste, anciens et des jeunes du haut pays sont venus faire des démonstrations des métiers."

Les 2.000 personnes qui ont défilé toute la journée ne s’y sont pas trompées. Un hasard? Non. Seulement de l’amour et de la forge.

La date

10 août 1999
Le musée est inauguré à Gilette, le jour de l’éclipse. Quatre métiers anciens – mécanicien, caviste, forgeron et menuisier – sont représentés au début. Aujourd’hui, plus
de 40 savoir-faire ancestraux y sont commentés.

Savoir+
Le musée est ouvert tous les jours (lundi et jours fériés sur RDV) du 1er novembre au 30 avril de 10h à 17h30 et du 1er mai au 30 octobre de 9h à 19h.
Tarifs:
adultes, 4€ ; enfants, 1,50 €.
Mise en place de visites pour les groupes.

3250, route de Gilette, à Gilette.
Rens. 04.92.08.96.04. ou 06.80.45.12.08.
louferouil.fr

Les personnes qui voudraient compléter les collections de Pierre-Guy Martelly sont évidemment les bienvenues. Notamment celles qui auraient des enclumes ou de vieilles voitures...

 

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