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Tous mobilisés pour La drôle d’idée de Xavier Garcia faciliter l’accès à Monaco Et si le salut venait de la mer ? Le désengorgement de la Principauté fait débat

Par un curieux hasard de calendrier, trois idées ou chantiers destinés à désengorger la Principauté aux heures de pointe se dessinent en même temps. Sans aucun lien entre eux, ni concertationLors de la séance du 13 décembre 2018, la question de la mobilité a longuement été débattue au Conseil national. Signe que le sujet préoccupe et passionne les élus

arnault cohen Publié le 11/02/2019 à 10:02, mis à jour le 11/02/2019 à 10:02
Michael Alesi et Richard Barsotti

V.A.L. Trois lettres pour désigner un Véhicule autonome léger - et même Villeneuve d’Ascq-Lille, du nom du premier projet de ce type. Un acronyme qui débarque sans crier gare à Monaco pour aider à résoudre le casse-tête de l’engorgement des accès en Principauté aux heures de pointe.

L’idée du VAL est posée sur la table par celui que l’on attendait le moins, Xavier Garcia, le premier secrétaire du Parti socialiste des Alpes-Maritimes. Un Niçois qui travaille à Nice, même pas concerné par les trajets entre la capitale azuréenne et la Principauté et leurs embouteillages quotidiens.

Le politique niçois est parti d’un constat simple, évident ici. « Chaque matin de semaine, le tunnel reliant l’A8 à Cap-d’Ail et le village de La Turbie se transforment en enfer routier, écrit-il dans sa proposition. Immuablement, aux heures de pointe, le tunnel situé après la sortie de l’A8 vers Monaco est fermé pour éviter la saturation, et les véhicules des salariés de la Principauté se déversent sur La Turbie et des routes secondaires qui redescendent vers la Moyenne Corniche et qui ne sont pas du tout adaptées à ce trafic de masse. »

 

Interrogé, Xavier Garcia se fait plus direct : « Ça ne peut plus durer ! Ces bouchons quotidiens sont un enfer pour les Turbiasques et les automobilistes. Et pour les entreprises de Monaco, ça représente des pertes économiques importantes. Bref, c’est en enjeu majeur. »

Et voilà qu’arrive sa proposition de VAL, un mode de transport en commun à la fois rapide et fiable - le plus célèbre est l’Orlyval, qui relie l’aéroport d’Orly à Paris. « Comme il est inconcevable d’assurer une liaison directe entre La Turbie et Monaco en défigurant un paysage d’une beauté exceptionnelle, la solution du tunnel apparaît la seule acceptable. Et pour un trafic pendulaire massif aux heures de pointe, le VAL offrirait toutes les garanties de fiabilité, de rapidité, de souplesse et de coût de fonctionnement. »

De quoi s’agit-il ? « C’est un métro léger sans conducteur. Entièrement automatisé, il circule en sous-terrain, tranchée couverte ou viaduc, et ne traverse donc jamais la circulation automobile. Une salle de contrôle permet de mettre en route autant de rames que nécessaire, suivant les heures de pointe ou événements déplaçant du public. Sa fréquence peut être inférieure à la minute et peut permettre de transporter jusqu’à 30 000 personnes par heure. » Plus efficace qu’un funiculaire, idée toujours envisagée à Monaco.

En outre, le système est ultra-fiable : « Il n’y a pas d’accident car un VAL ne croise pas de circulation automobile et les voies sont protégées par des portes vitrées automatiques pour éviter accidents et suicides. »

Xavier Garcia ne lance pas une idée en l’air comme ça, sans avoir travaillé dessus avec des spécialistes. Il arrive avec des chiffres. Selon lui, l’investissement de départ est important, de l’ordre de 120 millions d’euros par kilomètre. Soit, pour relier La Turbie à Fontvieille, un investissement d’environ 250 Me. Mais l’avantage du VAL, c’est sa rentabilité. « Comme il n’y a pas de chauffeur, le coût d’exploitation est un tiers moins élevé que pour un autre mode de transport en commun, assure Xavier Garcia. C’est un enjeu pour les investisseurs. »

Et la question du nécessaire parking relais ? « Ce n’est pas un problème, il y a suffisamment de terrains après la sortie de l’A8 à La Turbie. Il suffirait alors de mettre en place des navettes entre ce parking et la station de départ », répond-il, imperturbable.

