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Trois religieux monégasques en zone de conflit se confient à notre rédaction

Mis à jour le 29/03/2017 à 11:38 Publié le 29/03/2017 à 05:17
De gauche à droite : Mère Marie-Catherine Kingbo, père Philippe Blot et père Jacques Mourad risquent pour sauver celle des autres

De gauche à droite : Mère Marie-Catherine Kingbo, père Philippe Blot et père Jacques Mourad risquent pour sauver celle des autres Photo J.D.

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Trois religieux monégasques en zone de conflit se confient à notre rédaction

Plus de 200 personnes ont écouté, en l'église Saint-Charles, les témoignages bouleversants de pudeur et d'authencité de trois religieux venus de Corée, du Niger et du Kurdistan irakien

Ils s'appellent Marie-Catherine Kingbo, Jacques Mourad et Philippe Blot. Une sœur et deux prêtres que nul ne connaît ici. Trois religieux qui risquent leur vie pour sauver celles des autres : celles des Chrétiens d'Orient, mais aussi celles de Nord-Coréens fuyant le régime de Kim Jong-un, ou encore celles des petites Africaines et de leur maman sans soin, sans nourriture et sans éducation.

Dimanche soir, en l'église Saint-Charles, plus de deux cents personnes étaient réunies pour écouter les témoignages de ces religieux prêts à braver les pires dangers pour aider.

Une rencontre organisée par l'association Aide à l'Église en Détresse dans le cadre de « La Nuit des témoins » qui sillonne la France. En la cathédrale Notre-Dame de Paris, ce fut ainsi plus de 3 000 fidèles rassemblés le 24 mars.

Il s'agit d'informer et mieux faire comprendre le monde au travers de ceux qui vivent dans les régions les plus tendues, où « les religieux risquent leur vie, évoluent dans des endroits hostiles et travaillent au service des populations locales quelle que soit leur religion », explique Marc Fromager, directeur de l'AED.

Pour Monaco, cette initiative fut ainsi une occasion exceptionnelle de mesurer les conditions de vie de catholiques vivant dans des pays en souffrance et au travers de témoignages bouleversants de pudeur et d'authenticité.

"Au Niger, nous sentons un fort intégrisme"

Mère Marie-Catherine Kingbo, de la Fraternité des Servantes du Christ au Niger.
Mère Marie-Catherine Kingbo, de la Fraternité des Servantes du Christ au Niger. Photos J.D.

Mère Marie-Catherine Kingbo est Sénégalaise et travaille au Niger depuis 2006.

"Je me suis vite rendu compte de la misère des femmes et des enfants dans les villages. On marie les fillettes vers 11/12 ans. Les mères sont délaissées par les hommes qui partent en exode pour chercher du travail ou de la nourriture. Nous avons deux communautés. Nous avons construit un centre de nutrition et de santé. Nous avons commencé depuis 2 016 à mettre l'accent sur l'éducation. Car les filles ne vont pas à l'école. Nous avons commencé un tout petit internat. Nous mettons l'accent sur la scolarisation pour lutter contre le mariage précoce. L'enseignement se fait en français. Nous avons également un centre de couture pour que certaines fillettes aient un métier dans les mains.

Au Niger, 98 % de la population est musulmane. De nombreuses églises ont été brûlées le vendredi 16 janvier 2015, après la prière.

Depuis cinq ans, au Niger, nous sentons un fort intégrisme et la présence des adeptes de Boko Haram. L'acquisition de terrain nous a été refusée parce qu'on était catholiques et religieuses. Nos filles, quand elles vont à l'école à pied, sont insultées. Nous ressentons une insécurité qui nous contraint à avoir des policiers, nous sommes gardées 24 heures sur 24.

Nous avons besoin d'argent pour nourrir les femmes et les enfants et pour construire un internat. Nous n'avons plus de vivres. Nous avons une pompe solaire et un forage pour avoir de l'eau potable. Je veux lancer un message d'espérance. Que l'Occident entretienne la solidarité parce que l'Afrique en a besoin."

"Je parle au nom des réfugiés Nord-Coréens"

Le père Philippe Blot, prêtre missionnaire en Corée.
Le père Philippe Blot, prêtre missionnaire en Corée. Photo J.D.

Né à Caen, le père Philippe Blot revient un mois tous les quatre en France pour revoir sa famille et ses amis. La Corée, où il est parti après son ordination il y a presque trente ans, est sa seconde patrie.

"J’ai une mission à accomplir là-bas. Le Seigneur m’a demandé de créer des foyers pour les jeunes de familles décomposées; foyers ouverts depuis huit ans aux réfugiés Nord-Coréens. Depuis six ans, je pars deux fois par an, en Chine, pour aider quelques-uns des 100-200.000 réfugiés à regagner un pays tiers, la Thaïlande, la Birmanie, la Mongolie. Nous partons par groupes de 20 à 25, avec des passeurs. Le coût pour chaque personne oscille entre 3 et 5.000 euros.

Il faut payer les passeurs, les faux papiers, les pots-de-vin. Nous avons failli nous faire prendre plusieurs fois. Les risques sont pour les passeurs. Beaucoup disparaissent et sont emprisonnés.

Ça peut aller jusqu’à la peine capitale. Pour les réfugiés, c’est terrible. C’est la raison pour laquelle la plupart ont une lame de rasoir pour s’ouvrir les veines s’ils se font prendre. Le challenge est donc de trouver des subsides quand je suis en Corée du Sud.

Le problème s’aggrave. La Chine a carte blanche avec les Nord-Coréens. Il y a des rafles énormes. Il y a deux semaines, deux pasteurs protestants ont été arrêtés. Ils font la chasse sans vergogne aux réfugiés et à ceux qui les aident. Le risque est plus grand pour moi mais il faut aider ces gens qui ont fui le communisme.

Je voudrais faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il ne ramène pas les illégaux dans le pays car cela signifie la mort, la torture ou les camps de rééducation. Il est nécessaire également qu’il n’ouvre pas la frontière aux agents nord-coréens qui pratiquent la chasse à l’homme.

Actuellement, le dictateur Kim Jong-un a mis sa garde personnelle à la frontière. Beaucoup de réfugiés sont tués. Pendant longtemps, nous n’avons rien dit. Aujourd’hui, grâce à l’AED, on brise le mur du silence. Je parle donc au nom des réfugiés."

"Le monde ferme les yeux sur la Syrie"

Le père Jacques Mourad, moine de la communauté de Mar Moussa en Syrie.
Le père Jacques Mourad, moine de la communauté de Mar Moussa en Syrie. Photo J.D.

"Soit tu te convertis, soit on te décapite". Cette phrase, le père Jacques Mourad, né à Alep, l’a entendue pendant les 143 jours qu’a duré sa détention en Syrie, en 2015, par l’État islamique.

"Je suis resté trois mois enfermé dans une salle de bain. Les islamistes m’ont ensuite ramené avec 250 chrétiens de ma paroisse qu’ils avaient pris en otage.
Moine de la communauté de Mar Moussa en Syrie, le père Jacques Mourad est dorénavant “exilé parmi les exilés”, au Kurdistan irakien. Quatorze millions de Syriens vivent sans toit, sans identité. Sans rien. Mon monastère est détruit. J’ai tout perdu. Les morts ne peuvent pas être cachés. Il n’est plus possible que le monde ferme les yeux sur ce qui se passe."


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