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TEMOIGNAGES. Infirmière, taxi, artificier, concierge, pompiers... Ils étaient sur le pont la nuit du Réveillon à Monaco

Mis à jour le 01/01/2020 à 12:53 Publié le 01/01/2020 à 12:30
Stéphane Lobono a supervisé les derniers préparatifs du feu d'artifice.

Stéphane Lobono a supervisé les derniers préparatifs du feu d'artifice. Photo Cyril Dodergny

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TEMOIGNAGES. Infirmière, taxi, artificier, concierge, pompiers... Ils étaient sur le pont la nuit du Réveillon à Monaco

Toute la nuit de la Saint-Sylvestre, ou une partie, ces professionnels du tourisme, de la santé, des secours ou de la sécurité ont travaillé pendant que d’autres fêtaient le passage à 2020. Ils témoignent

Pendant que bon nombre d’entre nous trinquions à la nouvelle année, ils étaient sur le pont. Sur le terrain. Pour mettre des paillettes dans les yeux des familles venues célébrer 2020 en Principauté, sauver des vies, servir des clients ou protéger la foule d’éventuelles menaces.

Par contrainte du roulement professionnel ou par choix personnel, ces hommes et femmes ont travaillé le soir de la Saint-Sylvestre. Une nuit qu’on serait tenté de qualifier de "pas comme les autres". Pour ces personnes d’astreinte, elle n’aura finalement rien eu de différent. Ils et elles n’étaient pas là que pour gagner leur croûte mais pour servir autrui.

Stéphane Lobono, une nuit d’artifice

Un cocktail… explosif ! C’est par ce terme que l’on oserait résumer le réveillon de Stéphane Lobono. N’allez pas y voir là une métaphore hasardeuse avec un mélange à outrance de breuvages alcoolisés. Négatif. Le Monégasque de 51 ans est, en réalité, le chef d’orchestre des feux d’artifice en Principauté.

Avec sa société Flash Art Monaco - l’antenne locale d’une société germanique - il illumine le ciel monégasque lors des temps forts du pays. Fête nationale, Sainte-Dévote et mardi soir, donc. "Je sacrifie mon 31. Mais en réalité, c’est un plaisir, un honneur de travailler. Quand on fait ce métier, on aime la fête. Alors quand on est acteur de celle-ci, c’est encore mieux", nous soufflait-il, quelques heures avant le passage à une nouvelle décennie.

A minuit pétante, sauf aléas météorologiques de dernière minute, c’est lui qui, en surplomb de l’avenue d’Ostende, a donné le feu vert à son équipe et à l’artificier en chef, postés sur la digue. Par radios.

Près de 1 800 produits de différents calibres, deux tonnes de matière active, ont alors explosé jusqu’à deux cents mètres d’altitude. Six séquences - des "tableaux" dans le jargon des artificiers - pour dix minutes de show bigarré. 

"On a des séquences plus douces pour permettre à la fumée de se dégager. Notre signature, c’est une qualité et une finesse des produits. On se veut des créateurs d’émotions", prêche-t-il.

Sans parler de l’esthétisme, pensé des mois en amont, il a fallu quatre personnes et deux jours de montage sur la digue pour préparer la performance pyrotechnique. "Le matériel stocké à Nice est arrivé dimanche sous escorte policière. Une fois montés, on s’est assuré que tous les boîtiers et les lignes étaient connectés, sans amorcer les produits bien sûr."

Avec, forcément, toujours cette angoisse du pépin technique ou des caprices de Dame Nature qui priveraient des milliers de noctambules d’un spectacle mémorable. Après les explosions dans le ciel, pas forcément de bulles de champagne pour clore la nuit. "Je n’aime pas trop les bars et discothèques. Après le show, il faut s’enquérir de bien démonter le matériel. Une commission de sécurité vient s’assurer que tout est parti. Et s’il reste des produits, il faut les détruire sur place. Car tout produit sollicité électriquement est dangereux." La nuit de travail de Stéphane Lobono n’aura, donc, pas été courte.

Anthony Franco, une nuit difficile
au volant de son taxi

Mardi midi, quelques heures avant la nouvelle année, les sapeurs-pompiers des casernes de Fontvieille et la Condamine se sont retrouvés pour un moment convivial. Le bip à portée de main, en cas d’interventions.
Mardi midi, quelques heures avant la nouvelle année, les sapeurs-pompiers des casernes de Fontvieille et la Condamine se sont retrouvés pour un moment convivial. Le bip à portée de main, en cas d’interventions. Photo Cyril Dodergny

À bord de son BMW X5, Anthony Franco a sillonné la Principauté et ses alentours en quête de clients à amener (ou ramener) à bon port. Une soirée qu’on imagine fructueuse sur le plan financier mais loin d’être paisible.