Et voilà. L’idée est lancée. Xavier Garcia jure n’avoir aucun intérêt là-dedans, si ce n’est celui de contribuer à améliorer la vie des Azuréens qui viennent travailler à Monaco. « Je pose ça là. Maintenant, les institutionnels peuvent se saisir de cette idée. »

« Les problèmes de circulation sont un frein au développement économique d’un territoire. C’est pour que cela que les élus de tout le département sont venus nous voir. »

« Nous », c’est la Chambre de commerce et d’industrie Nice-Côte d’Azur. Sous la houlette de Franck Scarlatti, son directeur développement, marketing et communication, la CCINCA travaille tout particulièrement sur un serpent de mer - c’est bien le cas de le dire - vieux de vingt ans : les autoroutes de la mer. Ou, plus modestement, la mise en place d’une offre performante de navettes maritimes entre Cannes, Nice et Monaco.

L’idée ? Créer un service de navettes interurbaines dans le département des Alpes-Maritimes, destiné à apporter une solution, parmi d’autres, aux engorgements routiers récurrents aux entrées de Cannes, Nice et, singulièrement, de Monaco, aux heures de pointe, le matin et en fin de journée.

 

Une étude sur le sujet, déjà très avancée, devrait être livrée fin mars. Elle repose sur trois principes bien arrêtés.

Un, ce service de navettes maritimes cible en priorité les actifs azuréens - et par ricochet les touristes. Il vise à leur offrir une alternative au rail et à la route dans leur trajet domicile-travail. Rappelons encore une fois que 50 000 salariés de Monaco viennent chaque jour des environs de Nice et de Menton. Les fameux pendulaires.

Deux, ce système de navettes maritimes doit être performant. « Les rotations doivent être fréquentes aux heures de pointe du matin et du soir, et les lignes devront être installées là où les flux de population entre les bassins sont les plus importants », explique logiquement Franck Scarlatti. L’axe Nice-Monaco restant le plus tendu.

Trois, le service doit être compétitif face au train et à la voiture, en termes de temps de trajet et de coût. « Il s’agit d’intégrer la navette maritime dans l’offre globale de transports », illustre Franck Scarlatti.

Plusieurs questions se posent alors. Comment assurer un service régulier en cas de mer difficile ? « Nous avons demandé à Météo France de réaliser une étude météorologique sur les trois dernières années, répond le chef de service de la CCINCA. Effectivement, la mer est souvent agitée aux niveaux du cap d’Antibes et du cap Ferrat. En fonction des résultats de cette étude, nous verrons s’il convient d’assurer le service toute l’année ou le fermer une partie de l’hiver. En tout cas, il doit être fiable, sans quoi cela ne fonctionnera pas. »

Quel type de bateau utiliser ? « Ils seront nécessairement propres. Il est inconcevable de lancer un tel service avec des bateaux polluants. » L’étude menée par la CCI se penche également sur ce point. Quant à la taille des navettes, il s’agirait d’unités de 25 à 35 mètres maximum, pouvant accueillir une centaine de passagers et évoluant à 30 ou 35 nœuds, de manière à assurer une liaison Nice-Monaco en moins de 45 minutes.

L’étude devra également se prononcer sur les sites d’embarquement et de débarquement des passagers - la perspective du tramway desservant le port de Nice résoudra une partie du problème -, ainsi que le financement du projet. « Nous envisageons une délégation de service public et des conventions signées avec les collectivités territoriales et la principauté de Monaco. Leur contribution serait obligatoire pour équilibrer le modèle », conclut Franck Scarlatti.

 

L’étude sur les autoroutes de la mer orchestrée par la CCI Nice-Côte d’Azur devrait être bouclée fin mars. Elle sera ensuite présentée aux collectivités locales concernées - la Métropole Nice-Côte d’Azur, la Communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf) et la Communauté d’agglomération de Sophia Antipolis (Casa) - et, bien entendu, à la principauté de Monaco. Laquelle, de son côté, se penche aussi très sérieusement sur la question des navettes maritimes (lire page suivante). Dommage que toutes ces bonnes volontés ne réfléchissent pas ensemble sur de tels projets…

À Toulon, Yves et Christophe Arnal, les patrons de la société « Les Bateliers de la Côte d’Azur », veulent mettre en service, à l’été 2021, une navette qui carburera à l’hydrogène. Ils ont signé un partenariat avec Hyseas Energy pour faire construire leur bateau. D’une autonomie de 10 heures, il effectuera des trajets quotidiens entre Toulon, la Seyne et les Sablettes.

