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Un chauffeur de bus de La Turbie a-t-il été licencié sur fond de crise politique?

Mis à jour le 10/07/2020 à 16:59 Publié le 10/07/2020 à 15:50
Ce 14 mai dernier, la voiture d’une élue municipale bloque l’accès au bus. En faisant remonter des photos à l’opposition, le conducteur de bus a déclenché, selon son employeur, « une crise politique ».

Ce 14 mai dernier, la voiture d’une élue municipale bloque l’accès au bus. En faisant remonter des photos à l’opposition, le conducteur de bus a déclenché, selon son employeur, « une crise politique ». Photo DR

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Un chauffeur de bus de La Turbie a-t-il été licencié sur fond de crise politique?

Le CDD d’Alessio Chetry n’a pas été renouvelé par son employeur à la suite d’un « incident grave ». Son tort? Avoir fourni des clichés à l’opposition de La Turbie montrant des stationnements abusifs

C’est un arrêt de bus qui fait couler beaucoup d’encre. Placé pile poil devant la police municipale de La Turbie, avenue des Anciens combattants d’Afrique du Nord, et niché en bas de la mairie.

Un panneau explicite interdit le stationnement abusif sur les zébras jaunes, sous peine de mise en fourrière.

Sur le papier, tout semble réuni pour éviter les abus. Dans les faits, c’est tout le contraire. Il n’est pas rare de voir des camions de livraison ou des usagers de la route se garer sur cet emplacement réservé.

Conflit avec
une élue

Ce 14 mai, au sortir du confinement, c’est le véhicule personnel d’une future adjointe au maire qui pose problème (l'installation du conseil municipal n'a eu lieu que le 25 mai, N.D.L.R.), alors qu’Alessio Chetry prend son service de 17h10.

Si le chauffeur de bus de la ligne N5 - un circuit intra-muros propre à La Turbie - arrive à se garer sur l’emplacement derrière le véhicule gênant, ce n’est pas le cas du bus N11, desservant Monaco. "Étant donné la grandeur de la navette, elle s’arrête au beau milieu de la route pour faire descendre les passagers en les mettant en danger", raconte Alessio Chetry.

Rebelote lors du deuxième passage. L’adjointe concernée vient à leur rencontre. Alessio Chetry a maille à partir avec elle.

"J’ai essayé de lui faire entendre raison, que c’était impossible pour elle de se garer ici, qu’il y avait d’autres places de parking à La Turbie. Elle m’a menacé que si je continuais, je perdrai mon travail", poursuit-il.

Le soir même, le conducteur de bus fait remonter l’incident par mail, photos à l’appui, à sa direction d’Hâpy Transport, sous-traitant de Keolis chargé par la Communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf) de gérer le réseau de transports Zest.

L’affaire semble burlesque et aurait pu s’en arrêter là. Mais pour Alessio Chetry, elle vire au cauchemar.

"Une crise politique"

Les abus perdurent dans le temps. Alessio Chetry décide alors de passer par un autre biais et de se référer à Jean-Philippe Gispalou, conseiller municipal d’opposition à La Turbie, dont le directeur de la communication est son frère. C’est là que l’affaire semble prendre un tournant politique.

Le 25 mai à 7h45, Jean-Philippe Gispalou adresse un mail au maire, Jean-Jacques Raffaele et à sa directrice générale des services, pour faire remonter l’information.

Sans citer aucun nom, ni celui du chauffeur mécontent, ni des propriétaires des voitures. Le retour de bâton ne se fait guère attendre pour Alessio Chetry.

"Le soir même, avant de reprendre mon service de 17h40, je reçois un appel de mon directeur disant que je ne roulerai pas, que je dois rester jusqu’à nouvel ordre à mon domicile et que je serai remplacer par un autre conducteur. Il me dit que l’envoi des photos à M. Gispalou constitue une faute grave."

Le chauffeur est convoqué le 2 juin. Ce jour-là, il fait face à Bernard Doyen, patron d’Hâpy Transport et à Jean-Louis Dunyach, délégué du personnel.

Cinquante minutes d’entretien durant lequel - preuves à l’appui - on lui concède que l’élue est bien "en tort" mais on lui reproche d’avoir déclenché une "crise politique".

Il est même question d’un "ultimatum" donné par les décideurs pour ne "plus voir ce monsieur [Alessio Chetry, N.D.L.R.] sur les circuits" de bus.

"Pas de pression"

Le 11 juin, quelques jours après cet entretien, durant lequel il refuse de signer une rupture anticipée, Alessio Chetry reçoit un courrier signé de Bernard Doyen. Lui indiquant que son CDD, s’achevant le 30 juin, ne sera pas renouvelé.

