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Stéphane Valeri: "Un déficit de 500 millions d'euros: du jamais vu!"

Les élus du Conseil national revoient radicalement les finances publiques et s’apprêtent à voter, ce mardi soir, un budget rectificatif 2020 qui tire les premières conséquences de la crise du Covid-19.

Propos recueillis par Joëlle Deviras jdeviras@monacomatin.mc Publié le 20/04/2020 à 21:52, mis à jour le 20/04/2020 à 21:59
Stéphane Valeri, ce lundi, dans son bureau au Conseil national. Photo J.D.

Une séance publique sans public… C’est ce mardi, à 17 heures, que le Conseil national examine le projet de loi n°1013 portant fixation d’un premier budget rectificatif de l’exercice 2020.

La page Facebook de l’Assemblée et Monaco Info retransmettent en direct cette séance qui devrait aboutir au vote d’un budget en définit de… 500 millions d’euros. Du jamais vu!

Le président Stéphane Valeri explique les enjeux pour le pays.

Pourquoi un budget rectificatif dès à présent?
Devant l’ampleur de cette crise sans précédent, le budget primitif 2020, voté en décembre dernier, est profondément modifié dans les faits. Comme le prévoit la Constitution, il était donc nécessaire d’examiner un premier budget rectificatif, avec une estimation à ce jour de la baisse des recettes, couplée à une hausse exceptionnelle des dépenses. Ce budget permet de débloquer les crédits nécessaires pour la protection de la population sur le plan sanitaire, et bien sûr pour venir en aide aux salariés et aux acteurs économiques de la Principauté impactés par la crise. L’État doit se donner les moyens de sauvegarder notre économie, puis de permettre de la relancer le plus efficacement possible. Pour financer un déficit prévisionnel de près de 500 millions d’euros, du jamais vu à Monaco, notre pays dispose fort heureusement d’un Fonds de réserve constitutionnel, qui a été mis en place avec intelligence par nos anciens, pour affronter ce genre de situation.

 

Faut-il couper les dépenses, celles d’investissement en particulier ?
Non, surtout pas, même s’il faut plus que jamais adopter une grande rigueur dans la gestion des dépenses publiques. Pour autant, réduire sans discernement ces dépenses, notamment d’investissement, serait une erreur fondamentale. L’État monégasque, par la commande publique, doit au contraire soutenir la relance de l’économie. Et il faudra bien appliquer le principe de la priorité nationale, pour que ces investissements profitent aux entreprises de la Principauté.

"L’Assemblée regrette que certains chantiers aient été maintenus ou reprennent"

Après une période de tension, où en est la relation entre gouvernement et Conseil national?
Certains, au gouvernement, ont cru bon d’agir au début de la crise, comme si le Conseil n’existait pas, en allant parfois jusqu’à dire qu’ils n’avaient pas à répondre aux questions de la représentation nationale. Ces crispations institutionnelles n’avaient pas lieu d’être, ce n’était vraiment pas le moment. D’autant que le Conseil national, qui est le relais avec la population et en traduit les attentes, est une ressource institutionnelle indispensable au bon fonctionnement de l’État. L’Assemblée travaillait déjà dans l’union nationale. Restait à travailler dans l’unité des institutions, sous l’autorité du prince souverain. Le Prince a tranché. Le Conseil national a bien toute sa place dans le dispositif de lutte contre la pandémie au sein du Comité mixte de suivi.

L’unité des institutions est donc bien en marche?
Globalement oui, notamment concernant les mesures prises par le département des Finances, qui font consensus avec nos propositions. Concernant l’aspect sanitaire, nous avons eu des divergences sur le timing et l’absence d’anticipation. Aujourd’hui, nous sommes satisfaits que la distribution de masques soit en cours auprès de l’ensemble de la population. Reste à définir la stratégie de déconfinement, notamment à travers la généralisation des tests de dépistage. Sur cette nouvelle phase, les élus resteront très attentifs. L’unité des institutions n’exclut pas la vigilance et le débat, sur des sujets majeurs qui modifient la vie de nos compatriotes, des résidents et des salariés.