"Les conditions de travail sont très complexes du fait de clients en état d’ivresse avancée. Dans la nuit, on est obligé de faire du tri car certains ne tiennent plus debout. Et aussi parce que les axes majeurs de la Principauté sont paralysés de 10 h 30 à 1 h 30 du matin", souffle ce taxi de 31 ans, ancien voiturier au casino Monte-Carlo et au Monte-Carlo Beach.

Ainsi, le taxi peut rester longtemps paralysé dans les embouteillages sans dégoter un seul client. Ou effectuer une course à 30 euros plutôt que trois courses à 15 euros dans le même laps de temps. "On fait une profession où il n’y a aucune règle. Les contraintes font partie du job et il faut qu’on assure", garde-t-il à l’esprit.

Après sa journée d’environ 14 heures - il a débuté à 14 h mardi pour finir vers 4 h du matin ce mercredi, entrecoupée d’une parenthèse entre proches pour fêter la nouvelle année - il reprendra place derrière le volant, aujourd’hui, pour une nouvelle journée de travail. "Le gros des touristes part le 2 mais je vais avoir pas mal de courses à l’aéroport durant l’après-midi", nous confiait-il, hier. Des trajets sans doute plus paisibles.

Olivier Delmasse, concierge, a les clefs d’une soirée réussie

Olivier Delmasse, "Clé d'or" de l'Hôtel Hermitage.
Olivier Delmasse, "Clé d'or" de l'Hôtel Hermitage. Photo Cyril Dodergny

Il est discret et partout à la fois. Capable d’exaucer le moindre des desiderata des clients fortunés de l’hôtel Hermitage. Sur le costume de chef concierge d’Olivier Delmasse, une clef d’or est épinglée. Symbole matériel de cet ordre privé dans lequel 4 500 concierges de luxe, on ne peut plus dévoués, gravitent.

Dans le palace de la Société des Bains de Mer, ce Turbiasque de 37 ans a gravi tous les échelons. De saisonnier bagagiste en 2006 à son poste actuel. Son métier englobe une kyrielle de compétences : "réactif, curieux, disponible, humble, discret, diplomate". "Il faut savoir mettre les formes pour ne froisser aucun ego."

Mardi encore, pour la journée du 31 et une partie de la nuit, Olivier Delmasse chapeautait une équipe de 25 bagagistes, voituriers et concierges. "Ce moment-là n’est pas différent d’une autre journée ou d’une nuit mais, en effet, on est plus sollicité, le travail est plus rythmé avec les différents événements qui se déroulent à l’hôtel", expliquait-il avant de prendre son service, hier aux environs de 15 heures.

À toute heure, il devait assurer un lien avec les clients de l’hôtel. Devant parfois satisfaire quelques demandes de dernière minute. "Il n’est pas rare de devoir se procurer des bijoux ou une tenue pour un client qui en fait la demande à 20 heures. On fait alors notre possible, on fait ouvrir une boutique. Notre réseau s’étend aux choses les plus simples - par exemple réserver un restaurant - aux plus excentriques, comme faire un 31 sur un bateau en dernière minute. On fait en sorte de toujours répondre à la demande et, si ce n’est pas le cas, trouver une alternative qui satisfait les clients."

Vers 1 h 30 du matin, Olivier Delmasse a passé le relais à l’équipe suivante. A rejoint sa famille pour "marquer le coup" et fêter symboliquement le passage à 2020. "Pas d’excès, par contre, car on travaille le 1er janvier."

Larbi, connu comme le loup blanc
à La Rascasse

Larbi et l'équipe de La Rascasse.
Larbi et l'équipe de La Rascasse. DR

En deux décennies passées derrière le bar de la mythique Rascasse, Larbi Boudjellal (au centre de la photo) n’a pas manqué une seule nuit de la Saint-Sylvestre.

En 1998, ce jeune homme d’Alger, alors âgé de 23 ans, déboule sur la Côte d’Azur pour poursuivre ses études de droit. Pour gagner son pain, il amorce une saison estivale derrière le zinc de la discothèque monégasque. Vite gagné par le virus de la nuit et l’effervescence nocturne, il ne le quittera jamais plus.

