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Sur les pas d'Henry Weber durant la Grande guerre

Mis à jour le 10/11/2018 à 05:08 Publié le 10/11/2018 à 05:07
Henry Weber s'était lié d'amitié avec Guillaume Apollinaire (voire photo ci-dessus, où on les voit à côté l'un de l'autre, debouts à droite). C'est grâce au poète qu'il est arrivé à Menton, après avoir été blessé durant les combats des Dardanelles.

Henry Weber s'était lié d'amitié avec Guillaume Apollinaire (voire photo ci-dessus, où on les voit à côté l'un de l'autre, debouts à droite). C'est grâce au poète qu'il est arrivé à Menton, après avoir été blessé durant les combats des Dardanelles. : repro archives Yves Bosio

Sur les pas d'Henry Weber durant la Grande guerre

Arrivé à Menton après avoir été blessé pour entrer en convalescence, le Strasbourgeois n'a plus quitté la Cité des citrons. Il en a même été le premier adjoint durant le deuxième conflit mondial

Éloignée du front, Menton n'a géographiquement pas connu la Grande guerre. Mais c'est à la fin du conflit qu'elle a joué un rôle majeur. En accueillant de nombreux blessés dans ses luxueux hôtels, transformés en hôpitaux annexes. Tirailleurs et autres héros de 14-18 se sont ainsi retrouvés là. Presque par hasard.

Parmi eux, un certain Henry Weber. Un Strasbourgeois qui, une fois arrivé dans la cité des citrons, ne la quittera plus - à l'exception d'une petite période à Antibes, conséquences d'une vie sentimentale complexe. « Il était né en 1 888 d'une famille bourgeoise. Son père était inspecteur d'académie. Mais il est mort quand Henry avait 13 ans, raconte son fils de cœur, l'artiste mentonnais Yves Bosio. Avec son frère Léon, ils ont donc été obligés de travailler très tôt ». Ainsi se sont-ils spécialisés dans la mécanique. Motos, pour Léon. Voitures, pour Henry.

Engagé volontaire

Avant guerre, les deux frères montent un garage à Strasbourg, où ils proposent notamment de préparer des voitures de compétitions. En 1912, Henry entre au service du prince russe Dolgorouki - entre autres connu pour sa sœur, la tsarine Katia - avec qui il se lie d'amitié. « Un jour, Henry est parti à Saint-Pétersbourg pour former le mécanicien du prince. À cette occasion, il a rencontré le tsar. Celui-ci évoquait déjà la possibilité d'une guerre mondiale… »

Quand ladite guerre éclate, le jeune homme n'est pas vraiment surpris. Pire : réquisitionné par les Allemands, l'Alsacien s'enfuit avec trois amis pour s'engager côté français. À dessein. Il envoie un message au prince pour le lui annoncer (voir photo ci-dessus).

Direction : la Marne, puis Verdun. « Quand les jeunes partaient, ils avaient peu de chance de revenir du front. Or les frères ont tous les deux été saufs », souligne, ébahi, Yves Bosio. Dont le père s'est ensuite engagé dans l'armée d'Orient. Prenant part au combat (méconnu) des Dardanelles.

Où l'on envoyait beaucoup les bagnards de Cayenne. « On leur disait qu'ils seraient graciés s'ils avaient la chance d'en sortir. Mais dès qu'il y avait un danger, on les envoyait, notamment pour vérifier si le terrain était miné. Un jour, l'un d'eux était resté prisonnier des barbelés. Il risquait de se faire canarder par l'ennemi. Mon père est parti le décrocher. » Surnommé « le masque noir » en raison des tatouages qui recouvraient son visage, l'homme destiné à mourir si Henry Weber n'était pas intervenu était très redouté. Mais, ému, il fait d'Henry son « frère de sang ». « Ils se sont retrouvés à Marseille, après la guerre. Le masque noir a offert à mon père ses trésors de bagne. Au bagne, il y avait une hiérarchie dont il était le chef. Pour se faire protéger de lui, il fallait se démarquer par des actions : voler un gardien par exemple. Henry a ainsi récupéré des poignées de boutons de vareuses, un ancêtre de menottes, une noix de coco finement gravée… »

L'explosion de la poudrière du cantonnement d'Henry sonne le glas de « sa » guerre. Blessé au crâne, il se retrouve à l'hôpital, « compagnon de lit d'Apollinaire ». C'est le poète lui-même qui lui aurait alors parlé de la possibilité d'entrer en convalescence « dans un patelin à côté de Monaco ». Direction Menton et l'hospice Saint-Julien, actuel campus mentonnais de Sciences Po.

« Henry était fier d'être français »

Mais l'originalité de l'histoire, c'est qu'une fois remis sur pieds, Henry ne quittera pas Menton, au cours de l'après guerre. Grand amateur d'archéologie, il réalise au contraire quelques fouilles dans la grotte de Grimaldi, devient expert en antiquité et en art africain - avec un magasin à la clé.

« Du fait de sa profession, et parce que comme beaucoup d'Alsaciens, c'était un engagé fier d'être français, mon père a tout gardé. Notamment un casque, une baïonnette, un pistolet probablement pris sur un officier mort, un drapeau français ramené des Dardanelles », souligne Yves Bosio, extirpant d'une boîte noire un épais classeur intitulé « Henry Weber 1914-1918 » rempli de photos, documents et autre trace d'un passé glorieux. « Henry était considéré comme un petit dieu durant les deux guerres, mais ensuite il a été oublié… »


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