Beaucoup ont estimé que Monaco prenait des mesures en se calquant sur la France après coup. D’autres petits États comme l’Islande ont adopté des stratégies différentes. Qu’en pensez-vous?
C’est un sentiment qu’on peut comprendre. Nous sommes un pays indépendant, mais nous sommes pour autant étroitement liés à la France vu notre position territoriale. Il y a toutefois des sujets pour lesquels on peut se démarquer, comme sur l’approvisionnement en matériel médical, la stratégie de dépistage ou encore la réouverture des écoles. Si nous sommes tenus de faire comme les Français pour ce qui concerne les classes ayant des examens communs (BTS, baccalauréat et brevet), notre pays pourrait procéder différemment pour les autres niveaux scolaires.
Je reste convaincu que sur certains points, notre taille et nos moyens auraient pu nous permettre d’aller plus vite. Les petits pays d’Asie du sud-est ont adopté la stratégie du masque pour tous avec succès. Ailleurs, l’Islande est effectivement un modèle de gestion de crise, avec un dépistage massif avant même le premier cas. Le plus important reste qu’aujourd’hui, nous travaillons tous ensemble à faire de Monaco un modèle de sortie de crise.

 

"Reste à définir la stratégie de déconfinement”

Estimez-vous que Monaco a bien joué le jeu du confinement?
Oui, je rends d’ailleurs hommage à l’immense majorité des Monégasques et des résidents, qui font preuve d’un grand sens civique et souvent d’une belle imagination avec de nombreux gestes de solidarité collective. Le département de l’Intérieur a très justement renforcé les contrôles aux entrées de ville mais aussi intra-muros, pour une très faible minorité qui ne joue pas le jeu. J’en profite pour saluer le travail efficace des agents de la Sûreté publique, qui sont au contact. L’Assemblée regrette cependant, et tant que le confinement est imposé à tous, que certains chantiers aient été maintenus ou reprennent. Le gouvernement en porte seul la responsabilité, puisque les élus unanimes avaient demandé leur suspension.

Parmi les sujets en discussion, l’élargissement du périmètre de la prime au-delà des personnels soignants?
Oui, l’approche du Conseil national est en effet de ne pas exclure les personnels non soignants des établissements publics (CHPG, Centre Rainier-III, Cap Fleuri et A Qietudine), et d’étendre le principe de la prime aux structures de santé privées (IM2S, Centre cardio-thoracique, Centre d’hémodialyse, Fondation Hector-Otto), ainsi qu'aux pompiers, aux agents de la Sûreté publique et aux fonctionnaires et agents de l'État et de la commune, exposés ou particulièrement sollicités. Le Conseil national souhaite aussi que les sociétés concessionnaires puissent attribuer une gratification à leurs personnels au contact pour garantir la continuité du service public.

Et concernant les loyers commerciaux du secteur privé, les licenciements et le télétravail?
Une proposition de loi votée à l'unanimité des élus, le 6 avril dernier, imposerait aux bailleurs privés une réduction de 20 % des loyers commerciaux et de bureaux du secteur privé, pour un trimestre, évidemment uniquement pour les locataires dont l’activité est fortement touchée. Aux côtés de l'État, tous les acteurs de l'économie du pays sont impactés. Les propriétaires concernés doivent également participer à cet effort collectif pour surmonter cette crise. Ils sont nombreux d'ailleurs à aller déjà bien au-delà de ce taux de réduction. Il faut donner un cadre participatif minimum, solidaire et identique pour tous, qui protégera les locataires en difficulté face à une minorité de bailleurs privés intransigeants, ne tenant pas compte du contexte actuel. Le gouvernement n'a toujours pas pris position sur cet aspect de la crise. En ce qui concerne la transformation en projet de loi, de la proposition de loi votée le 6 avril, concernant l'interdiction des licenciements abusifs et l'obligation du télétravail pour les postes le permettant, durant la crise, nous attendons le dépôt du projet de loi annoncé.

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