"Suite à un incident grave vous concernant, notre donneur d’ordre nous a expressément demandé de ne plus vous affecter sur le site de la navette n°5 de La Turbie (...) Vous quitterez donc l’entreprise au 30 juin", peut-on y lire.

Y a-t-il eu pressions politiques pour se débarrasser d’un chauffeur, dont le frère a des accointances avec l’opposition turbiasque?

Sollicité, Bernard Doyen d’Hâpy Transport n’a pas souhaité commenter l’affaire concernant son ancien employé."Je ne m’occupe pas de politique", a-t-il lâché.

Le maire de La Turbie, Jean-Jacques Raffaele, confirme qu’il a sollicité la Carf après le mail de Jean-François Gispalou.

"Je ne savais pas, alors, que le chauffeur était M. Chetry, je ne l’ai su qu’après. Mais oui, j’ai alerté la Carf en leur disant que je trouvais inadmissible qu’un chauffeur de Zest transmette des photos à l’opposition plutôt qu’au maire. Je pense que c’est une faute grave.

C’est au maire de prendre les mesures nécessaires et d’alerter la police municipale que des véhicules stationnent sur un arrêt de bus, quand bien même c’est le mien ou celui d’un autre.

Après, que mon appel ait été interprété comme un geste politique, cela concerne les instances pour déterminer si cela en est un. Je n’ai pas fait de pression."

À quel moment, donc, le nom d’Alessio Chetry est arrivé sur la table? Le service des transports de la Carf et Keolis assurent ne pas avoir exercé de pression (lire ci-dessous).

Mystère, donc. Toujours est-il qu’Alessio Chetry, désormais sans emploi, compte porter l’affaire devant les prud’hommes.

Jean-François Gispalou, au titre de conseiller municipal, va porter plainte à la gendarmerie nationale.

Illustration
Illustration Photo JFO
La réaction de la Carf et de Keolis

Philippe Pinoli, directeur des transports à la Carf
"Les photos m’ont été transmises par le maire, qui avait reçu un mail de l’opposition, et montraient des véhicules privés garés sur les zébras de bus. Si on fait des zébras, ce n’est pas pour que les gens se garent dessus.

C’est au propriétaire de la voirie (la mairie, N.D.L.R.) de sanctionner le stationnement. J’ai transmis les photos au transporteur et à M. Gilli pour signaler qu’il y avait quelqu’un sur le passage clouté.

Le conducteur a pris la photo depuis son véhicule et l’a utilisé par un biais politique, à savoir l’opposant. Le transporteur (Keolis, N.D.L.R.] a dû en parler à son sous-traitant [Hâpy Transport, ndlr].

Je ne connaissais pas le nom de M. Gispalou [conseiller municipal d’opposition à La Turbie, N.D.L.R.] ni celui de M. Chetry [le conducteur du bus, N.D.L.R.]. Je n’ai pas eu connaissance de sanctions disciplinaires.

Et ce n’est pas notre rôle, on n’est pas l’employeur.On ne connaît pas la personne, il ne s’expose à rien vis-à-vis de notre autorité."

Frédéric Gilli, directeur de Keolis Menton Riviera, l’exploitant du réseau Zest
"Les seules raisons pour lesquelles je ne reconduis pas un CDD, c’est forcément pour un problème d’exploitation, comme le non-respect des horaires. Je n’ai pas eu connaissance du cas de ce conducteur de bus.

J’ai 240 personnes à gérer, ne me demandez pas les faits. Jamais la Carf n’interviendrait dans la gestion d’une société privée. Ce serait aberrant et impossible. C’est quelque chose qui ne se produirait pas, je m’en porte garant. Je suis très étonné de cette procédure. »

Le coup de gueule de l’opposition

Sollicité, Jean-François Gispalou, élu d’opposition à La Turbie, s’est dit "choqué" de cette affaire.

"Ce monsieur a perdu son travail tout simplement pour avoir fait son travail. Je trouve même inadmissible ce qu’il a subi. Cela n’a pas à exister en République et en démocratie.

En outre, si cela s’avère, cela signifie aussi que c’est une manière de m’empêcher de pratiquer mon rôle de conseiller municipal et, donc de ne pas respecter la charte de l’élu.

De plus, dans cette expectative, cela signifie qu’il ne sera plus possible de faire confiance à M. le maire, notamment, lors de l’attribution des marchés publics. Puisque, désormais, comment pourrons-nous nous empêcher de nous poser des questions: ‘‘ Y a-t-il eu chantage? ’’.

Au final, quelle image donnons-nous de notre commune ? C’est plus que navrant. C’est pourquoi, pour sortir de ce climat délétère, face à des faits qui sont d’une extrême gravité, je demande que les élus de La Turbie mis en cause démissionnent."

En plus de sa plainte prochaine à la gendarmerie, l’élu d’opposition va également, par missive, porter ce dossier à la connaissance du préfet.


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