Là-bas, il est connu comme le loup blanc par les plus fidèles clients. Et, cette nuit encore, Larbi, chemise noire sobre sur les épaules, a fait le show entre les murs de la discothèque où trois DJ - Ollie, Mc Brice et Pete Kassidy - ont investi les platines. "Les gens sont ici comme à la maison pour s’éclater. Personnellement, je suis très humain, j’aime ce contact avec les clients, j’ai toujours la petite blague, le petit mot pour eux", confiait-il avant le début de son service à 18 heures. Mardi encore, Larbi a récidivé. Jusqu’à 5 h du matin.

Pompiers et policiers comme en famille et rodés 

Quelques heures avant la nouvelle année, les sapeurs-pompiers des casernes de Fontvieille et la Condamine se sont retrouvés pour un moment convivial.
Quelques heures avant la nouvelle année, les sapeurs-pompiers des casernes de Fontvieille et la Condamine se sont retrouvés pour un moment convivial. Photo Cyril Dodergny

La concentration de noctambules et de population au mètre carré a, très logiquement, placé les autorités locales en état d’alerte. Si le corps des sapeurs-pompiers de Monaco n’a pas fait évoluer son effectif de garde par rapport à d’habitude - 50 hommes pendant 24 heures - la Sûreté Publique a, elle, renforcé son quadrillage en Principauté. Et ce, depuis le début des fêtes de fin d’année. Cette nuit, près de 70 agents étaient sur le pont entre la salle de commandement, le service de police urbaine, la police maritime et aéroportuaire et les polices judiciaire et administrative. Avec deux quartiers particulièrement surveillés.

En première partie de soirée, d’abord, la place du Casino et ses alentours ont vu converger bon nombre de touristes, notamment Italiens, en vue du gong du minuit. Et, surtout, le mapping vidéo - comprendre la fresque lumineuse - sur la façade du casino Monte-Carlo. Puis le port Hercule avec le village de Noël et les établissements nocturnes de la Darse sud jusqu’au petit matin.

"En plus des dispositifs privés, on est là en second rideau s’il y a une saturation de la circulation piétonne, pour éviter les mouvements de foule, et s’il y a des gens ivres. La PJ, en civil, procède à une surveillance générale et des contrôles pour s’assurer qu’il n’y a pas de mineurs, après 22 heures, dans les établissements de nuit", nous détaillait, mardi après-midi, le commissaire de permanence en charge du dispositif nocturne, Laurent Braulio. Sans oublier une vigilance accrue, grâce à la vidéosurveillance, concernant les fêtards susceptibles de reprendre la route en état d’ivresse.

Du côté des sapeurs-pompiers, la Saint-Sylvestre ne donne, semble-t-il, pas lieu à une sursollicitation opérationnelle. "C’est plus vrai pour un Grand Prix où la population est multipliée pendant plusieurs jours", note le lieutenant-colonel Marc Degabriel, adjoint au chef de corps. Cette nuit, bon nombre des 50 sapeurs-pompiers de garde étaient en famille - dans leur domicile au cœur de la caserne - pour fêter le Nouvel An.

En uniforme, le bip à portée de main, prêts à quitter les lieux pour secourir touristes, résidents ou noctambules trop éméchés ou en difficulté. "Même les sapeurs-pompiers de repos sont susceptibles de venir épauler la garde en cas d’événements majeurs", notait, hier midi, le capitaine Yann Payen, officier de permanence.

À Monaco, en principe, il n’y a pas de concours de feux de voitures la nuit de la Saint-Sylvestre, comme cela peut être le cas en France. Mais plus une euphorie générale, avec consommation d’alcool à la clef, à gérer.

Audrey Limon,
une nuit aux petits soins

Elle non plus n’aura pas fêté le Nouvel An avec ses proches. Au gong de minuit, entre deux patients, Audrey Limon, infirmière au CHPG, a tout juste grignoté avec l’équipe des urgences : les deux médecins, le brancardier, les quatre infirmières, l’aide-soignant.

"On ne se pose jamais à table", confiait-elle, la veille de sa garde de dix heures (21h à 7h du matin). D’autant plus vrai que la soirée de la Saint-Sylvestre est rarement "peinarde" pour celles et ceux qui officient aux urgences.

"Comme toutes les nuits, on a la bobologie habituelle. Se rajoutent à cela les ivresses manifestes que l’on a chaque week-end. La plupart sont emmenés par les pompiers. On a aussi beaucoup de traumatismes aux bras et aux jambes à cause de chutes. On sait qu’on va avoir du monde mais notre appréhension, c’est l’accident grave de la circulation, conséquence de l’ivresse", craignait-elle. Audrey n’a pas vécu cette nuit de travail comme une contrainte. "Cela fait partie du jeu quand on travaille dans le milieu de la santé.Il y a une super équipe et on est très solidaire."


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