« On veut explorer cette nouvelle voie, pour des raisons écologiques, explique Christophe Arnal. C’est un pari risqué financièrement. Naviguer à l’hydrogène, ça coûte bien plus cher parce que ce n’est pas encore démocratisé. » Les deux frères comptent donc sur les subventions prévues pour la transition énergétique pour rendre leur projet viable.

S’il y a une thématique qui anime la nouvelle majorité du Conseil national, c’est bien celle de la qualité de vie. Dans cette préoccupation, les conditions de circulation et d’accessibilité à Monaco sont en bonne place. Lors des séances budgétaires de fin d’année, précisément le 13 décembre, les élus ont longuement débattu de ces questions. Pendant une heure, chacun y est allé de son idée, de son commentaire, donnant l’occasion au gouvernement de répondre aux interrogations, d’apporter des éléments de réflexion, de lever le voile sur certains projets qui, sans nul doute, se retrouveront dans le Plan mobilité que le gouvernement princier s’apprête à dévoiler (lire page précédente).

Retour sur ce débat passionnant et ses points clés.

Navettes maritimes

Fabrice Notari, président de la commission Environnement et Qualité de vie : « Tout le monde se réjouit de la réouverture prochaine de la bretelle de sortie de Beausoleil. Mais en complément, il faudrait créer des liaisons maritimes depuis Menton et Nice pour accéder plus facilement à la Principauté. Nous avons reçu des entrepreneurs qui ont des projets que nous soutenons pleinement. »

 

Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre de l’Équipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme : « Nous leur avons demandé de revoir le périmètre de leurs projets. Le nombre de voyageurs y est trop important et il est difficile de garer des bateaux supérieurs à 35 mètres aux ports de Fontvieille et de Nice (...). Nous nous sommes rapprochés des gestionnaires du port de Nice pour créer une liaison maritime mais nous n’avons pas reçu une réponse très favorable (...). Le port principal devrait être celui de Nice, où l’accès sera facilité par l’arrivée du tramway. »

Stéphane Valeri, président du Conseil national : « C’est une excellente idée. Le Conseil national est très attaché à la diversification des accès à Monaco. La liaison maritime en est un supplémentaire. Cela fait vingt ans qu’on en parle et que rien ne se concrétise. On nous a dit que ce n’était pas fiable. Or, les opérateurs indiquent qu’il n’y aurait que quelques jours par an où les conditions météo rendraient impossibles les traversées. C’est marginal (...). L’un des opérateurs a fait réaliser un sondage. Il révèle que 29 % des salariés monégasques vivant à Nice et dans ses environs seraient prêts à abandonner leur voiture pour la navette maritime. Nous pouvons ainsi espérer entre 1 500 et 2 000 passagers réguliers chaque jour (...). Pour les usagers, les projets sont compétitifs par rapport à la voiture, mais pas par rapport au train, mais le temps garanti entre Nice et Monaco est de 30 à 35 minutes (...). Le coût du projet est raisonnable : le déficit d’exploitation varie de 500 000 à 700 000 e par an. Pour désengorger la Principauté avec un mode de transport propre, ce serait un investissement tout à fait justifié. »

Horaires de travail

Serge Telle, Ministre d’État : « Nous avons les bouchons au même moment car tout le monde vient travailler au même moment et repart au même moment. Nous devons engager une réflexion avec les entreprises afin d’étaler les heures d’embauche et de débauche, de manière à étaler davantage le trafic. »

Escalators de Beausoleil

Serge Telle, Ministre d’État : « Chaque jour, environ 2 000 véhicules viennent de Beausoleil à Monaco. Les deux escalators inaugurés et les prochains sont une alternative. Et puis marcher, c’est bon pour la santé, et moins de voitures, c’est bon pour l’environnement. »

Télécabines

 

Stéphane Valeri : « La mairie n’est pas du tout d’accord avec l’implantation d’une gare au niveau du Jardin exotique. Nous ne sommes pas hostiles au projet. A Monaco, la moitié des gens pensent que la télécabine est une bonne chose, l’autre que cela défigurerait la Principauté. »

