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Traquer le regard pour comprendre et rééduquer

Mis à jour le 09/06/2019 à 10:16 Publié le 09/06/2019 à 10:16

Traquer le regard pour comprendre et rééduquer

à la une Une exploration visuelle atypique expliquerait l’altération de la reconnaissance des émotions en cas de maladie neurodégénérative. Découverte à Monaco

T’as d’beaux yeux, tu sais. La célèbre réplique adressée par Jean Gabin à Michèle Morgan rappelle qu’ils sont les premiers attributs sur lesquels nous nous attardons lorsque nous croisons un visage. « Nous portons notre attention essentiellement sur les yeux avant de diriger notre regard vers le nez et la bouche. Cette stratégie d’observation nous permet de reconnaître en moins d’une seconde l’expression de l’une ou l’autre des 6 émotions primaires (celles que tous les humains ont en commun, Ndlr) : joie, colère, peur, dégoût, tristesse, surprise. Les yeux sont en effet la zone clé nous permettant de reconnaître la majorité des émotions. » Cette entrée en matière de Kevin Polet, neuropsychologue au centre mémoire du CHPG à Monaco (dirigé par le Pr Alain Pesce) décrit la situation classique. Ce regard dit « normal », le scientifique a réussi à le modéliser grâce à une technologie de pointe, l’« eye tracking », qui utilise un casque muni de deux caméras infrarouges qui traquent les déplacements de la pupille.

Grâce à ce modèle, qui lui a valu plusieurs prix scientifiques, il a fait des découvertes très intéressantes. « Nous avons mené, en collaboration avec l’équipe du Pr Lebrun-Frenay (CHU de Nice) des études chez des personnes atteintes de sclérose en plaques (SEP) ou de maladies neurodégénératives de type Alzheimer, Parkinson ou Démence frontotemporale (DFT). On sait que chez ces patients, la reconnaissance des émotions est problématique. » Avec, comme conséquence, une altération de leurs propres émotions : « Perte de l’empathie, désinhibition… » Ces troubles cognitifs sont-ils liés à la façon dont ils regardent ? Pour répondre à cette question, Kevin Polet et Solange Hesse, ingénieur hospitalier, ont étudié la reconnaissance des émotions par ces patients grâce à l’« eye tracking » : « On s’est aperçu que le regard était toujours perturbé. »

Dès les premiers stades de la maladie

Au lieu de s’attarder sur les yeux en cas d’émotions négatives (comme le fait le regard dit normal), c’est sur la bouche ou le nez que le regard du patient atteint de maladie neurodégénérative va se porter en priorité. Ou, à l’opposé, en cas d’expression joyeuse, il va fixer les yeux quand il devrait d’abord regarder la bouche. « Ces différences peuvent se manifester à un stade très précoce de la maladie, dans le cas de la SEP, avant même des signes cliniques. » Dans le cas de maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, c’est globalement la zone des yeux qui est beaucoup moins investie. « En cas de DFT, les patients observent les visages comme s’ils n’exprimaient plus d’émotion. »

Au-delà de la recherche, ces travaux permettent d’envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques. « Les troubles de reconnaissance des émotions, associés à une stratégie d’exploration faciale atypique, sont impliqués dans les troubles du comportement observés chez les patients souffrant de maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Et ces troubles sont un des principaux facteurs d’épuisement des aidants. » Aujourd’hui, Kevin Polet émet une hypothèse qu’il entend rapidement vérifier sur les malades d’Alzheimer dans un premier temps : « En essayant de modifier le regard du patient (conditionnement), sa stratégie d’exploration du visage, en le recentrant en particulier sur les yeux, on peut espérer améliorer les troubles du comportement. » Et exercer également un effet bénéfique sur les aidants, ce qui est tout aussi important.


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