Plan mobilité

Serge Telle, Ministre d’État : « Les navettes maritimes sont effectivement un point important. Mais le problème de la mobilité est plus large. L’augmentation du cadencement et le doublement des trains, l’aménagement d’un passage souterrain à la sortie de la gare pour les piétons (sous l’échangeur Sainte-Dévote, NDLR), la télécabine… Tout ceci est un ensemble destiné à gérer les mobilités. Il n’y aura pas de développement possible de la Principauté si nous ne gérons pas aussi le flux de véhicules et la facilité des déplacements entre la Principauté et les communes limitrophes. »

Ce n’est pas encore officiel mais, selon nos sources, le gouvernement princier dévoilera son Plan mobilité fin mars, après l’avoir présenté au souverain et aux élus du Conseil national. Par conséquent, difficile aujourd’hui de savoir ce qu’il contient, de connaître les décisions qui seront prises pour améliorer la circulation des véhicules et des piétons à Monaco dans les mois et les années à venir. Impossible, aussi, d’obtenir des réponses à des questions sur le sujet des transports, notamment sur les idées et projets venant de Nice (lire les deux pages précédentes).

 

On sait juste que ce Plan mobilité s’annonce comme un document de référence, global, qui prendra en compte tous les aspects de la mobilité au sens large. Une réflexion globale qui débouchera sur des propositions et solutions concrètes. Tous les aspects de la mobilité sont visés : transports en commun, fluidité de la circulation, deux-roues et vélos, piétons, déplacements professionnels, télétravail, horaires dans les entreprises… L’accès des pendulaires à Monaco figurera aussi dans ce plan mobilité, le fait que toujours plus de personnes viennent de France pour travailler à Monaco occupant une place importante dans la réflexion.

De même, les navettes maritimes devraient faire partie des pistes de solution envisagées. Tout comme la question de savoir si le cadencement des TER peut encore être augmenté. Les projets de télécabine, de funiculaire ou encore la question de savoir s’il faut augmenter ou réduire le nombre de places dans les parkings devraient aussi être pris en compte.

Certaines décisions pourront être prises rapidement, celles qui concernent uniquement l’État monégasque. D’autres nécessiteront des discussions avec le pays voisin. Le 11 janvier dernier, on sait que la Commission locale transfrontalière de coopération franco-monégasque a évoqué plusieurs sujets touchant à la mobilité : la réouverture de la bretelle de sortie d’autoroute de Beausoleil, les aménagements de carrefours sur la Moyenne Corniche, les modes de transport alternatifs tels que la création d’une liaison maritime, l’amélioration de la coordination des services nationaux de police et de gendarmerie en matière de gestion de la circulation aux heures de pointe.

Bref, vivement la fin du mois de mars pour en savoir plus sur ce Plan mobilité !

Le VAL proposé par le patron du PS azuréen est un métro léger sous-terrain, sans conducteur, qui relierait La Turbie à Fontvieille, capable de transporter jusqu’à 30 000 passagers par heure.
Le VAL proposé par le patron du PS azuréen est un métro léger sous-terrain, sans conducteur, qui relierait La Turbie à Fontvieille, capable de transporter jusqu’à 30 000 passagers par heure. Cyril Dodergny.
La CCI Nice-Côte d’Azur doit rendre, fin mars, une étude sur un gros projet de navettes maritimes entre Cannes, Nice et Monaco, destiné à désengorger la sortie de l’A8 en direction de Monaco.
La CCI Nice-Côte d’Azur doit rendre, fin mars, une étude sur un gros projet de navettes maritimes entre Cannes, Nice et Monaco, destiné à désengorger la sortie de l’A8 en direction de Monaco. Cyril Dodergny.
Plusieurs projets de navettes maritimes, autres que celui porté par la CCI de Nice, ont été présentés au gouvernement et au Conseil national en 2018.
Plusieurs projets de navettes maritimes, autres que celui porté par la CCI de Nice, ont été présentés au gouvernement et au Conseil national en 2018. Jean-François Ottonello.
Un bouchon sur la rue Grimaldi.
Un bouchon sur la rue Grimaldi. Cyril Dodergny.

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